- Le Premier ministre français, François Bayrou, sollicitera un vote de confiance le 8 septembre afin de soutenir ses mesures d’austérité, mais ses chances de succès paraissent faibles.
- Les tensions budgétaires et politiques en France font grimper les rendements des OAT (obligations émises par l’État français pour financer sa dette) et élargissent les spreads (écarts de rendement), avec un risque important de dégradation de la note de crédit.
- Les valeurs financières françaises sous-performent, pénalisées par la hausse du coût du capital, l’incertitude budgétaire et la faiblesse de la croissance des prêts. Près de 30% des valeurs du CAC 40 pourraient faire l’objet de révisions bénéficiaires à la baisse.
- Les banques européennes demeurent solides, leur exposition à la France étant limitée, et elles bénéficient d’une dynamique positive des résultats ainsi que de conditions de taux favorables.
Que s’est-il passé ?
Les actifs français ont connu de fortes turbulences ces derniers jours : l’écart de rendement entre l’OAT française à 10 ans et le Bund allemand à 10 ans a atteint 82 points de base (pb), son plus haut niveau depuis janvier. Les obligations françaises à 10 ans n’offrent désormais qu’un rendement inférieur de 6,7 pb à celui de leurs homologues italiens. Sur le marché des actions, l’indice CAC 40 a reculé de -3,26% à partir de mardi, avant de pallier certaines pertes où les banques ont subi le plus fort impact.
L’écart de taux à 10 ans entre la France et l’Allemagne continue de grimper

Un climat politique fragilisé
Ces mouvements de marché reflètent en grande partie l’accroissement de l’incertitude politique, qui couvait déjà depuis plusieurs mois. Après de longues querelles, le gouvernement de François Bayrou est parvenu à faire adopter, par le Parlement, le budget d’austérité 2026 et commence à mettre en œuvre les économies promises.
Tout au long de l’été, Bayrou a répété que la France devait engager des coupes massives dans ses dépenses. De manières inhabituelle, le Premier ministre a présenté, dès juillet, les grandes lignes du budget de l’année prochaine, qui prévoit environ 44 milliards d’euros d’économies. Selon lui, sans cela, le surendettement aigu du pays risque de le rendre incapable d’agir, tant sur le plan économique que politique. « Cette année, les intérêts de la dette deviendront le premier poste budgétaire », a-t-il souligné. Parmi ses propositions figure également la suppression des jours fériés du 8 mai (Victoire de 1945) et du lundi de Pâques.
Montée des tensions sociales et politiques
Cependant, ces mesures budgétaires rencontrent une forte résistance, non seulement politique, mais aussi au sein de la société civile. Depuis plusieurs semaines, un mouvement baptisé « Bloquons Tout » s’organise, avec l’objectif de paralyser le pays le 10 septembre.
La présidente du groupe parlementaire de La France Insoumise (LFI), Mathilde Panot, a affirmé que son parti ne voterait « certainement pas » la confiance. Les écologistes et les communistes, membres comme LFI du Nouveau Front Populaire (alliance de la gauche au Parlement), ont également annoncé qu’ils ne soutiendraient pas François Bayrou lors du vote de confiance. Le Rassemblement National (RN) adoptera la même ligne. Son porte-parole parlementaire, Thomas Ménagé, a déclaré qu’apporter un soutien au gouvernement serait « une trahison des électeurs ».
Le premier secrétaire du parti socialiste, Olivier Faure, a laissé peu de doutes sur l’orientation de son parti : hors de question d’accorder sa confiance. Les socialistes comptent plutôt présenter dans les prochains jours leur propre « contre-budget ».
Bayrou étant à la tête d’un gouvernement minoritaire, il connaît la tâche à laquelle il est confronté mais a néanmoins opté pour un vote de confiance. Il a présenté un budget qui semble attirer peu de soutien de l’opposition parlementaire, des syndicats ou du grand public.
Certes, le gouvernement bénéficie de l’appui de Gabriel Attal, président du groupe Renaissance de la majorité présidentielle, mais la décision finale appartient désormais aux députés, qui voteront le 8 septembre. Si Bayrou et son gouvernement devaient tomber, une question centrale se posera : qui peut encore gouverner la France dans la configuration actuelle de l’Assemblée nationale ? Et le président Macron décidera-t-il de dissoudre à nouveau l’Assemblée, maintenant que la contrainte constitutionnelle imposant un délai d’un an entre deux dissolutions a expiré ?
En toile de fond, un enjeu plus large : en renversant successivement les gouvernements, les oppositions cherchent à accroître la pression sur le président afin de provoquer sa démission et de forcer la tenue d’élections présidentielles anticipées.
Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?
D’un point de vue économique, l’objectif du gouvernement de ramener le déficit à 4,6% d’ici 2026 semble de plus en plus optimiste. Pour éviter une nouvelle dérive du déficit, la France doit identifier chaque année des économies équivalant à environ 0,5% du PIB. Si l’absence actuelle de mesures d’austérité peut soutenir la croissance à court terme, elle contribue parallèlement à une aggravation de l’endettement, en contradiction avec les exigences budgétaires de l’Union Européenne. Cette situation se reflète dans la hausse des rendements des OAT. Dans ce contexte, un resserrement significatif de l’écart OAT-Bund semble peu probable à court terme.
Risque de dégradation des notations
Pour les investisseurs obligataires, au-delà de l’instabilité politique, un point d’attention majeur est l’examen de la note souveraine française par Fitch1 prévu le 12 septembre, soit quatre jours après le vote de confiance. Suivront ensuite les évaluations de Moody’s2 (24 octobre) et de Standard & Poor’s3 (28 novembre). La France conserve actuellement une note AA- chez Fitch, mais l’incertitude politique accroît le risque de dégradation. Si deux des trois grandes agences abaissaient la note, cela limiterait la capacité des banques à utiliser les OAT comme collatéral, réduisant ainsi une source essentielle de demande pour ces titres. Or, un tiers des OAT arrivant à échéance sont détenus par la Banque centrale européenne, qui diminue progressivement ses achats, renforçant la dépendance à d’autres investisseurs.
En revanche, une révision des notations est prévue pour l’Italie le 19 septembre. Si la France subit une dégradation de sa note alors que l’Italie reçoit une augmentation, il est possible que des capitaux supplémentaires s’écoulent sur les marchés obligataires italiens au détriment des obligations françaises.
Marché des changes : impact limité pour l’euro
Sur le marché des changes, l’impact sur l’euro devrait rester limité. Une large partie du risque est déjà intégrée, comme l’illustre l’écart OAT-Bund et les anticipations liées aux dégradations. Tant que la France évite une hausse substantielle de son endettement et maintient des efforts de consolidation, même à un rythme ralenti, les devises ne devraient pas intégrer de prime de risque supplémentaire significative.
Actions françaises : sous-performance persistante
Du côté des actions, le repli initial du CAC 40 a représenté environ la moitié de celui observé l’été dernier après l’annonce des élections anticipées, lorsque l’indice avait sous-performé le marché européen de 4 points de pourcentage sur deux semaines avant de se stabiliser. Les actions françaises pourraient continuer à sous-performer à court terme, sans que cela se propage au marché d'actions européen dans son ensemble.
Banques et assurances sous pression
Cette semaine, les valeurs bancaires et d’assurance ont été les plus pénalisées. Plusieurs facteurs expliquent cette contre-performance. Tout d’abord, la hausse des rendements des OAT a pesé sur les portefeuilles des banques , les OAT représentant 12 à 30% de leurs actifs (même si ces expositions sont en grande partie couvertes). Ensuite, l’élargissement des spreads de la dette française, qui peut accroître le coût du capital des institutions financières, aggravé en cas de dégradation de la note souveraine. L’incertitude politique pourrait peser sur la demande de crédit.
Le secteur pourrait également souffrir si la surtaxe exceptionnelle de 10 points sur les grandes entreprises réalisant plus de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires était prolongée jusqu’en 2026, au lieu d’être réduite comme prévu. Selon les analystes, cela amputerait les bénéfices des grandes banques de près de 3%.
À noter également que les entreprises susceptibles de voir leurs résultats diminuer de plus de 5% dans ce scénario représentent près de 30% du CAC 40 ce qui justifie un risque de révisions bénéficiaires à la baisse et de sous-performance.
En revanche, la faiblesse des banques françaises n’a qu’un impact limité sur l’ensemble du secteur bancaire européen, dans lequel elles ne représentent que 10% de l’indice STOXX 600 Banks. Nous continuons de privilégier le secteur bancaire européen, considérant les phases de faiblesse comme des opportunités d’achat. Ce secteur bénéficie en effet d’une dynamique unique de révisions positives des bénéfices, ainsi que d’une pentification de la courbe des taux, et reste protégé contre les risques liés aux droits de douane.
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1 Agence de notation financière américaine à vocation internationale.
2 Entreprise américaine de recherche financière et de notation de crédit qui évalue la santé financière et le risque de défaut de paiement des entreprises, des États et d'autres institutions.
3 Agence d'analyse financière et de notation, qui publie des analyses et attribue des notes (ratings) pour évaluer la solvabilité des entreprises et des émetteurs d'obligations.