La prochaine étape de la révolution de l’IA ?

Marchés & investissements - 11 août 2026

La prochaine étape de la révolution de l’IA ?

Les robots humanoïdes (des robots à l’apparence humaine capables d’exécuter des tâches habituellement réalisées par des personnes) évoluent progressivement du statut de simple démonstration technologique à celui d’outil utilisé dans les premières applications industrielles. Cette évolution ouvre des opportunités d’investissement qui vont bien au-delà des seuls fabricants de robots. À court terme, les perspectives les plus prometteuses se situent principalement du côté des composants stratégiques et des infrastructures de support. À plus long terme, le potentiel de croissance dépendra de la capacité du secteur à atteindre une production à grande échelle, ainsi que des avancées en matière de logiciels, de données et de modèles de services.

Derrière le robot, un écosystème complexe
Anatomie humaine Équivalent humanoïde Composants
Sens Capteurs et systèmes de perception Caméras et capteurs de profondeur, technologie LiDAR, capteurs de force et capteurs tactiles, ainsi que systèmes embarqués de suivi des mouvements.
Le cerveau et le système nerveux du robot Puissance de calcul, systèmes de contrôle, communication et logiciels embarqués CPU, GPU et puces d’intelligence artificielle, microcontrôleurs, modules de communication sans fil et logiciels de perception.
Structure mécanique et systèmes d’actionnement Structure mécanique, systèmes d’actionnement et transmission Structure porteuse et articulations, systèmes d’actionnement et de transmission, ainsi qu’effecteurs terminaux (mains et préhenseurs).
Métabolisme Systèmes énergétiques et de gestion thermique Systèmes de batteries et d’alimentation, systèmes de refroidissement
Source : Deutsche Bank AG. Données au 3 juin 2026.

1. Du spectacle à la valeur concrète

La robotique humanoïde peut être vue comme le prolongement physique du développement de l’intelligence artificielle (IA). Le semi-marathon chinois de robots humanoïdes organisé en 2026 illustre concrètement les progrès visibles réalisés en matière d’équilibre, d’endurance, de gestion de la batterie, de refroidissement, de navigation et de robustesse : plus de 100 équipes y ont fait courir leurs robots aux côtés de participants humains, et près de la moitié d’entre elles utilisaient une navigation autonome. Pourtant, il convient de nuancer : une démonstration technologique ne se traduit pas nécessairement par une création de valeur à grande échelle. Les robots humanoïdes restent en effet en pleine phase de développement technologique. Leur progression est aujourd’hui moins limitée par les capacités de l’intelligence artificielle que par des facteurs tels que la puissance, la dextérité, la disponibilité, la fiabilité, la qualité de fabrication et la rentabilité.

Pour les investisseurs, la véritable question n’est donc pas de savoir si les robots peuvent impressionner, mais s’ils sont capables d’exécuter des tâches de manière sûre, constante et à un coût suffisamment compétitif pour générer un rendement positif.

2. Moteurs structurels de la demande

La demande structurelle est portée par le vieillissement des populations, les pénuries de main-d’œuvre et la nécessité d’améliorer la productivité dans les métiers physiques. Le vieillissement démographique et la contraction de la population active renforcent l’attrait de l’automatisation, en particulier pour les tâches répétitives ou les fonctions difficiles à pourvoir.

Toutefois, il convient de ne pas surestimer le rythme d’adoption de ces technologies. Les robots humanoïdes n’ont pas besoin de remplacer intégralement les emplois humains pour créer de la valeur. L’automatisation fiable d’une seule tâche à forte valeur ajoutée peut déjà suffire à justifier leur utilisation.

Les premières applications devraient vraisemblablement émerger dans des environnements structurés tels que l’industrie manufacturière, la logistique et les entrepôts, où les processus sont clairement définis et les résultats facilement mesurables. Les applications destinées aux consommateurs ou aux services, qui nécessitent davantage de jugement, de dextérité fine ou d’interactions humaines, devraient quant à elles se développer plus progressivement.

