Détroit d’Ormuz : un choc énergétique pour l’Asie

Marchés & Investissements - 24 mars 2026

Détroit d’Ormuz : un choc énergétique pour l’Asie

Rédigé par Prof. Dr. Jacky Tang - Chief Investment Officer EM, Wolf Kisker - Senior Investment Strategist, Swati Bashyam - Investment Officer APAC & Kaniz Fatema Rupani - Investment Strategist




Votre portefeuille est-il encore adapté à la situation économique ?
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1. Introduction

La récente escalade du conflit au Moyen-Orient, matérialisée par des perturbations autour du détroit d’Ormuz, a replacé au premier plan l’un des points de passage énergétiques les plus critiques au niveau mondial en tant que risque macroéconomique majeur. Les événements récents ont mis en évidence que ce détroit, par lequel transite environ un tiers du pétrole asiatique et près d’un quart de ses importations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL), constitue une vulnérabilité systémique pour la région. La flambée soudaine des prix de l’énergie, provoquée par les actions militaires et l’intensification de l’incertitude géopolitique, ne constitue dès lors pas seulement un événement de marché, mais bien un choc structurel, susceptible d’engendrer des conséquences stagflationnistes pour les principales économies de la région APAC. Bien que notre scénario central n’intègre pas l’hypothèse d’une fermeture prolongée du détroit, la situation contraint les décideurs politiques à réévaluer la sécurité énergétique, les équilibres commerciaux, les trajectoires d’inflation ainsi que les réponses de politique monétaire à travers la région.

À l’échelle de la région Asie-Pacifique, les implications sont larges mais varient fortement d’un pays à l’autre, en fonction du degré de dépendance énergétique, de leur exposition aux approvisionnements en provenance du Moyen-Orient, des mécanismes de fixation des prix domestiques et de la capacité des gouvernements à amortir les pressions sur les prix. Un schéma général se dégage toutefois : une hausse de 10% des prix du pétrole entraîne généralement une augmentation de l’inflation comprise entre 0,1 et 0,5 point de pourcentage, avec un impact comparable sur la croissance du PIB. Certaines économies asiatiques disposent de mécanismes d’amortissement réglementaires, financiers ou structurels - tels que des prix des carburants administrés, d’importantes réserves de change ou des sources d’énergie diversifiées - tandis que d’autres présentent une vulnérabilité accrue en raison de leur structure d’importations ou de marges de manœuvre budgétaires limitées.

2. Pourquoi la région APAC est-elle particulièrement exposée à ce choc ?

En bref : l’Asie est le principal centre de demande du secteur énergétique mondial, et est loin d’en être le centre d’offre. Cette asymétrie est aujourd’hui au cœur des enjeux. Quatre économies asiatiques - la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud - concentrent à elles seules la majorité du pétrole et du GNL qui transitent habituellement par le détroit d’Ormuz. Le Japon et la Corée du Sud sont structurellement les plus vulnérables, dans la mesure où environ 80 à 90% de leur énergie primaire provient de combustibles fossiles importés. La Chine et l’Inde sont relativement moins exposées en termes relatifs, mais leur taille implique que même des perturbations modestes ont des répercussions significatives sur les équilibres et les prix mondiaux.

Une manière simple de résumer la situation est la suivante :

  • En haut de l’échelle de risque : le Japon et la Corée du Sud
    Forte dépendance aux importations, dépendance marquée au pétrole brut et au GNL en provenance du Moyen-Orient, production domestique très limitée.
  • Au milieu : l’Inde et la Chine
    Également de grands importateurs, mais avec des sources plus diversifiées - notamment la Russie, l’Asie centrale et d’autres approvisionnements maritimes - ainsi qu’un éventail plus large d’outils de politique économique pour amortir le choc.
  • En bas de l’échelle : Taïwan et l’Asie du Sud-Est (ASEAN)
    Des structures d’approvisionnement quelque peu plus diversifiées, parfois avec des ressources domestiques partielles, mais restant des importateurs nets et donc vulnérables à la hausse des prix et aux perturbations du transport maritime.

