Cet article est basé sur une publication de Deutsche Bank Research : Stablecoin : Soft power, hard dollars ? - 10 septembre 2025
Imaginez : vous avez 100 euros dans votre portefeuille. Demain, vous allez au supermarché et ces 100 euros valent toujours la même chose. C’est le principe de l’argent classique : il est relativement stable. Avec beaucoup de cryptomonnaies, c’est tout le contraire. Un Bitcoin peut valoir 90.000 euros aujourd’hui et 85.000 ou 95.000 euros demain. Intéressant pour les spéculateurs, mais peu pratique comme moyen de paiement.
C’est pour cela qu’existent les stablecoins. Ce sont des monnaies numériques rattachées à une devise existante, le plus souvent le dollar américain. Un stablecoin vaut donc presque toujours 1 dollar. Au lieu d’être conservés dans votre portefeuille, ils le sont dans un wallet numérique, accessible sur votre smartphone ou votre ordinateur. Vous pouvez les envoyer ou les recevoir partout dans le monde, 24h/24 et 7j/7.
Comment cette valeur reste-t-elle plus stable ? Les émetteurs de stablecoins conservent des réserves. Pour chaque jeton en circulation, ils mettent de côté un dollar, ou un actif équivalent comme une obligation d’État américaine à court terme.
Il existe plusieurs types de stablecoins :
En résumé : les stablecoins sont une variante numérique de devises classiques comme l’euro ou le dollar, mais avec les avantages de la blockchain : rapidité, accessibilité mondiale et disponibilité permanente.
L’argent sur votre compte bancaire est lui aussi stable, mais il est supervisé par une banque centrale et couvert par un système de garantie des dépôts. Si votre banque en Belgique venait à faire faillite, le système de garantie des dépôts interviendrait dans certains cas jusqu’à un montant maximum fixé. Ce n’est pas le cas avec les stablecoins : si l’émetteur ne respecte pas ses engagements, aucun système de garantie des dépôts ne vous protègera. Tout dépend des réserves et de la transparence de l’émetteur.
Autre différence : les stablecoins circulent sur la blockchain. Un virement bancaire classique passe par les systèmes de paiement des banques. Avec les stablecoins, le transfert se fait directement de votre portefeuille numérique vers celui du destinataire, sans intermédiaire bancaire.
Dans le monde des cryptos, ils sont incontournables. Ils servent d’intermédiaire entre monnaies volatiles. Les investisseurs échangent souvent Bitcoin ou Ethereum contre des stablecoins pour éviter les fluctuations. Aujourd’hui, plus des deux tiers des transactions crypto passent par eux.
Dans l’économie réelle, leur usage se développe aussi pour les paiements et transferts d’argent. Ils sont par exemple utiles aux migrants qui envoient de l’argent chez eux : un virement bancaire coûte en moyenne 6%, contre moins de 3% via stablecoins.
Ils sont accessibles sans banque, seulement avec internet et un wallet. Cela les rend populaires dans les pays à forte inflation ou soumis à des contrôles de capitaux. En Turquie, au Nigeria ou en Argentine, de nombreuses familles convertissent leurs économies en “dollars numériques” pour échapper à la dépréciation de leur monnaie.
Le marché des stablecoins a connu une croissance fulgurante. Début 2020, leur valeur totale était d’environ 20 milliards USD ; mi-2025, elle dépasse déjà 250 milliards USD. Tether (USDT) domine avec environ 60% de parts.
Le volume de transactions a lui aussi explosé : en 2024, la valeur traitée via stablecoins a égalé celle de Visa et Mastercard réunis.
Historiquement, les banques gèrent l’argent et servent d’intermédiaires dans les paiements. Les stablecoins contournent en partie ce rôle.
Risque pour les dépôts : si les clients placent leur argent en stablecoins hors du système bancaire, les banques perdent une source de financement stable qu’elles utilisent pour octroyer des crédits.
Perte de revenus : les transferts internationaux et paiements peuvent s’effectuer via blockchain sans banque intermédiaire, ce qui réduit les frais traditionnels facturés par les banques.
Ils sont conçus pour l’être, mais aucune garantie absolue n’existe. En temps normal, les grands stablecoins comme USDT ou USDC restent proches de 1 USD. Mais en crise, même eux peuvent vaciller. Exemples :
La stabilité dépend donc de la qualité des réserves et de la confiance. Les stablecoins bien couverts et transparents s’apparentent à des fonds monétaires numériques. Les structures opaques ou non garanties restent vulnérables. La “stabilité” repose avant tout sur la confiance collective.
Comme d’autres cryptos, les stablecoins peuvent être utilisés à mauvais escient. Leur capacité à transférer de la valeur rapidement et en dehors du système bancaire intéresse blanchisseurs d’argent, fraudeurs et acteurs voulant contourner les sanctions.
Les régulateurs prennent ces risques au sérieux. De nouvelles lois obligent les émetteurs à respecter les règles anti-blanchiment et à publier des rapports. Les principaux émetteurs collaborent déjà avec la justice : USDT et USDC peuvent être gelés sur demande des autorités, ce qui a déjà servi à couper des flux criminels.
Consensus : les stablecoins doivent être encadrés aussi strictement que les acteurs financiers traditionnels, afin de ne pas devenir un outil de flux illégaux.
Aux États-Unis : une première loi-cadre (GENIUS Act) a été adoptée. Seules les institutions régulées (banques ou non-banques agréées) peuvent émettre des stablecoins, qui doivent être couverts à 100% par des réserves liquides. Interdiction aussi de verser des intérêts (pour éviter la concurrence directe avec les banques).
Dans l’Union européenne : avec la réglementation MiCA (entrée en vigueur en 2024), approche plus stricte, seuls les établissements bancaires et de monnaie électronique reconnus peuvent émettre un stablecoin adossé à une devise. Les plus grands stablecoins sont traités comme des banques, avec des obligations de capital et de gestion des risques renforcées.
En résumé : les États-Unis régulent avec ouverture et voient les stablecoins comme une innovation, tandis que l’Europe impose de fortes restrictions pour préserver la souveraineté monétaire et la stabilité.
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