L’IA générative : pour le meilleur ou pour le pire ?

Marchés & Investissements - 20 juillet 2023

L’IA générative : pour le meilleur ou pour le pire ?

Rédigé par David Folkerts-Landau (Group Chief Economist Global Head of Research), Jim Reid (Head of Global Economics and Thematic Research) & Adrian Cox (Research Analyst)

En résumé :
  • L’IA générative, telle que ChatGPT, est une révolution en raison de son vaste champ d’application, de la facilité de son utilisation et de son adoption ultrarapide par les internautes du monde entier.
  • Bien que l’IA générale semble plus proche que jamais, les experts mettent en garde contre ses conséquences géopolitiques et le risque de désinformation. Ils exhortent ses concepteurs à faire preuve de prudence dans le développement de cette technologie.
  • L’impact économique de l’IA générative, les mutations qu’elle induit sur le marché du travail et la domination des ‘big tech’ sont trois préoccupations pour l’avenir.

Gamechanger. Un mot à la mode, souvent galvaudé. Dans le cas de l’IA générative – telle que ChatGPT – l’émoi semble justifié, et ce pour trois raisons.

Primo, en raison de la nature même de cette technologie. L’IA générative a des ambitions généralistes et non spécifiques, ce qui est rare. Ses applications vont de l’analyse de données à l’identification d’images ou de la parole, de la détection de sentiments et de schémas dans des montagnes de documents à la génération de texte, de visuels et de codes de programmation. Pour l’instant, sa vitesse de développement est exponentielle. Elle se mesure non plus en années, mais en semaines.

Secundo, l’accès à l’IA générative est si simple que les 5 milliards d’internautes de notre planète peuvent l’utiliser gratuitement et à l’issue d’une prise en main minimale. Un éventail de plus en plus large de modèles faciles à utiliser classe d’emblée l’IA générative dans une autre catégorie que les ‘grandes inventions’ antérieures, telles que l’ordinateur, le smartphone ou internet.

Tertio, la vitesse d’adoption de cette nouvelle technologie est sans précédent. ChatGPT a été lancé en novembre dernier. En une semaine, il dépassait déjà le cap du million d’utilisateurs, et les 100 millions dans les deux mois. Or, les technologies sont souvent destinées d’abord aux entreprises, puis seulement au grand public. Le commun des mortels a utilisé pour la première fois un PC ou internet dans le cadre de son travail, et seulement par après à un usage privé. Les applications telles que ChatGPT font exception à cette règle et leur usage se répand comme une traînée de poudre.

Des progrès sous-estimés

L’intelligence artificielle suscite autant d’enthousiasme que d’inquiétudes. À juste titre. Jadis, on considérait que l’entendement humain ne permet pas de se projeter plus de 30 ans dans l’avenir. Or, l’IA générative rend cet avenir tangible dès aujourd’hui, au point que de nombreux experts reconnaissent avoir sous-estimé les progrès de cette technologie. Ils s’accordent même à prédire que l’IA généraliste – l’étape intermédiaire vers la superintelligence – n’est plus éloignée que de quelques années, et non de plusieurs décennies. L’IA généraliste est une intelligence artificielle capable d’effectuer toutes les tâches intellectuelles des humains : comprendre, apprendre, agréger des savoirs provenant de domaines différents, résoudre des problèmes et s’adapter à des situations nouvelles. Exactement comme le font nos cellules grises.

Conséquences géopolitiques

Les effets de l’IA devraient se faire sentir en plusieurs vagues, qui déferleront sur le monde l’une après l’autre. La lettre ouverte publiée en mars derniers par Steve Wozniak (le cofondateur de Apple) et Elon Musk a ravivé le débat sur ses conséquences négatives potentielles. Dans cette lettre, ils exhortent l’humanité à mettre l’intelligence artificielle en pause, mais ce souhait semble rester lettre morte. Il faut dire que les enjeux géopolitiques sont immenses : si les États-Unis cessent de développer l’IA, la Chine et d’autres pays ne feront certainement pas de même. Autrement dit, les futurs développements de l’IA rebattront les cartes géopolitiques.

Le spectre de la désinformation

Les avancées de l’intelligence artificielle s’accompagnent de défis auxquels doivent se préparer les citoyens, les entreprises et les pouvoirs publics. Le premier défi est celui de la véracité. Plus de 10 ans après l’essor des réseaux sociaux, nous ne parvenons toujours pas à enrayer la propagation de la désinformation. Aujourd’hui, on constate que l’IA générative est en passe de créer encore davantage de désinformation. Il n’y a plus le moindre texte, le moindre enregistrement vocal ni le moindre clip vidéo dans lequel nous pouvons avoir totalement confiance, sauf lorsqu’on est certain qu’il provient d’une source fiable, et encore. Il est devenu impossible de savoir si un morceau de musique, une photo ou un article de fond sont l’œuvre d’un humain ou d’un algorithme.

L’avenir du travail

Seconde incertitude, quel sera l’impact de l’intelligence artificielle sur l’économie et sur l’emploi ? Ce qui est certain, c’est que l’IA générative transformera radicalement notre manière de travailler. Il est exact que, si certains métiers disparaissent, d’autres voient le jour. Certains emplois actuels n’existaient tout simplement pas, il y a 30 ans. Il n’en reste pas moins que l’IA générative devrait induire une mutation complète de notre travail, et ce encore avant la fin de cette décennie.

La domination des big tech

Enfin, certains s’inquiètent de la puissance déraisonnable que pourraient acquérir les grandes sociétés technologiques grâce à leur maîtrise de l’IA. Pour l’instant, elles sont les seules à être en mesure d’entraîner les modèles IA les plus puissants. Sauf si des alternatives open source parviennent à offrir la même qualité, ce sont les big tech qui cueilleront les fruits de l’IA. Et il est donc très improbable que ces acteurs dominants consentent à freiner le train de l’intelligence artificielle ou à lui imposer des garde-fous.

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Les prévisions sont fondées sur des suppositions, évaluations, avis subjectifs, analyses et modèles hypothétiques qui peuvent se révéler faux. Fourni exclusivement à titre d’illustration. Le présent article et les informations qu’il contient ne constituent en aucune manière un conseil en investissement.

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