IA : le prochain point de blocage pourrait se trouver sous les mers et dans l’espace

Marchés & investissements - 10 septembre 2026

IA : le prochain point de blocage pourrait se trouver sous les mers et dans l’espace





Votre portefeuille est-il encore adapté à la situation économique ?
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Cet article s’appuie sur la publication du Deutsche Bank Research Institute « The Great Rebalancing (4/5):
The connectivity chokepoint », publiée le 2 septembre 2026.

Le thème d’investissement dans l’IA ne se limite plus à la multiplication des centres de données : elle englobe désormais l’ensemble de la chaîne qui rend l’IA opérationnelle, à savoir la transmission à très haut débit, les réseaux de câbles sous-marins, les stations d’atterrissement (situées sur la côte et d’où partent et arrivent les câbles sous-marins), les communications par satellites en orbite terrestre basse, les capacités de réparation, la sécurité des itinéraires de transmission, etc. Le champ d’investissement est vaste, mais la rentabilité des projets dépendra largement du contrôle des actifs stratégiques, de la réglementation, des capacités de financement et de la qualité de l’exécution.

La connectivité devient une ressource rare

Le cycle d’investissement dans l’IA est généralement appréhendé sous l’angle des semi-conducteurs, de l’énergie et des centres de données. Pourtant, chaque modèle, service cloud et charge de travail d’entreprise dépend également de la capacité à transférer rapidement et de manière fiable d’immenses volumes de données. La connectivité pourrait donc constituer le prochain point de blocage. Les fibres sous-marines acheminent plus de 99% du trafic intercontinental de données, tandis que les satellites offrent la couverture et la redondance que la fibre ne peut assurer dans les environnements éloignés, mobiles ou perturbés.

La demande se concentre également davantage. Les réseaux de contenu et de cloud représentent désormais près des trois quarts de la demande internationale de bande passante. Pour y répondre, les hyperscalers financent de nouveaux câbles, en deviennent propriétaires ou y réservent des capacités. Sur les quelque 14 milliards de dollars d’investissements prévus dans les câbles sous-marins qui entreront en service entre 2025 et 2027, une grande partie est portée par de grands fournisseurs de contenu. La tendance est claire : les entreprises du cloud ne veulent plus seulement posséder la destination des données. Elles cherchent de plus en plus à en contrôler également l’itinéraire.

Pour les investisseurs, cette évolution élargit l’éventail des segments exposés au cycle d’investissement dans les infrastructures liées à l’IA : de la fabrication de câbles et d’équipements optiques à l’installation, à la maintenance et aux actifs de réseau implantés à des emplacements stratégiques. Leur attrait ne repose pas uniquement sur la croissance des volumes. Alors que les pouvoirs publics exigent davantage de sécurité, une diversification des itinéraires et un contrôle national, les dépenses consacrées à la résilience pourraient constituer une deuxième source de demande, moins cyclique.

D’infrastructure méconnue à actif stratégique

Le coût d’un câble est faible au regard de la valeur économique des flux qui y transitent, mais il est difficile à remplacer lorsqu’il est endommagé. Entre 150 et 200 incidents sont recensés chaque année, alors que la flotte mondiale de réparation ne compte qu’une quarantaine de navires spécialisés. La plupart sont accidentels, souvent causés par des engins de pêche ou des ancres. Les tensions géopolitiques renforcent toutefois la valeur de la redondance, de la surveillance et d’une capacité de réparation plus rapide. De nouveaux itinéraires conçus pour éviter les corridors contestés pourraient devenir de plus en plus stratégiques, à mesure que les pouvoirs publics et les opérateurs cherchent à accroître la résilience des réseaux.

Les politiques publiques commencent à soutenir ces investissements. Les États-Unis renforcent la surveillance des câbles et des stations d’atterrissement (situées sur la côte et d’où partent et arrivent les câbles sous-marins), tandis que l’Europe finance des pôles régionaux dédiés aux câbles sous-marins ainsi que des capacités de réparation supplémentaires. Le projet Far North Fiber, conçu pour relier l’Europe et l’Asie via des eaux sous le contrôle de pays alliés, illustre la préférence émergente pour la sécurité plutôt que pour la seule efficacité. Les investisseurs doivent s’attendre à ce que les procédures d’autorisation, les règles applicables aux fournisseurs de confiance et le soutien public influencent autant la rentabilité des projets que la demande de bande passante.

REGARD DE L’INVESTISSEUR | LES LEVIERS D’UNE CRÉATION DE VALEUR DURABLE

Capacité

Le trafic lié à l’IA et au cloud soutient une demande durable de nouvelles fibres et de nouveaux équipements optiques.

Résilience

La diversification des itinéraires, les stations d’atterrissement sécurisées et les flottes de réparation gagnent en valeur stratégique.

Contrôle

Les propriétaires de points de connexion rares peuvent capter une valeur économique qui dépasse le simple transport de données.

