Le rallye de fin d’année a-t-il déjà commencé ?

Marchés & Investissements - 17 novembre 2023

Le rallye de fin d’année a-t-il déjà commencé ?

Rédigé par Ivo Višić - Senior Investment Officer & Lorenz Vignold-Majal - Investment Strategist

En résumé :
  • Les marchés d’actions sortent d’une période difficile, sous l'effet conjugué de l'augmentation des primes de risque - due à la situation géopolitique incertaine - et de la forte hausse des rendements des bons du Trésor US.
  • La saison de publication des résultats du troisième trimestre a été contrastée, les entreprises américaines s'en tirant mieux que leurs homologues européennes.
  • La pression exercée par les rendements obligataires sur les marchés boursiers devrait s’atténuer. Nous privilégions les secteurs des services de communication et de la technologie.

Un mois d'octobre mouvementé

Les marchés boursiers ont vécu un mois d’octobre chahuté, marqué par la forte hausse des rendements obligataires américains et le net regain des tensions géopolitiques. La plupart des places financières ont fini en baisse et certaines d’entre elles ont même subi une correction (c’est-à-dire un recul d’au moins 10% par rapport à leur précédent sommet). Après cette période difficile, la question à un milliard de dollars est de savoir si l’effet saisonnier habituellement favorable en fin d’année (novembre et décembre sont historiquement des mois porteurs pour les marchés boursiers) sera également vérifié cette année. L’approche prudente de la Fed ainsi que le statu quo monétaire de la BCE et la Banque d’Angleterre lors de leurs dernières réunions ont certainement contribué à alimenter le récent rallye des marchés obligataires et boursiers, et la pression à la hausse sur les rendements est susceptible de s'atténuer à partir de maintenant. C'est pourquoi nous restons favorables à des achats sur repli des cours (« buy the dip »). En outre, la faiblesse des indices ISM (=indices des directeurs d’achats) d'octobre et un rapport sur l'emploi inférieur aux attentes ont été considérés comme la preuve d'un ralentissement de l'économie américaine et du marché du travail. Cela a conduit le marché à anticiper des baisses de taux plus rapides et plus nombreuses de la part de la Fed à compter de l’an prochain.

Résultats trimestriels : les Etats-Unis s’en sortent mieux que l’Europe

Alors que la saison des résultats du 3e trimestre touche bientôt à sa fin, le bilan que l’on peut en tirer est contrasté mais somme toute assez conforme aux attentes que l’on pouvait avoir avant le début des publications. De manière générale, les entreprises du S&P 500 ont nettement mieux tiré leur épingle du jeu que leurs homologues du STOXX Europe 600 qui ont davantage souffert de la faiblesse prononcée de l'activité économique en Europe.

Parmi les entreprises du S&P 500 ayant jusqu'à présent publié leurs résultats, 48% ont dépassé les prévisions des analystes pour les chiffres d’affaires, tandis que 81% ont battu les attentes relatives aux bénéfices, soit un niveau supérieur à la moyenne à 10 ans de 74%. Sur la base des chiffres des entreprises ayant déjà communiqué leurs bulletins et des estimations du consensus pour celles devant encore le faire, les bénéfices du S&P 500 pour le 3e trimestre devraient avoir progressé de 3,7% en glissement annuel alors que les analystes tablaient sur une contraction de -0,4% de ceux-ci par rapport à l’an dernier avant le début de la saison de publication. Il s’agirait ainsi du premier trimestre de croissance positive des bénéfices pour le S&P 500 depuis le troisième trimestre 2022.

En ce qui concerne le STOXX Europe 600, la faiblesse de la conjoncture a laissé des traces sur l’activité des entreprises et le tableau d’ensemble est sensiblement moins bon qu’outre-Atlantique. Ainsi, les surprises positives en termes de chiffres d’affaires ont baissé de manière significative par rapport aux trimestres précédents : de fait, à peine 37% des entreprises ont réussi à faire mieux que les estimations du consensus et la plupart des secteurs ont enregistré des surprises négatives. Par ailleurs, 52% des entreprises ont dépassé les prévisions en matière de bénéfices, contre une moyenne à 10 ans de 54%, et on se dirige vers un recul de -8,8% des bénéfices des entreprises européennes au 3e trimestre en glissement annuel.

