Scénario d'escalade en Ukraine

Marchés

Scénario d'escalade en Ukraine

25 février 2022 - Lu en 4 min

Rédigé par

Christian Nolting & Dr. Ulrich Stephan

Global Chief Investment Officer - Chief Investment Officer Germany

En résumé :
  • Le conflit en Ukraine s'est encore intensifié, avec l’offensive à grande échelle des troupes russes.
  • Cette situation s’est traduite par une très forte augmentation de la volatilité sur les marchés boursiers et la recherche de "valeurs refuges".
  • La réaction initiale des marchés a vu le prix des matières premières énergétiques augmenter de façon considérable. Les indices boursiers européens ont fortement chuté et les taux obligataires se sont détendus.

Que s'est-il passé ?

Jeudi, tôt dans la matinée, les forces terrestres russes sont entrées sur le territoire ukrainien. Au même moment, la Russie a lancé des attaques de missiles sur des cibles militaires en Ukraine. En conséquence, l'Ukraine a décrété la loi martiale. Outre les États-Unis et le Royaume-Uni, l'Union européenne prépare également de nouvelles sanctions contre la Russie.

Selon les informations, les banques russes pourraient se voir refuser l'accès aux marchés financiers européens et les actifs russes devraient être gelés. D'autres sanctions pourraient viser à empêcher l'accès de la Russie à des technologies clés. On peut également s'attendre à des mesures de rétorsion de la part de la Russie. Selon les rapports, les exportations d'énergie de la Russie vers l'Europe occidentale restent pour l’heure inchangées. La situation politique reste très tendue.

Comment les marchés financiers ont-ils réagi ?

Les risques sur les marchés financiers ont augmenté de manière significative suite à ce développement géopolitique, qui était manifestement inattendu par de nombreux participants de marché et qui n'avait donc pas été entièrement pris en compte. Les marchés boursiers asiatiques ont enregistré une baisse sensible. L'indice Hang Seng a chuté de 3,2% et l'indice Nikkei de 1,8%. Après avoir chuté de près de 5% en début d'après-midi, l’indice Euro Stoxx 50 a clôturé en baisse de 3,6%. Aux Etats-Unis, l’indice S&P 500 cédait plus de 1% à la mi-séance avant de clôturer en hausse de 1,5%.

D’importants mouvements de prix ont également eu lieu sur les marchés des matières premières. Les matières premières énergétiques, en particulier, ont vu leur prix augmenter de manière significative : le pétrole a bondi d'environ 8% et le gaz naturel sur le marché à terme néerlandais de près de 35% à son sommet. Les métaux précieux, les métaux industriels et les matières premières agricoles ont également affiché une forte progression. En réaction immédiate, les emprunts d'État ont été recherchées comme "valeur refuge", tout comme le dollar US, le franc suisse et le yen sur les marchés des changes.

Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?

Parmi les scénarios décrits récemment, à savoir la désescalade, l'escalade et des tensions "ici pour rester", c'est malheureusement le scénario de l'escalade qui s'est matérialisé. Il devrait être le principal moteur de la volatilité accrue des marchés et de la persistance de l'aversion au risque. Les investisseurs devraient, à leur tour, adopter une attitude prudente.

Beaucoup dépendra de la configuration des sanctions occidentales contre la Russie. Il faut s'attendre à des mesures sévères, et il est probable que la Russie y réponde par des mesures de représailles. De son côté, le gouvernement chinois semble actuellement adopter une position neutre vis-à-vis du conflit.

Prime de risque plus élevée pour les matières premières

Les marchés de l'énergie resteront sous pression et les prix du pétrole devraient rester supérieurs à 100 USD par baril pendant un certain temps. Les prix du gaz naturel, de l'aluminium, du nickel, du platine et du palladium ainsi que de certaines matières premières agricoles sont également susceptibles d’intégrer des primes de risque plus élevées à long terme. L'augmentation des prix de l'énergie a déjà joué un rôle majeur dans l’augmentation de l'inflation récemment. L'évolution actuelle devrait continuer à pousser l'inflation à la hausse. Dans le même temps, les prix élevés pèsent sur l'industrie et les ménages. Si l’escalade se poursuit, une stagflation temporaire (forte inflation, faible croissance) n'est pas à exclure.

Comment vont réagir les banques centrales ?

La question de savoir comment les banques centrales vont réagir à la situation actuelle reste ouverte. D'une part, il y a le mandat de stabilité des prix, et d'autre part, les banques centrales ont toujours fait référence aux risques pour l'économie lors de l'évaluation des instruments de politique monétaire. Toutefois, nous ne nous attendons pas à ce que les banques centrales modifient fondamentalement leur volonté de resserrer la politique monétaire. Après tout, les anticipations d'inflation du marché ont également fortement augmenté (par exemple anticipation d’inflation à 5 ans en Allemagne à 2,45%).

Toutefois, les actions à venir seront probablement caractérisées par une prudence et une flexibilité encore plus grande. Compte tenu du choc externe, il est peu probable que les banques centrales aient envie de provoquer une nouvelle détérioration des conditions de financement sur les marchés. Cela devrait être particulièrement vrai pour la BCE ; les États-Unis sont moins touchés par le conflit sur le plan économique.

Anticipation de hausse des taux d’intérêt

La situation est différente sur les marchés boursiers, qui avaient déjà commencé à corriger. Les marchés sont sous pression sous plusieurs angles. D'une part, la hausse des prix des intrants réduit les marges des entreprises et entraîne une baisse des prévisions de bénéfices. D'autre part, la hausse des anticipations d'inflation entraîne des anticipations de hausse des taux d'intérêt et donc des taux d'actualisation des bénéfices futurs, ce qui réduit la valorisation actuelle des entreprises.

Augmentation des rendements des emprunts d’Etat à moyen terme

Les actifs sûrs traditionnels tels que le dollar US, le franc suisse, le yen, l'or et les emprunts d'État des pays développés devraient bénéficier de la fuite vers les valeurs refuges à court terme. Toutefois, la hausse de l’inflation et des anticipations d'inflation devrait entraîner une nouvelle augmentation des rendements des emprunts d'État à moyen terme, avec à la clé des baisses de cours de ces dernières. Les actifs et les devises des marchés émergents, notamment en Europe centrale et orientale, devraient pour leur part rester sous pression.

Envisager un rééquilibrage du portefeuille

Les investisseurs devraient revoir leur profil de risque en termes de tolérance au risque et d'horizon d'investissement. Si leur attitude stratégique vis-à-vis du risque n'a pas changé, les investisseurs devraient procéder à un rééquilibrage de leur portefeuille, c'est-à-dire augmenter la proportion d'investissements risqués. Toutefois, il est probablement trop tôt pour constituer de nouvelles positions à court terme en raison de l'incertitude et de la volatilité accrue.

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