La géopolitique n’a généralement pas beaucoup d’impact sur la performance des marchés financiers à long terme. C’est une tendance assez constante, y compris lors des conflits survenus au cours des deux dernières années au Moyen-Orient. Ainsi, il y a eu un bref mouvement de repli en avril 2024 après l’attaque de l’Iran contre Israël, mais les marchés se sont ensuite rapidement redressés. Puis, en octobre 2024, de nouvelles frappes iraniennes ont provoqué un pic des prix du pétrole, mais la riposte israélienne ayant été plus limitée que prévu, les prix se sont rapidement détendus. Les événements récents sont bien plus importants que ceux de 2024. Mais à part les prix des matières premières et les marchés d’actions au Moyen-Orient, l’impact sur les marchés au sens large est pour l’instant limité.
Alors, qu’est ce qui pourrait faire en sorte que la géopolitique ait un impact plus large sur les marchés ? Historiquement, ce n’est que lorsqu’elle affecte les variables macroéconomiques comme la croissance et l’inflation que les marchés sont impactés durablement. Ainsi, pour les marchés, les événements géopolitiques significatifs ont été les chocs de stagflation, comme les crises pétrolières des années 1970, la guerre du Golfe en 1990, et l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de choc de cette ampleur. Les prix du Brent restent inférieurs à leur moyenne de 2024, qui était d’environ 75$/baril. Ce contexte ne génère donc pas encore de problème d’inflation généralisée. Évidemment, une flambée plus importante des prix rappellerait le scénario de 2022, où les banques centrales avaient relevé leurs taux pour maîtriser l’inflation. Mais, du moins pour l’instant, nous n’en sommes pas là. En réalité, la résilience des marchés face aux chocs répétés cette année constitue déjà une histoire marquante en soi.
Graphique - Le cours du Brent - Moyenne en 2024
L’attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes, le vendredi 13 juin, a entraîné une forte hausse des prix du pétrole, le Brent affichant sa plus forte progression journalière (+7,02%) depuis octobre 2023. Le prix de l’or a aussi quasiment atteint un sommet historique, et plusieurs indices boursiers au Moyen-Orient ont connu une nette baisse. Mais les autres actifs ont à peine réagi.
C’est un contraste net avec ce qui s’est passé après le « Liberation Day » début avril, où une forte agitation des marchés avait suivi l’annonce des droits de douane « réciproques » par les États-Unis. La différence, c’est que ce jour-là a entraîné une réévaluation importante des perspectives de croissance mondiale. En raison de la perspective de droits de douane massifs (et de potentielles représailles), les investisseurs avaient commencé à intégrer une probabilité élevée de récession aux États-Unis, ainsi qu’un ralentissement plus large de la croissance mondiale. Avec la pause de 90 jours et l’atténuation des droits de douane entre les États-Unis et la Chine, les investisseurs ont commencé à écarter à nouveau ce scénario de récession, entraînant un fort rebond des marchés.
Aujourd’hui, malgré les événements en cours et leurs conséquences géopolitiques, sur le plan purement économique, nous n’observons pas de révision majeure des perspectives de croissance (hors Moyen-Orient). Cela signifie donc que l’impact global sur les marchés restera lui aussi plus limité.
Cette année, les marchés ont fait preuve d’une robustesse remarquable face à des chocs majeurs :
Pourtant, malgré ces chocs répétés, le rallye mondial s’est globalement poursuivi. Même après les turbulences post « Liberation Day », l’indice MSCI World est remonté à un niveau record ce mois-ci.
Cela soulève de plus en plus la question suivante : est-ce que tous ces événements ont encore un véritable impact sur les marchés, au-delà du choc initial à court terme ?
La réponse est oui, mais deux éléments doivent être gardés à l’esprit :
Le premier risque clé est le 9 juillet, date de fin de la prolongation de 90 jours des droits de douane « réciproques ». Trump a menacé d’imposer des droits de douane de 50% à l’Union Européenne, et a déclaré : « Nous enverrons prochainement des lettres aux pays pour leur dire quelles seront les conditions. »
Cela rejoint le deuxième risque, qui est celui de l’inflation. Aujourd’hui, le risque de hausses des prix dues aux droits de douane s’ajoute à celui d’un choc pétrolier en raison du conflit au Moyen-Orient. Même s’il s’agit théoriquement de chocs temporaires, l’expérience de 2021-2023 montre que ces chocs peuvent s’additionner et ancrer des anticipations inflationnistes, car ce qui est temporaire finit par sembler permanent. On peut très bien imaginer que cela se reproduise en 2025, avec les droits de douane, la hausse des prix de l’énergie, et peut-être un autre choc encore inconnu. Le risque inflationniste est crucial, car une inflation plus élevée limiterait la capacité des banques centrales à baisser leurs taux.
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28 mai 2025
16 juin 2025