Déshériter un enfant : ce que permet (et interdit) le droit belge

Estate Planning & Patrimoine - 25 février 2026

Déshériter un enfant : ce que permet (et interdit) le droit belge

En Belgique, les enfants bénéficient d’une protection particulière : ils ont légalement droit à une part minimale réservée de l’héritage, appelée la réserve héréditaire. Cette réserve correspond toujours à la moitié de l’ensemble de votre succession, quel que soit le nombre d’enfants.

Cette moitié est répartie à parts égales : si vous avez deux enfants, chacun a droit à au minimum un quart de votre succession. Avec trois enfants, cela correspond à un sixième par enfant.

L’autre moitié - la quotité disponible - peut être attribuée librement par testament ou par donation à la personne de votre choix : à un enfant spécifique, à d’autres membres de la famille, à des amis, à une œuvre caritative, etc.

Si vous laissez un conjoint survivant, la réserve des enfants est limitée à la nue-propriété des parts mentionnées ci-dessus.

Déshériter formellement : possible, mais est-ce efficace ?

Bien que vos enfants aient légalement droit à la moitié de votre succession, ils doivent faire valoir ce droit explicitement s’ils s’estiment lésés.

Vous pouvez en effet faire établir un testament dans lequel vous déshéritez formellement un enfant : je lègue tout à l’enfant A (et par conséquent rien à l’enfant B). Si l’enfant B ne soulève aucune contestation, la succession reviendra intégralement à l’enfant A.

L’enfant lésé doit entreprendre lui même des démarches pour réclamer sa part d’héritage au moyen d’une action dite de réduction. Cela ne se fait donc pas automatiquement : la demande doit être spontanément introduite. Si l’enfant lésé ne le fait pas, la répartition prévue dans le testament reste valable telle que vous l’avez définie.

La masse fictive : les donations sont prises en compte

Celui qui pense réduire les droits successoraux de ses enfants en effectuant de son vivant d’importantes donations à d’autres personnes se trompe. Lors du règlement d’une succession, le notaire établit ce que l’on nomme la « masse fictive » : la valeur totale des biens de la succession au moment du décès, (entre autres) augmentée de toutes les donations effectuées au cours de la vie, et diminuée des dettes. C’est sur cette masse fictive que se calcule la réserve héréditaire des enfants.

Il n’existe pas de limite temporelle : en principe, toutes les donations sont prises en compte, y compris celles réalisées il y a 30 ou 40 ans. Il appartient à l’enfant lésé de démontrer et de prouver qu’il y a davantage à prendre en compte que ce qui subsiste dans la succession.

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Techniques pour limiter la part réservataire

Si déshériter totalement un enfant reste juridiquement impossible en Belgique, il existe diverses techniques permettant de favoriser certains enfants et donc d’attribuer une part moindre à d’autres. Même si vous n’avez qu’un seul enfant, il existe des moyens de réduire la succession.

  1. Donation hors part successorale
    En matière de donation, il convient de distinguer la donation faite en avance d’hoirie de la donation faite hors part successorale. Les donations aux enfants sont présumées constituer une avance sur héritage, sauf mention contraire dans l’acte de donation ou dans le pacte adjoint accompagnant un don bancaire.

    Souhaitez-vous favoriser un enfant en particulier ? Vous pouvez alors effectuer une donation « hors part successorale ». Dans ce cas, la donation n’est pas prise en compte pour la répartition égalitaire de la succession entre les enfants. L’enfant reçoit donc cette donation en supplément de sa part successorale. Vous êtes toutefois limité à la quotité disponible : la moitié de votre patrimoine reconstitué. Si cette quotité disponible est dépassée, l’enfant lésé peut demander la réduction de la ou des donations effectuées.
  2. L’acquisition démembrée d’un bien immobilier
    Dans une acquisition démembrée, l’usufruit et la nue-propriété d’un bien immobilier sont acquis par des parties différentes. Souvent, les parents acquièrent l’usufruit et les enfants la nue-propriété.

    Supposons que vous ayez deux enfants et que vous souhaitiez favoriser votre fille au détriment de votre fils. Vous achetez avec votre fille un appartement : vous achetez l’usufruit, votre fille acquiert la nue-propriété avec ses propres fonds. À votre décès, l’usufruit s’éteint et votre fille devient pleinement propriétaire du bien, en principe sans qu’aucun droit de succession ne soit encore dû.

    Votre fils ne peut pas faire valoir sa réserve sur cet appartement, car l’usufruit ne faisait pas partie de votre succession.
  3. Consommer votre patrimoine
    Vous pouvez dépenser une grande partie de votre patrimoine de votre vivant - chacun est libre de disposer de ses biens comme il l’entend. En pratique, cela est toutefois difficilement réalisable : que se passe-t-il si tout est consommé alors que vous vivez encore de nombreuses années ?

    Une solution possible lorsqu’il n’y a qu’un enfant consiste à vendre votre habitation en viager à un tiers. Vous vendez votre logement et percevez une rente mensuelle jusqu’à votre décès. De cette manière, le bien immobilier sort d’ores et déjà de votre succession.
  4. Déménager à l’étranger
    Le droit successoral diffère d’un pays à l’autre. Dans certains pays, il est possible de désavantager des enfants dans une bien plus large mesure. Si vous souhaitez recourir à cette législation étrangère, vous devez toutefois réellement vous établir à l’étranger – une résidence secondaire ne suffit pas. Attention : les successions internationales sont extrêmement complexes. Faites-vous donc conseiller de manière approfondie avant d’envisager une telle démarche.

Indignité successorale absolue : la seule véritable exception

L’indignité successorale constitue la seule véritable exception à la règle selon laquelle les enfants ne peuvent pas être déshérités. Un enfant peut être déclaré indigne d’hériter par le juge s’il a été reconnu coupable ou complice, par exemple, de (tentative de) meurtre sur son parent ou de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort.

La transparence permet d’éviter les conflits

Déshériter un enfant peut entraîner de fortes tensions et des conflits entre les héritiers. Un enfant lésé qui découvre soudain qu’il reçoit bien moins que ce qu’il pensait obtenir sera davantage enclin à engager une action en justice. Vous souhaitez malgré tout désavantager un enfant ? Veillez alors à ce que votre façon de procéder soit juridiquement irréprochable. Envisagez également d’aborder le sujet de votre vivant avec l’enfant concerné. Expliquez vos motivations. Si cela s’avère impossible, envisagez une lettre d’accompagnement jointe à votre testament dans laquelle vous exposez les raisons de votre choix.

Une planification patrimoniale visant à désavantager un enfant requiert une approche sur mesure et un conseil approfondi. Les pièges sont nombreux. Consultez donc toujours un notaire ou un Estate Planner pour obtenir un conseil personnalisé.

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