En résumé, le conflit actuel avec l’Iran se répercute directement sur les balances commerciales, l’inflation, les politiques des banques centrales et, in fine, les bénéfices des secteurs sensibles à l’énergie. En ce qui concerne les marchés d’actions régionaux, la perturbation des flux de pétrole et de GNL via le détroit d’Ormuz, combinée à la flambée des prix de l’énergie, a réintroduit une impulsion inflationniste généralisée. L’exposition directe aux bénéfices du secteur énergétique en amont reste limitée dans la plupart des indices APAC. Par contre, la région subit les effets via la hausse des coûts d’importation, la pression sur les marges dans les industries à forte intensité énergétique et l’évolution des anticipations de politique monétaire.

Compte tenu de l’hétérogénéité des gagnants et des perdants potentiels au sein de la région APAC, une analyse détaillée, économie par économie - Japon, Corée du Sud, Chine, Inde, Taïwan et Asie du Sud-Est - s’impose.

3. Analyse macroéconomique des principales économies de la région APAC

Japon

Image illustrative

La dépendance énergétique du Japon vis-à-vis du Moyen-Orient demeure significative : près de 95% de son pétrole brut provient de cette région, ce qui en fait l’un des perdants macroéconomiques les plus évidents en cas de perturbation prolongée du détroit d’Ormuz. Une hausse durable des prix du pétrole et du GNL aggraverait la balance commerciale du pays ainsi que sa facture d’importation, réintroduisant le risque d’une inflation tirée par les coûts à un moment délicat pour la Banque du Japon (BoJ). Celle-ci cherche déjà à normaliser sa politique après des années de conditions monétaires ultra-accommodantes ; la hausse des prix de l’énergie importée complique l’arbitrage entre soutien à la croissance et maîtrise de l’inflation.

Cela étant, les risques d’approvisionnement à court terme semblent contenus : des fournisseurs majeurs tels que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite peuvent rediriger une partie de leurs exportations énergétiques via des pipelines alternatifs, tandis que les réserves stratégiques du Japon couvrent plus de 250 jours de consommation. Néanmoins, une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz constituerait un défi significatif. Selon les estimations des analystes, une hausse de 10% des prix du pétrole brut réduirait le PIB réel de 0,1 point de pourcentage après un an, la détérioration des termes de l’échange comprimant le revenu réel et freinant la demande domestique. Parallèlement, le modèle anticipe une augmentation de 0,12 point de pourcentage de l’inflation sous-jacente (CPI core) après un an, reflétant la transmission directe de la hausse des coûts énergétiques.

Corée du Sud

Bien que moins dépendante que le Japon des importations de pétrole et de gaz, la Corée du Sud fait néanmoins face à un défi majeur en matière de sécurité énergétique. Plus de 60% de ses importations de pétrole et de produits pétroliers ainsi qu’environ 35% de ses approvisionnements en GNL proviennent de la région du Golfe. Si le pays bénéficie d’un programme nucléaire substantiel, son taux global d’autosuffisance reste proche de 20%.

Les analystes estiment qu’une hausse durable de 10% des prix du pétrole ajoute historiquement environ 0,2 point de pourcentage à l’inflation tout en réduisant la croissance dans des proportions similaires. Le gouvernement a déjà réagi en plafonnant les prix de l’essence et en réduisant les taxes sur les carburants. À court terme, la politique monétaire devrait rester stable, la banque centrale privilégiant la stabilité des marchés financiers. Toutefois, un scénario dans lequel le pétrole se stabiliserait autour de 75 à 80 USD par baril pourrait raviver les anticipations d’inflation, avec des risques émergents d’effets de second tour et d’un resserrement de la politique de la Banque de Corée - rendant l’économie sensiblement vulnérable tant à la hausse des prix et à toute perturbation physique des flux de pétrole brut et en GNL.