Dans l'ensemble, on observe que le nombre d'avertissements sur résultats a été plus important que d'habitude. Par ailleurs, la proportion d'entreprises américaines ayant revu à la hausse leurs prévisions de bénéfices pour l'année prochaine est tombée à son plus bas niveau depuis 2020. Les entreprises se plaignent notamment de la baisse des volumes et de la demande, de la détérioration de l'environnement macroéconomique et des pressions inflationnistes. Par conséquent, les ratios nets de révision des bénéfices (= nombre de bénéfices révisés à la hausse moins nombre de bénéfices révisés à la baisse divisés par le total des révisions de bénéfices) du S&P 500 et du STOXX Europe 600 se sont détériorés pendant la saison de résultats trimestriels. Ces observations confortent l'idée selon laquelle les prévisions du consensus pourraient s'avérer trop optimistes. Les estimations actuelles pour les bénéfices des 12 prochains mois anticipent une augmentation de +10,5% pour le S&P 500 et de +5,6% pour le STOXX Europe 600 en rythme annuel.

Les actions à longue duration pourraient regagner du terrain

Comme nous l'avons déjà souligné par le passé, l'interaction entre les actions et les obligations est complexe et changeante. Les actions s'accommodent généralement bien d’une hausse des rendements obligataires si ceux-ci n'augmentent pas brusquement.

Toutefois, les facteurs fondamentaux à l'origine de l'évolution des rendements ont évidemment aussi leur importance. Si la hausse des rendements reflète une amélioration des perspectives de croissance économique, la baisse de la prime de risque des actions surcompense en général l'effet négatif de la hausse des taux d'actualisation des cash-flows futurs. C'est ce qui s'est produit, par exemple, entre mai et juillet de cette année, lorsque le S&P 500 a progressé parallèlement à la hausse de 60 points de base des rendements des bons du Trésor US à 10 ans.

À l'inverse, lorsque les rendements sont poussés à la hausse par des facteurs autres que l'optimisme en matière de croissance, les actions réagissent souvent de façon négative. Dans ce cas, la hausse des taux d'intérêt entraîne souvent une baisse des ratios cours/bénéfice et pèse également sur les actions des entreprises ayant un niveau d’endettement élevé. C'est ce qui s'est passé entre août et mi-octobre, lorsque les rendements ont dépassé les 5 %, les investisseurs ayant intégré le discours "higher for longer" de la Fed et l'offre de bons du Trésor US s'étant accrue. Pendant cette période, le S&P 500 a été tiré vers le bas notamment par les actions à longue duration - c’est-à-dire des actions d’entreprises à forte croissance ou avec une croissance stable dont les méthodes de valorisation sont axées sur le long terme et qui sont de ce fait très sensibles aux variations des taux d’intérêt - et par les entreprises avec des bilans fragiles.

À l'avenir, nous pensons que les actions à longue duration devraient être en mesure de récupérer leurs pertes récentes. En effet, ces actions tirent généralement l'indice vers le haut lors des rebonds qui suivent les reculs induits par une hausse des rendements, une fois que ceux-ci ont cessé de remonter. A ce titre, nous pensons qu'il est peu probable que les rendements augmentent de manière significative par rapport aux niveaux actuels de façon durable, le marché se ralliant de plus en plus à l'idée que la Fed parviendra à réaliser une sorte d'atterrissage en douceur de l'économie américaine.

Focus sur les services de communication et la technologie

Parmi les secteurs à longue duration, nous privilégions les services de communication et la technologie en raison de leurs marges bénéficiaires supérieures et de leurs attributs de qualité. Ces deux secteurs devraient également continuer à profiter de l'engouement pour l'intelligence artificielle (IA) étant donné que les entreprises de ces secteurs sont respectivement des applicateurs et des facilitateurs de l'IA. De plus, le secteur des services de communication se négocie désormais à un ratio cours/bénéfices estimés des 12 prochains mois attrayant de 15,8, et ce bien qu'il ait considérablement surperformé le marché au sens large depuis le début de l'année. Au sein du secteur de la technologie, les valorisations apparaissent élevées en particulier dans les segments du matériel informatique et des semi-conducteurs. Nous estimons cependant que les valorisations des semi-conducteurs sont en train de passer à un niveau structurellement plus élevé, étant donné que ce secteur se situe au cœur d'un thème de croissance séculaire majeur (IA).

Les produits d’investissement sont sujets à risques. Ils peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse et l’investisseur peut ne pas récupérer le montant de son investissement. Toute décision d’investissement doit être conforme à votre Financial ID.

Les prévisions sont fondées sur des suppositions, évaluations, avis subjectifs, analyses et modèles hypothétiques qui peuvent se révéler erronés. Fourni exclusivement à titre d’illustration. Le présent article et les informations qu’il contient ne constituent pas un conseil en investissement.

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