3. Création de valeur : d’abord le matériel, ensuite les logiciels

Pour les investisseurs, la création de valeur se situe actuellement davantage dans les technologies et composants qui équipent les robots que dans les robots humanoïdes eux-mêmes.. Une plateforme humanoïde combine des capteurs, de la puissance de calcul, des systèmes de contrôle et de communication, des logiciels, une structure mécanique, des systèmes d’actionnement, ainsi que des solutions d’alimentation et de gestion thermique. Les systèmes d’actionnement (moteurs, entraînements, réducteurs et vis) représentent la principale catégorie de coûts, le rapport indiquant environ 50% du coût total du système. Ils sont suivis par les composants de détection et de perception, les modules de calcul et de contrôle, puis les batteries. Cela met en évidence des opportunités dans le contrôle du mouvement, les composants de précision, les caméras, les capteurs de profondeur, le LiDAR, les capteurs tactiles et de force, les puces dédiées à l’IA, les microcontrôleurs, l’électronique de puissance, les batteries, le refroidissement, les logiciels de perception et l’intégration. À court terme, les fournisseurs de composants et les acteurs qui facilitent l’industrialisation pourraient offrir une exposition plus tangible que les assembleurs de robots les plus visibles, car les déploiements restent encore largement au stade pilote tandis que l’intensité en composants augmente déjà.

4. Commercialisation : des attentes élevées, mais des progrès limités

Le marché évolue progressivement des prototypes vers les premières applications commerciales, mais sa capacité à se développer à grande échelle demeure encore limitée. Les installations mondiales devraient atteindre environ 2.500 unités en 2026, contre 500 en 2025, tandis que le coût des systèmes industriels reste élevé. Une commercialisation plus large n’est généralement pas attendue avant 2027, à mesure que les coûts diminueront et que les technologies se standardiseront.

À plus long terme, les perspectives apparaissent nettement plus attractives. Les livraisons annuelles de robots humanoïdes pourraient passer d’environ 1,5 million d’unités en 2030 à près de 10 millions en 2035, soutenant un écosystème dont la valeur pourrait se situer entre 5.000 et 25.000 milliards de dollars américains. Ces projections illustrent à la fois l’ampleur du potentiel de croissance du secteur et les risques d’exécution qui l’accompagnent.

5. Économies d’échelle et passage à l’échelle

La logique économique évolue progressivement d’une approche centrée sur l’automatisation générale vers des indicateurs de productivité concrets et mesurables : taux d’utilisation, disponibilité, coût par tâche et fiabilité. Dans des conditions favorables, les coûts d’exploitation pourraient converger vers l’équivalent de 10 à 15 dollars américains par heure, mais uniquement si les robots peuvent être utilisés de manière intensive sur de longues périodes.

Au cœur de cette dynamique se trouve un cercle vertueux d’apprentissage : les déploiements réels génèrent des données ; ces données améliorent l’autonomie, les performances et la maintenance ; et de meilleures performances favorisent à leur tour une adoption plus large.

C’est pourquoi les logiciels, les modèles d’autonomie, la simulation, l’edge computing et les plateformes de données pourraient gagner en importance au fil du temps, même si les coûts du matériel dominent encore aujourd’hui. Cette évolution explique également pourquoi les modèles de services pourraient devenir un relais de croissance majeur. La maintenance, les pièces de rechange, le remplacement des batteries, les mises à jour logicielles, la recharge, les contrôles de sécurité et la gestion de la fin de vie des équipements pourraient ainsi générer des revenus récurrents à mesure que la robotique se déploiera à grande échelle.

6. Concurrence régionale et implications pour les chaînes d’approvisionnement

Le paysage concurrentiel est réparti entre plusieurs régions du monde. Les États-Unis se distinguent par leur expertise dans les modèles d’intelligence artificielle, la puissance de calcul, l’autonomie des systèmes, la simulation et les infrastructures logicielles. La Chine bénéficie quant à elle d’un avantage significatif en matière d’échelle de production, de déploiement sur le terrain et d’infrastructures physiques. En 2025, le pays représentait environ la moitié des installations mondiales de robots industriels et plus de quatre cinquièmes des installations mondiales de robots humanoïdes. Cet avantage est important, car les déploiements à grande échelle génèrent les données nécessaires à l’amélioration continue des systèmes.

Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et l’Europe jouent également un rôle clé dans le développement de cet écosystème. Le Japon apporte son expertise dans la fabrication de robots et les composants de précision. La Corée du Sud se distingue dans les semi-conducteurs, les batteries et l’électronique. Taïwan occupe une position stratégique dans les semi-conducteurs avancés, la production électronique, ainsi que les activités de test et d’assemblage. Enfin, l’Europe dispose d’atouts importants dans l’automatisation industrielle, l’intégration des systèmes de production et les environnements d’adoption à forte valeur ajoutée, notamment dans les secteurs de l’automobile et de la construction de machines.