Chine

D’un point de vue macroéconomique, l’exposition au risque de la Chine est plus nuancée. Bien qu’elle soit un acheteur majeur de pétrole et de GNL en provenance du Moyen-Orient - une part significative de ces flux transite habituellement par Ormuz - son mix énergétique est nettement plus diversifié que celui du Japon ou de la Corée du Sud. Le pétrole et le gaz ne représentent qu’environ un quart de son mix énergétique total. Le pays dispose d’importantes réserves domestiques de charbon, ainsi que d’une production nationale de pétrole et de gaz.

En outre, la Chine bénéficie d’importations par pipelines en provenance d’Asie centrale et de Russie, ainsi que d’achats accrus de pétrole russe transporté par voie maritime. Par ailleurs, elle a également constitué des réserves stratégiques de pétrole estimées à environ cent jours d’importations, offrant un amortisseur significatif. La récente remontée des prix à la production, passés de -1,4% à -0,9% en glissement annuel, illustre la sortie progressive d’une phase de déflation industrielle. Les analystes soulignent qu’une hausse des prix du pétrole pourrait même contribuer à normaliser l’inflation des prix à la production (PPI).

Image illustrative

Une augmentation de 50% des prix du pétrole pourrait, par exemple, porter le PPI aux alentours de +3%, un niveau que les décideurs pourraient considérer comme reflationniste et non déstabilisant. Pour les prix à la consommation, la transmission reste modérée - environ 0,1 point de pourcentage pour chaque hausse de 10% des prix du pétrole brut. L’objectif de croissance du PIB chinois, compris entre 4,5% et 5% pour 2026, semble à ce stade maintenu, soutenu par une politique budgétaire proactive et des attentes de soutien monétaire ciblé et modéré.

Le renminbi devrait être structurellement soutenu par l’intensité énergétique relativement faible de la Chine, ce qui plaide pour une appréciation graduelle face au dollar américain. Un autre angle de politique économique mérite d’être souligné : la sécurité énergétique est une priorité stratégique depuis plusieurs années. Cet épisode devrait renforcer les investissements dans la production domestique, le stockage, les énergies renouvelables et le nucléaire - des thématiques susceptibles de soutenir, sur un horizon pluriannuel, certaines valeurs liées aux infrastructures et aux équipements.

Inde

Image illustrative

L’Inde est, en revanche, plus clairement sensible à l’évolution des prix du pétrole en raison de ses comptes extérieurs et de son système de subventions sur les carburants. Elle importe une part très importante de ses besoins en pétrole brut, et les carburants constituent un élément majeur tant de la consommation des ménages que du cadre budgétaire des subventions.

Sur le plan macroéconomique, l’Inde aborde ce choc énergétique dans un contexte de croissance sous-jacente solide, mais demeure structurellement l’une des économies les plus exposées de la région à une hausse durable des prix mondiaux du pétrole. Important plus de 85% de ses besoins en pétrole, dont environ 45% en provenance de la région du Golfe, l’Inde subit une pression renouvelée sur son déficit courant et sur l’inflation.

La hausse des coûts du pétrole se répercute rapidement sur ses comptes extérieurs : selon les estimations des analystes, un prix Brent proche de 100 USD/baril élargirait significativement le déficit courant par rapport aux hypothèses de référence. Un tel scénario exercerait probablement une pression supplémentaire à la baisse sur la roupie, même si les importantes réserves de change de l’Inde constituent un amortisseur contre des mouvements désordonnés.

Les dynamiques d’inflation domestique deviendraient également plus complexes, limitant la marge de manœuvre de la banque centrale en matière d’assouplissement monétaire. Si les autorités ont initialement absorbé les précédentes hausses de prix via des ajustements fiscaux et des subventions, une augmentation plus persistante des prix mondiaux de l’énergie finirait par entraîner une transmission partielle aux consommateurs.

Selon certaines estimations d’économistes, une hausse prolongée de 10% des prix du pétrole pourrait accroître l’inflation globale de l’Inde d’environ 0,1 à 0,3 point de pourcentage, selon le degré de transmission domestique, tout en élargissant modestement le déficit courant. La croissance serait légèrement affectée, les coûts plus élevés des carburants pesant sur la consommation des ménages et sur la balance commerciale.