Les satellites passent d’un marché de niche à un marché en pleine croissance

Les câbles sous-marins resteront l’épine dorsale des réseaux à très haut débit, mais les constellations de satellites en orbite terrestre basse ouvrent une voie de développement parallèle. Leur altitude moins élevée réduit la latence et permet d’offrir des services à haut débit, des communications directes vers les terminaux ainsi qu’une connectivité pour les avions, les navires, les réseaux logistiques, les utilisateurs du secteur de la défense et les régions mal desservies. Selon les estimations de Deutsche Bank Research, le marché des satellites de communication a progressé de plus de 35% en 2025, pour atteindre près de 26 milliards de dollars, et pourrait représenter entre 65 et 70 milliards de dollars d’ici 2030.

Cette croissance ne repose pas uniquement sur les services à haut débit destinés aux particuliers. Les contrats publics et de défense constituent une autre source de monétisation, en particulier à mesure que les communications sécurisées deviennent critiques pour les missions. Les opérateurs géostationnaires existants pourraient se concentrer davantage sur les services aux pouvoirs publics et les applications spécialisées destinées aux entreprises. La consolidation pourrait également favoriser l’émergence de plateformes multi-orbites offrant une couverture plus étendue et une gamme de services plus large.

À plus long terme, l’informatique en orbite constitue une autre possibilité. Plusieurs entreprises étudient des réseaux capables de traiter des données dans l’espace et d’en retransmettre les résultats vers la Terre. Cette perspective en est encore à un stade précoce, mais elle élargit le champ d’investissement aux liaisons optiques intersatellites, aux services de lancement, aux terminaux au sol et aux capacités informatiques résistantes aux rayonnements.

Trois domaines à suivre

1. Les fournisseurs d’infrastructures essentielles à la bande passante

Les fournisseurs de câbles, de composants optiques et d’équipements de réseau, ainsi que les prestataires spécialisés dans l’installation, pourraient continuer à bénéficier de la croissance à long terme de la demande de bande passante, quelle que soit la plateforme technologique qui finira par gagner des parts de marché.

2. Les actifs rares liés à la résilience

Les navires de réparation, les stations d’atterrissement sécurisées, les itinéraires alternatifs et les pôles régionaux répondent à un point de blocage qui ne peut être résolu rapidement en période de crise. La localisation stratégique, le taux d’utilisation et le soutien réglementaire figurent parmi les facteurs susceptibles d’influencer l’attrait de ces actifs.

3. Les écosystèmes satellitaires à grande échelle

Les réseaux en orbite terrestre basse peuvent répondre aux besoins des particuliers, des entreprises et des pouvoirs publics, mais leur taille ne suffit pas à elle seule. Parmi les principaux facteurs de différenciation figurent un accès crédible aux capacités de lancement, les droits sur le spectre et les positions orbitales, des terminaux différenciés, des revenus contractuels et une trajectoire de financement réaliste pour le renouvellement des constellations.

Le paradoxe de la concentration

Internet a été conçu comme un réseau décentralisé, mais son infrastructure physique se concentre. Les hyperscalers peuvent réduire leurs coûts unitaires, sécuriser leurs capacités et connecter directement leurs propres centres de données, sans passer par les fournisseurs traditionnels de transit. Cette évolution peut renforcer leur avantage concurrentiel durable, mais aussi peser sur la rentabilité des opérateurs télécoms historiques et accroître la dépendance à l’égard d’un petit nombre de propriétaires privés.

L’Europe est confrontée à un défi particulièrement important. Les leaders américains du secteur privé et leurs concurrents chinois soutenus par l’État progressent plus rapidement, tandis que la gouvernance européenne reste fragmentée. Cette situation pourrait stimuler les investissements publics, les prises de participation stratégiques et la poursuite de la consolidation du secteur des télécommunications, créant ainsi des opportunités ciblées parmi les fournisseurs européens et dans les projets de connectivité souveraine. Elle accroît également le risque politique : les rendements pourraient dépendre des règles relatives au contenu local, de l’octroi de licences, des sanctions et des marchés publics.

Les questions qui façonnent les perspectives d’investissement

  • La demande repose-t-elle sur des contrats ou principalement sur la croissance anticipée du trafic ?
  • L’actif contrôle-t-il un itinéraire rare, une station d’atterrissement, une position dans le spectre ou une relation client stratégique ?
  • L’opérateur est-il en mesure de financer durablement les cycles de construction, de lancement et de remplacement ?
  • Dans quelle mesure son exposition à certains hyperscalers, pouvoirs publics ou corridors géopolitiques est-elle concentrée ?
  • La réglementation crée-t-elle un avantage concurrentiel durable ou génère-t-elle principalement des coûts et des délais supplémentaires ?

Conclusion

La prochaine phase de développement des infrastructures numériques ne consistera pas seulement à accroître les capacités. Elle reposera également sur la détention d’itinéraires fiables, d’équipements de confiance et de points de connexion difficiles à reproduire. La connectivité s’impose donc comme une thématique structurelle majeure. La sélectivité reste toutefois essentielle, compte tenu de l’intensité capitalistique du secteur, de son exposition réglementaire et des risques géopolitiques.

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