7. Risques et opportunités

Les principaux risques demeurent de nature technique, opérationnelle et financière. La dextérité, l’autonomie des batteries, la disponibilité et la fiabilité des systèmes restent des défis importants. Par ailleurs, les délais d’approvisionnement pour certains composants critiques, qui peuvent varier de six à douze mois, sont susceptibles de freiner les déploiements à grande échelle. À cela s’ajoutent des dépenses encore très élevées en recherche et développement, en commercialisation et en frais administratifs. Les coûts de production auraient déjà diminué de 40 % à 60 % à mesure que l’industrie est passée du stade du prototype à celui des premières productions en série. Toutefois, une baisse des coûts ne garantit pas à elle seule une adoption massive. Pour que le marché se développe durablement, les robots devront démontrer leur capacité à générer des gains de productivité tangibles et un retour sur investissement convaincant. La conclusion est donc nuancée. Les robots humanoïdes ne remplaceront probablement pas la main-d’œuvre humaine à grande échelle dans un avenir proche. En revanche, ils pourraient apporter une réponse efficace dans des environnements confrontés à des contraintes de main-d’œuvre, à des tâches répétitives ou à une pression croissante sur la productivité.

Les opportunités les plus prometteuses se situent probablement là où se rencontrent les effets d’échelle, les goulots d’étranglement technologiques et le pouvoir de fixation des prix : aujourd’hui dans les technologies de support, les composants clés, les données et les logiciels ; demain dans les écosystèmes capables de générer des revenus récurrents grâce aux services associés à la robotique.

8. Une conclusion tout en nuance pour les investisseurs

Pour les investisseurs, il peut être utile d’aborder le thème de la robotique humanoïde à travers trois couches distinctes : les technologies matérielles de support, les infrastructures de déploiement et, dans un second temps, les logiciels et les services. La première couche est aujourd’hui la plus pertinente, car elle bénéficie directement de la demande immédiate en composants et des contraintes qui subsistent au niveau de l’offre. La deuxième couche gagnera progressivement en importance à mesure que l’intégration dans les usines, les phases de test et les applications logistiques se développeront à plus grande échelle. La troisième couche, celle des logiciels et des services, pourrait offrir un potentiel considérable, mais elle s’inscrit dans un cycle plus tardif. Son développement dépend en effet de l’existence préalable d’une base installée suffisamment importante pour générer des besoins récurrents en maintenance, mises à jour, gestion des données et autres services associés. Cette séquence plaide en faveur d’une exposition diversifiée au thème de la robotique humanoïde, accompagnée d’une analyse rigoureuse des marges et du pouvoir de fixation des prix des entreprises concernées. Elle invite également à la prudence vis-à-vis des sociétés dont les valorisations intègrent déjà un scénario d’adoption rapide et sans obstacles, alors même que des défis technologiques, opérationnels et économiques subsistent.

Cartographie des opportunités d’investissement
Horizon Exposition la plus pertinente Raison d’être
Court terme Actionneurs, capteurs, batteries, semi-conducteurs, automatisation industrielle. L’intensité en composants, les goulets d’étranglement et les déploiements pilotes offrent une visibilité plus précoce sur les revenus.
Moyen terme Plateformes industrielles, intégrateurs de systèmes, automatisation de la logistique et de la production. Les coûts, les standards et la fiabilité doivent encore progresser avant que les déploiements puissent réellement monter en échelle.
Long terme Logiciels d’autonomie, données, maintenance, pièces détachées et réseaux de services. Des flottes à grande échelle pourraient déplacer les sources de profit vers les logiciels, les données et les services récurrents.

Les produits d’investissement sont sujets à risques. Ils peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse et l’investisseur peut ne pas récupérer le montant de son investissement. Toute décision d’investissement doit être conforme à votre Financial ID (profil d’investissement). À cet égard, d’avantage d’informations sur deutschebank.be/financialid.

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Le présent article et les informations qu’il contient ne constituent en aucune manière un conseil en investissement. Fourni exclusivement à titre d’illustration.

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