La position budgétaire serait elle aussi mise sous pression si des ajustements des droits d’accise et une augmentation des dépenses de subventions s’avéraient nécessaires pour atténuer le fardeau pesant sur les ménages. Bien que les perspectives de croissance de l’Inde restent fondamentalement résilientes, un scénario de prix du pétrole durablement élevés (Higher-for-Longer) accentuerait les arbitrages auxquels sont confrontés les décideurs publics en matière d’inflation, de gestion du taux de change et de discipline budgétaire.

Ces dernières années, l’Inde a bénéficié de pétrole russe à prix décoté. Afin de stabiliser les approvisionnements, les États-Unis ont accordé à l’Inde une dérogation de 30 jours (jusqu’au 4 avril) lui permettant de poursuivre ses achats de pétrole russe. Toutefois, si les perturbations autour du détroit d’Ormuz intensifient la concurrence entre acheteurs pour ces volumes, ces décotes pourraient se réduire, affaiblissant ainsi un amortisseur clé.

Taïwan

Taïwan aborde le choc des prix de l’énergie avec une dynamique d’exportations robuste - les exportations ont bondi de 70% en glissement annuel en janvier, soutenues par la demande liée à l’intelligence artificielle et aux semi-conducteurs - mais demeure significativement exposé aux perturbations des marchés énergétiques.Près de la moitié de la production d’électricité de Taïwan dépend du gaz naturel, et environ un tiers de ses importations de GNL proviennent du Qatar, ce qui l’expose directement à un risque en cas de perturbation supplémentaire des flux de GNL en provenance du Moyen-Orient. Les analystes notent que l’indice des prix à la consommation à Taïwan augmente historiquement d’environ 0,2 point de pourcentage pour chaque hausse de 10% des prix du pétrole.

Bien que des risques baissiers pèsent sur la croissance en cas de pénuries sévères de GNL, les autorités envisagent des mesures de diversification et d’approvisionnement stratégique. Compte tenu des perspectives d’inflation plus élevées, la banque centrale pourrait, à ce stade, choisir de maintenir ses taux à 2% plutôt que de les abaisser.

Indonésie

L’Indonésie fait face à un double défi : son régime implicite de subventions sur les carburants limite sa flexibilité budgétaire, et toute hausse significative des prix à la pompe subventionnés se répercuterait immédiatement sur l’inflation globale.

Une augmentation prolongée de 10% des prix du pétrole tend à accroître l’inflation de 0,1 à 0,2 point de pourcentage si les prix de détail restent stables. Toutefois, les analystes avertissent que si les contraintes budgétaires contraignaient, par exemple, une hausse de 25% des prix des carburants subventionnés, l’inflation annuelle moyenne pourrait alors se rapprocher de 5%, contre un niveau de 2% à 3% anticipé par le Fonds Monétaire International (FMI) dans ses perspectives de janvier.

Une telle évolution pourrait inciter la banque centrale à s’éloigner de son biais accommodant antérieur au profit d’une posture plus défensive afin de stabiliser la roupie indonésienne (IDR). Sur le plan budgétaire, un prix du pétrole oscillant entre 80 et 85 USD/baril risquerait de mettre sous tension l’objectif de déficit pour 2026, fixé à 2,7% du PIB, en le rapprochant du plafond légal de 3%.

Malaisie

La Malaisie, qui a enregistré une croissance de 5,2% en 2025, demeure résiliente mais exposée en raison de sa dépendance à la demande extérieure, notamment en provenance de la Chine et des États-Unis. Si la hausse des prix mondiaux de l’énergie venait à peser sur la croissance mondiale, le secteur exportateur malaisien en subirait inévitablement les effets.

Le FMI anticipe une remontée modérée de l’inflation à 2,2% en 2026, contre 1,6% actuellement, en partie sous l’effet des pressions liées aux prix de l’énergie. La banque centrale a signalé une pause prolongée et considère désormais que la prochaine hausse des taux n’interviendrait qu’en 2027, sauf surprise haussière significative en matière de croissance ou d’inflation.

