Pour la première fois en trois ans et demi, l’euro a franchi, en juin, le seuil de 1,16 USD. Depuis son point bas à 1,014 USD en février, l’euro suit une tendance haussière relativement marquée face au dollar. Même l’escalade du conflit au Moyen-Orient à la mi-juin n’a que marginalement affecté cette dynamique.
De plus en plus d’investisseurs estiment qu’un véritable tournant structurel est en train de s’opérer sur le marché des changes. Contrairement aux années précédentes, les différentiels de taux d’intérêts relatifs jouent un rôle moins déterminant, tandis que l’impact des flux de capitaux gagne en importance. Le financement du budget américain et du déficit courant restera un facteur clé pour le marché. Ainsi, les vents contraires qui pèsent sur le dollar américain, et qui devrait perdurer quelque temps, proviennent de plusieurs fronts.
Seul le temps dira dans quelle mesure les événements des dernières semaines et des derniers mois auront durablement affecté le dollar américain. L’augmentation des droits de douane par l’administration américaine et les restrictions à l’immigration – qui a pourtant contribué à accroître l’offre de travail ces derniers années – pourraient faire grimper le taux d’inflation à moyen terme. Les fortes attentes d’inflation pèsent déjà sensiblement sur le moral des consommateurs américains, selon les enquêtes. La Fed n’est actuellement pas en mesure de baisser ses taux d’intérêt, en raison de l’incertitude et du niveau définitif inconnu des droits de douane, même si les marchés anticipent désormais deux baisses de 25 points de base chacune au second semestre.
Les déficits budgétaires et courant persistants restent les principaux moteurs de la faiblesse du dollar, tandis qu’une dépréciation de la monnaie américaine est explicitement souhaitée par certains membres de l’administration américaine. Sur cette base, les investisseurs mondiaux pourraient progressivement réduire leur exposition au dollar. Cela soulève des interrogations sur la soutenabilité de la dette souveraine américaine dans les années à venir.
Nous percevons donc un potentiel d’appréciation supplémentaire de l’euro à moyen terme.
Cela dit, deux éléments pourraient venir freiner cette tendance. D’un côté, le déficit commercial américain reste énorme, ce qui signifie que les États-Unis doivent attirer du capital en dollars. Et avec une devise affaiblie, c’est plus difficile. De l’autre, une hausse trop marquée de l’euro poserait un problème pour les exportations européennes.
Notre prévision à 12 mois pour l’EUR/USD est de 1,18.
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