Flambée des prix de l’énergie en Europe : l'hiver arrive

Marchés

Flambée des prix de l’énergie en Europe : l'hiver arrive

22 septembre 2021 - Lu en 3 min. 

Rédigé par

Ahmed Khalid & Dirk Steffen 
Investment Strategist Europe - Chief Investment Strategist

En résumé :
  • Les prix de l'énergie en Europe sont en très forte hausse depuis le début de l'année, en grande partie (mais pas entièrement) en raison de la forte dépendance de l'Europe vis-à-vis des importations de gaz naturel.
  • Les services publics d’énergie européens ont sous-performé et on s'inquiète de plus en plus de l'impact des prix élevés de l'énergie sur les secteurs à forte intensité énergétique.
  • Les prix élevés de l'énergie auront des répercussions macroéconomiques et politiques, ainsi qu'un impact sur la rentabilité des entreprises.

Que s’est-il passé ?

Les prix de gros de l'énergie en Europe ont connu une hausse spectaculaire - le prix du gaz naturel dans l'UE a augmenté d'environ 230% depuis le début de l'année, et les prix du charbon thermique ont augmenté d'environ 118%, leur plus haut niveau depuis 2008. Le prix des quotas d'émission européens (pour le trading du carbone) a quant à lui augmenté de plus de 82% depuis le début de l'année. Les niveaux de stockage du gaz suscitent également des inquiétudes : à l'approche de l'hiver, les installations européennes de stockage du gaz ne sont remplies qu'à 70%, alors que la moyenne des cinq dernières années est de 86% à cette période de l'année.

En conséquence, les prix de l'électricité ont atteint des niveaux records. Les prix de l'électricité en Allemagne ont augmenté d'environ 200% depuis le début de l'année, et les prix de l'électricité en Espagne ont grimpé de plus de 270%.

De nombreux facteurs à l’origine de la flambée des prix

La hausse des prix de l'énergie est avant tout due à la dépendance de l'UE vis-à-vis des importations de gaz naturel. Le climat a été exceptionnellement froid en avril et les travaux de maintenance ont également réduit les exportations norvégiennes vers les terminaux européens de près de 30 % au 2e trimestre. Depuis lors, la Russie, qui représente normalement environ 40 % des importations de l'UE, a laissé passer des occasions d'augmenter de façon significative ses exportations de gaz vers l'Europe, ce qui limite la capacité de l'UE à obtenir des volumes plus importants par gazoduc. En outre, un incendie dans une installation russe de traitement du gaz a perturbé l'approvisionnement jusqu'à il y a peu.

Habituellement, l'UE peut utiliser les marchés internationaux du gaz naturel liquéfié (GNL) pour compléter l'approvisionnement par gazoduc en cas de besoin. Mais il est facile pour les producteurs de GNL de transférer la production vers les régions qui paient les prix les plus élevés - et les prix en Europe ont été plus bas qu'en Asie. Au cours des six derniers mois, l'écart de prix a été d'environ 0,63 USD/MMBTU, les importations chinoises de GNL ayant augmenté d'environ 28 % en glissement annuel au 1er semestre. L'Europe est donc en concurrence pour le GNL avec des pays comme le Brésil, où la sécheresse a affecté la production hydroélectrique, ce qui a stimulé à son tour la demande de GNL.

En parallèle, les prix élevés du carbone et du charbon ont limité la capacité de l'Europe à passer au charbon comme source d’énergie, qui émet environ deux fois plus de dioxyde de carbone par unité d'énergie. L'énergie éolienne a également souffert de conditions météorologiques exceptionnellement calmes.

Comment les marchés financiers ont-ils réagi ?

La forte augmentation des prix de gros et de détail de l'énergie n'est qu'une partie de l'histoire. Les services publics d'énergie européens ont sous-performé le marché au sens large à mesure que l'ampleur du problème est devenue plus évidente. Les marchés commencent à s'inquiéter des répercussions des prix élevés de l'énergie sur d'autres secteurs. Ils ne semblent pas encore prendre en compte les implications potentielles à plus long terme pour l'inflation et les développements macroéconomiques.

Qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?

Une baisse significative des prix du gaz semble peu probable à court terme. La situation finira par se normaliser, mais le calendrier de cette normalisation peut dépendre de divers facteurs comme, par exemple, la durée et la rigueur de l'hiver en Europe.

La hausse des prix de l’énergie : un vrai casse-tête pour l’Europe

La hausse des prix de l'énergie est déjà un casse-tête pour les gouvernements européens. Jusqu'à présent, les réponses politiques ont été diverses. Par exemple, en plus d'autres mesures visant à soulager les consommateurs, le gouvernement espagnol veut réaffecter ce qu'il considère comme des bénéfices excessifs réalisés par les services publics qui n'utilisent pas de gaz mais qui ont bénéficié de la hausse des prix de détail de l'électricité. Au Royaume-Uni, diverses réponses ont été proposées, notamment une approche de "bad bank". Dans ce cas, l'un des problèmes est la gestion des clients des entreprises d'énergie en faillite, car les contrats de consommation existants et les plafonds de prix peuvent faire en sorte qu'il ne soit pas rentable pour d'autres entreprises de commencer à les approvisionner.

Ces réponses soulèvent par ailleurs des questions plus larges concernant l'impact probable du subventionnement direct ou indirect des prix élevés de l'énergie sur les finances publiques (déjà mises à mal), le comportement des entreprises et des consommateurs, ainsi que la croissance européenne. En outre, plus les prix de l'énergie resteront élevés, plus l'impact potentiel sur l'inflation européenne sera important.

La hausse des prix de l'énergie peut également mettre en péril la rentabilité de nombreux secteurs, notamment ceux où l'énergie représente une part importante du coût des intrants, rendant dans certains cas les opérations non viables. La production d'engrais est l'un des domaines problématiques, ce qui pourrait avoir des répercussions sur l'agriculture et d'autres secteurs. Les pénuries de dioxyde de carbone (un sous-produit de la fabrication des engrais) ont, à leur tour, des répercussions sur les industries de la chaîne alimentaire au Royaume-Uni, comme la transformation de la viande mais également, en théorie, sur d'autres domaines tels que, par exemple, les soins de santé.

Risque de répercussions multiples

La hausse des coûts de l'énergie en Europe est par conséquent susceptible d'avoir des répercussions multiples et continues au niveau des consommateurs, des entreprises et des politiques gouvernementales. Vue dans le contexte d'autres incertitudes mondiales, comme l'immobilier chinois, elle pourrait accroître la volatilité de marché dans les semaines à venir. Nous n’anticipons pas de résolution rapide à ce problème et les investisseurs devraient se préparer à un parcours mouvementé.

Votre portefeuille a-t-il besoin d’une mise à jour ?

Appelez nos experts de Talk & Invest au 078 156 157.

Prenez rendez-vous dans votre Financial Center en appelant le 078 155 150 ou via notre outil en ligne

×