Le ringgit s’était apprécié face au dollar américain avant le déclenchement du conflit, mais le retour d’un sentiment d’aversion au risque a pour l’instant interrompu cette dynamique. Toutefois, certains analystes anticipent toujours un niveau de change proche de 3,90 USD/MYR à la fin de l’année.

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Autres économies d’Asie du Sud-Est

D’autres économies d’Asie du Sud-Est présentent des vulnérabilités spécifiques. Les Philippines figurent parmi les pays les plus sensibles à la hausse des prix du pétrole. Une progression vers 100 USD/baril pourrait contraindre la banque centrale à resserrer sa politique monétaire plutôt qu’à poursuivre l’assouplissement.

Le Vietnam, malgré une croissance soutenue des ventes au détail et de ses exportations, affiche l’un des taux de transmission les plus élevés de la région entre les prix du pétrole brut et l’inflation. Historiquement, une hausse de 10% des prix du pétrole entraîne une augmentation de 0,4 point de pourcentage de l’indice des prix à la consommation (CPI) et une réduction de la croissance de 0,3 point de pourcentage.

Même dans un scénario relativement favorable avec un pétrole à 75 USD/baril, le Vietnam enregistrerait une inflation proche de 4,5% et une croissance avoisinant 7,5%. En revanche, des hausses de prix plus marquées pourraient conduire à des relèvements de taux afin de soutenir le dong.

4. Implications stratégiques en matière de politique économique

Le choc lié au détroit d’Ormuz met en évidence la dépendance structurelle de la région APAC à l’énergie du Moyen-Orient, ainsi que les niveaux de résilience très contrastés d’un pays à l’autre. Bien que notre scénario central n’anticipe pas une interruption prolongée des flux, le conflit devrait influencer les stratégies budgétaires et monétaires, mettre en lumière les vulnérabilités dans la logistique du GNL et accélérer les efforts de diversification à long terme.

À ce titre, il est susceptible d’agir comme un catalyseur structurel du virage de l’Asie vers une plus grande sécurité énergétique, incitant les gouvernements à repenser leurs modes d’approvisionnement, de stockage et de coordination autour des ressources énergétiques critiques.

Nous anticipons une accélération de la diversification stratégique des approvisionnements énergétiques de la région, visant à réduire la forte dépendance au Moyen-Orient, notamment via l’expansion des contrats avec les États-Unis et l’Australie, le renforcement des interconnexions de pipelines et de réseaux énergétiques au sein de l’Asie, ainsi que des investissements accrus dans les énergies renouvelables, les capacités nucléaires et les carburants alternatifs tels que l’hydrogène.

Parallèlement, de nombreux gouvernements devraient constituer des stocks stratégiques plus importants - à l’image de la stratégie déjà substantielle de la Chine - tout en affinant les outils de stabilisation des marchés, tels que les plafonnements temporaires des prix, les mécanismes de subvention et les dispositifs de couverture, afin d’atténuer la volatilité1 domestique.

Au-delà des politiques nationales, ce choc pourrait également raviver la dynamique de coopération régionale, notamment via des initiatives de stockage conjoint, des protocoles coordonnés de réponse d’urgence et une planification plus intégrée de la chaîne d’approvisionnement. Le résultat ne serait pas un découplage immédiat vis-à-vis du Golfe, mais plutôt la mise en place d’une stratégie de résilience plus délibérée et multidimensionnelle, visant à protéger les économies asiatiques contre de futures perturbations géopolitiques ou liées à l’offre.

5. Implications de marché

Du point de vue des bénéfices, une hausse de 10% des prix du pétrole amputerait probablement les bénéfices en Asie d’environ 1% à 2% au cours des 12 prochains mois : dans l’ensemble, le mouvement est clairement destructeur de demande, bien qu’il puisse être favorable à la croissance dans certains segments. L’impact est nettement plus marqué pour des secteurs tels que les compagnies aériennes, la logistique, la pétrochimie et certaines industries, et peut être légèrement positif pour l’énergie amont ainsi que pour certaines institutions financières.

