Un nouveau baril d'incertitudes

Marchés & Investissements - 31 mars 2026

Un nouveau baril d'incertitudes






Votre portefeuille est-il encore adapté à la situation économique ?
Votre portefeuille est-il encore adapté à la situation économique ?

Le conflit qui s’est récemment intensifié au Moyen-Orient pèse sur les marchés financiers. De la flambée des prix du pétrole à la révision des perspectives de croissance, voici un tour d'horizon de ses conséquences pour l'économie et les investisseurs.

L'opération Epic Fury, qui ne devait durer que quelques semaines, s'est muée en conflit impliquant désormais plus de dix pays. Les marchés financiers ont été prompts à réagir à cette nouvelle réalité. Plusieurs bourses – telles que le DAX 40 allemand, l'Euro Stoxx 50 et l'indice Kospi sud-coréen — ont perdu jusqu'à 10% par rapport à leur dernier point culminant. Les obligations et même l'or n'échappent pas à cette fièvre vendeuse. Quant au prix du baril, il a bondi de 70 à 100 dollars, avec des fluctuations journalières qui reflètent la nervosité des marchés.

Le prix du pétrole comme boussole

Pour l'heure, c'est le marché de l'énergie qui dicte l'orientation des marchés financiers. La corrélation entre le prix du pétrole et les différentes classes d’actifs est particulièrement forte : un choc énergétique peut avoir pour effet de doper l'inflation, de mettre les bénéfices des entreprises sous pression et d'inciter les banques centrales à augmenter leurs taux directeurs. Autant d'évolutions néfastes, tant pour les actions que pour les obligations.

Pour évaluer correctement l'impact de ce conflit, il convient de faire une distinction fondamentale : entre d'une part la perturbation temporaire des approvisionnements énergétiques, et d'autre part des dégâts structurels aux infrastructures de production. De 20 à 25% du transport maritime mondiale de pétrole et de GNL passent par le détroit d'Ormuz. Tout blocage de ce goulet crucial a bien sûr un impact direct et sévère, mais qui est en principe réversible. Dès que les armes se tairont, la navigation pourra reprendre et les volumes retrouveront rapidement leur niveau d'avant.

Il n'en va pas de même pour les dommages aux infrastructures de production. D'après l'Agence internationale de l'Énergie, plus de 40 installations énergétiques majeures ont déjà été endommagées. Dont le complexe Ras Laffan au Qatar, qui est le plus grand hub de gaz naturel liquéfié au monde. L'attaque a détruit environ 17% de la capacité GNL qatarie (un pays qui représente 20% de la production mondiale de GNL). La remise en état de ce complexe devrait durer jusqu’à cinq ans. Si d'autres infrastructures énergétiques venaient à être détruites, les conséquences pourraient perdurer pendant plusieurs années, malgré la désescalade géopolitique.

Notre scénario de base : le prix du pétrole vers les 90 dollars

Dans notre scénario de base, nous tablons sur une réouverture partielle du détroit d'Ormuz pour la fin avril. Dans ce cas, le prix du baril devrait redescendre vers les 90 dollars. Un retour rapide au cours d'avant le conflit (±70 dollars) semble improbable, pour deux raisons. Primo, le prix du pétrole continuera à intégrer une prime de risque tant que subsistent les tensions entre l'Iran, les États-Unis et Israël. Secundo, les dommages occasionnés aux infrastructures mettent durablement l'offre sous pression.

À titre de référence, le prix du pétrole a culminé à 130 dollars lors de la crise énergétique de 2022. Ce niveau n'est pas encore en vue, mais la pression haussière reste présente. Dans un scénario alternatif – la fermeture du détroit d'Ormuz pendant plusieurs mois – les prix atteindraient des niveaux très différents, avec des impacts substantiels sur l'inflation, la croissance économique et les marchés financiers.

Inflation : une poussée temporaire, pas de nouvelle crise

Les effets de la hausse des prix énergétiques percolent progressivement dans toute l'économie, mais nous continuons à considérer l'actuelle poussée d'inflation comme temporaire. Les prévisions d'inflation sont certes à la hausse, mais nous sommes encore loin des niveaux de 2022, lorsqu'elle s'est approchée de 10% dans la zone euro. Ce n'est pas ce que nous prévoyons dans notre scénario de base.