Sur une base comparative entre pays, le Japon et la Corée du Sud se situent dans une fourchette d’impact sur le BPA d’environ -2% à -3% pour chaque choc pétrolier de 10%. L’Inde, l’ASEAN et la Chine se situent davantage entre -1% et -2%, tandis que les marchés exportateurs d’énergie restent globalement proches de l’équilibre.

Pour certains secteurs tels que les compagnies aériennes et le tourisme, le BPA pourrait reculer de 10% à 20% (voire davantage) en cas de hausse durable de 10% des prix du pétrole, en fonction des stratégies de couverture et des ajustements tarifaires - c’est là que se concentre la véritable sensibilité des bénéfices. Les secteurs de la pétrochimie, du ciment, de l’acier, de l’automobile et de l’industrie manufacturière à faibles marges pourraient enregistrer des baisses de BPA allant de quelques pourcents à un niveau de plus de 10% en l’absence de pouvoir de fixation des prix.

L’impact immédiat sur les banques devrait être limité, avec des effets de second ordre liés au ralentissement de la croissance et à la qualité du crédit, mais sans sensibilité directe aux prix du pétrole. À l’inverse, les acteurs de l’énergie, qu’ils soient amont ou intégrés, pourraient bénéficier d’une hausse du bénéfice par action (BPA) de l’ordre de quelques pourcents, partiellement atténuée dans les marchés où les prix sont régulés.

D’un point de vue sectoriel, le choc d’Ormuz - s’il perdure - pourrait créer trois catégories : les perdants, les gagnants relatifs et les bénéficiaires de long terme.

1) Perdants potentiels

  • Les compagnies aériennes et le secteur du voyage figurent en tête de liste. Le carburant aérien représente une part importante de leur base de coûts. Même en présence de couvertures, une hausse durable des prix du pétrole comprime les marges, en particulier lorsque la demande reste en phase de reprise ou demeure fragile.
  • La logistique et le transport maritime font face à une hausse des coûts de carburant maritime, ainsi qu’à d’éventuels retards liés aux détours éventuels ou à des primes de risque de guerre. Cela peut comprimer les marges, sauf si les tarifs de fret peuvent être ajustés rapidement.
  • Les industries intensives en énergie - pétrochimie, acier, ciment, automobile et industrie manufacturière - verront leurs coûts variables augmenter. Lorsque ces entreprises disposent d’un faible pouvoir de fixation des prix, des révisions à la baisse des bénéfices sont à prévoir.

2) Potentiels gagnants

  • Les entreprises d’énergie amont et intégrées, y compris les compagnies pétrolières nationales et les acteurs diversifiés disposant d’une exposition à l’amont, tirent profit de prix plus élevés. L’ampleur de ce bénéfice dépend des mécanismes locaux de régulation des prix, mais ces acteurs constituent généralement des protections naturelles au sein des portefeuilles.
  • Les infrastructures de GNL et les acteurs du négoce, ainsi que les pays disposant de chaînes d’approvisionnement en GNL non dépendantes du détroit d’Ormuz - tels que le GNL australien à destination du Japon et d’autres régions d’Asie - pourraient tirer parti d’une utilisation accrue et de marges plus élevées.
  • Certaines utilities, en particulier celles disposant de mécanismes de répercussion des coûts énergétiques dans leurs tarifs, peuvent se révéler relativement défensives par rapport au marché dans son ensemble.

3) Bénéficiaires potentiels de long terme

Les énergies renouvelables, les infrastructures de réseau et de stockage, ainsi que les thématiques liées à l’efficacité énergétique gagnent en importance stratégique. Pour les décideurs publics au Japon, en Corée du Sud, en Chine et en Inde, cet épisode renforce la nécessité d’accélérer la transition hors de chaînes d’approvisionnement en combustibles fossiles concentrées.

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1 La volatilité fait référence à l’ampleur et à la rapidité avec lesquelles le prix d’une action, d’une obligation, d’un fonds ou d’un indice évolue au fil du temps.

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