L'Europe et certains pays asiatiques sont les plus touchés. Ainsi, le Japon importe 95% de son pétrole brut du Moyen-Orient, et la Corée du Sud plus de 60%. La dépendance énergétique de ces deux régions du monde les expose davantage que les États-Unis à une augmentation de l'inflation. Au cours de la dernière décennie, les USA ont en effet réduit leur dépendance à l'égard de l’or noir moyen-oriental. L'impact sur l'Oncle Sam n'est cependant pas nul, car le prix du brut américain (WTI) a également augmenté, ce qui affecte le pouvoir d'achat des consommateurs d'outre-Atlantique.

Pour prédire l'impact d'une augmentation du prix du pétrole, les économistes utilisent une règle simple : une hausse de 10 dollars du prix au baril induit un recul de 0,1 point de pourcentage de la croissance et une augmentation de 0,2 point de pourcentage de l’inflation dans la zone euro. Cette règle s'applique à des augmentations modérées. Une hausse plus structurelle, par exemple de 50 dollars/baril, aurait un impact beaucoup plus considérable.

Fondamentaux : rien ne change pour l'instant

Malgré les turbulences, les fondamentaux économiques restent inchangés. Nous ne prévoyons pas de récession, pas plus en Europe qu'aux États-Unis. Le marché du travail est relativement robuste et les bilans des entreprises sont bons. La durée et l'ampleur du dérèglement du marché énergétique sont plus grandes qu'initialement anticipé, mais l'économie possède pour l'instant une résilience suffisante pour absorber le choc.

Si nécessaire, nous nous attendons à ce que les gouvernements prennent des mesures fiscales supplémentaires pour prévenir un trop grand ralentissement de la croissance. De telles mesures ne sont pas encore à l'ordre du jour, mais la volonté et la marge de manœuvre budgétaire existent, ce qui constitue un filet de sécurité non négligeable.

Banques centrales : ne pas hésiter

En 2022, les banques centrales ont réagi trop mollement à la poussée inflationniste qui a suivi la pandémie. Elles ont considéré trop longtemps que l'inflation n'était que temporaire, avant de se rendre compte de leur erreur et de hausser les taux à la hussarde. Un schéma récurrent dans la politique monétaire veut que les décideurs s'efforcent d'éviter les erreurs commises lors de la crise précédente (en poussant parfois le balancier trop loin dans l'autre sens).

Les marchés anticipent déjà cette évolution. Au début de l'année, nous pensions que la Réserve fédérale baisserait ses taux à deux reprises en 2026. Cette prévision n'a plus cours aujourd'hui : nous ne prévoyons plus de baisse des taux, voire une hausse. Les attentes ont aussi changé par rapport aux décisions de la Banque centrale européenne (BCE) : du statu quo à deux hausses en 2026. Dans l'intervalle, la BCE a ramené de 1,2 à 0,9% ses prévisions de croissance pour la zone euro. Un ajustement substantiel, qui souligne la gravité de la situation.

Bénéfices des entreprises : des différences selon les secteurs

Nous avons entamé l'année en considérant que les bénéfices des entreprises pourraient progresser de plus de 10% en 2026 dans toutes les régions du monde. Selon l'évolution du conflit, cette prévision pourrait être revue à la baisse. Jusqu'à présent, les révisions à la baisse sont restées limitées et varient considérablement d'un secteur à l'autre.

Les secteurs liés à la consommation – comme l'automobile, l'alimentaire et le pharma – pourraient voir leurs bénéfices se réduire sensiblement. D'autres secteurs sont fragiles, tels que la logistique et le transport aérien. À l'inverse, les prévisions bénéficiaires des sociétés énergétiques sont à la hausse.

Le processus de reporting du premier trimestre a débuté. Les résultats de cet exercice seront révélateurs, non seulement par rapport aux chiffres en eux-mêmes, mais aussi aux attentes des entreprises pour les trimestres à venir.

Bénéfices des entreprises : des différences selon les secteurs

Nous avons entamé l'année en considérant que les bénéfices des entreprises pourraient progresser de plus de 10% en 2026 dans toutes les régions du monde. Selon l'évolution du conflit, cette prévision pourrait être revue à la baisse. Jusqu'à présent, les révisions à la baisse sont restées limitées et varient considérablement d'un secteur à l'autre.

Les secteurs liés à la consommation – comme l'automobile, l'alimentaire et le pharma – pourraient voir leurs bénéfices se réduire sensiblement. D'autres secteurs sont fragiles, tels que la logistique et le transport aérien. À l'inverse, les prévisions bénéficiaires des sociétés énergétiques sont à la hausse.

Le processus de reporting du premier trimestre a débuté. Les résultats de cet exercice seront révélateurs, non seulement par rapport aux chiffres en eux-mêmes, mais aussi aux attentes des entreprises pour les trimestres à venir.

L'or baisse, le dollar monte : pas si étrange

En période d'instabilité géopolitique, les investisseurs optent traditionnellement pour les valeurs refuges. Avec l'or en tête de liste. Cette fois, le fait que le cours de l'or baisse au lieu de monter s'explique logiquement : les prévisions d'inflation augmentent, les chances de hausse des taux s'accroissent et le dollar monte en puissance. En outre, l'or s'est tellement apprécié au cours de l'année écoulée que la volatilité1 actuelle incite les investisseurs à prendre leurs bénéfices. La baisse récente est donc explicable, mais pas structurelle. Les banques centrales achètent systématiquement de l'or depuis de nombreuses années pour équilibrer leur bilan. Cette demande sous-jacente n'est pas appelée à disparaître.

Quant au dollar, il profite provisoirement de la hausse des prix pétroliers, car le brut se vend en dollars et cette demande booste la demande pour le billet vert. Avant le conflit, l'euro avait déjà franchi la barre de 1,2 dollar, son niveau le plus élevé depuis juin 2021. Les tensions géopolitiques actuelles soutiennent temporairement le dollar, avec un cours EUR/USD aux alentours de 1,15. Lorsque les tensions s'apaiseront, nous nous attendons à ce que le dollar perde à nouveau du terrain, en raison de la disparition de cette demande ponctuelle.

Sortir ou rester ? L'histoire apporte une réponse claire

En période de turbulences, tous les investisseurs se posent la même question : est-ce le moment de prendre des positions, ou plutôt d'attendre ? Le passé nous apporte une réponse très claire : les chocs géopolitiques et externes provoquent de la volatilité, mais conduisent rarement à des marchés baissiers de longue durée, à moins qu’ils ne s’accompagnent d’une détérioration fondamentale et persistante de l’inflation, de la croissance et des bénéfices des entreprises. Ce n’est pas le scénario de base actuel du Chief Investment Office du groupe Deutsche Bank.

Par ailleurs, les marchés n'attendent pas la fin formelle d'un conflit pour se redresser. Dès qu'une voie crédible vers la désescalade se dessine, les cours reprennent leur marche en avant, même lorsque les hostilités n'ont pas encore concrètement cessé. Durant cette phase, les investisseurs trop attentistes ratent généralement une partie du rétablissement.

Dans ce conflit, l'Europe est la région la plus exposée, mais cette exposition devrait précisément entraîner une surperformance relative dès que les canons se seront tus. Plus net est le recul, plus grand est le rebond. Les USA conservent un avantage concurrentiel en raison de leur capacité à pourvoir par eux-mêmes à l'essentiel de leurs besoins énergétiques, ainsi qu'à l'attractivité de leur marché, grâce notamment à de substantiels gains de productivité et augmentations des bénéfices.

Le plus grand point d'interrogation ? La durée du conflit. Tant que le détroit d'Ormuz se débloque dans un délai raisonnable et que les prix énergétiques restent à un niveau acceptable, le choc pourra être amorti. Si le conflit perdure, ce scénario ne sera plus d'actualité et l'impact pourrait être plus considérable.

Les marchés dictent-ils la stratégie militaire ?

Enfin, il convient de souligner le rôle que jouent les marchés financiers dans l'évolution du conflit. Lorsque le taux US à long terme a commencé à monter au lendemain de « Liberation Day », Donald Trump a décrété une pause. Le coût de la dette souveraine américaine est en effet partiellement lié à ce taux à long terme, qui agit comme un frein invisible mais réel sur les décisions géopolitiques des États-Unis. Coïncidence ou non, lorsque le taux à long terme s'est remis à grimper fortement le mois dernier, le président Trump a de nouveau annoncé une interruption de cinq jours des frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes. Seule différence avec « Liberation Day » : désormais, le locataire du Bureau ovale n'est plus seul à pouvoir appuyer sur le bouton Start/Stop.

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Les prévisions formulées dans cet article sont fondées sur des suppositions, évaluations, avis subjectifs, analyses et modèles hypothétiques qui peuvent se révéler faux. Fourni exclusivement à titre d’illustration. Le présent article et les informations qu’il contient ne constituent en aucune manière un conseil en investissement. Les rendements du passé ne constituent pas une garantie de rendements futurs. Les produits d’investissements sont sujets à risques. Ils peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse et l’investisseur peut ne pas récupérer le montant de son investissement. Toute décision d’investissement doit être conforme à votre Financial ID (profil d'investisseur).

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1 La volatilité fait référence à l’ampleur et à la rapidité avec lesquelles le prix d’une action, d’une obligation, d’un fonds ou d’un indice évolue au fil du temps.

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