Les États-Unis aux urnes : trois scénarios pour votre portefeuille

Marchés & investissements - 15 octobre 2026

Les États-Unis aux urnes : trois scénarios pour votre portefeuille

Cet article est basé sur la publication « 2026 US Midterms: How Congressional control may shape policy and markets » du Deutsche Bank Chief Investment Office, publiée en octobre 2026.

S’il est une règle presque aussi immuable que la gravité, c’est bien celle-ci : à mi-mandat, le parti du président essuie généralement un revers dans les urnes. Lors de 20 des 22 élections de mi-mandat organisées depuis 1938, le parti du président a perdu des sièges à la Chambre des représentants. Découvrez l’incidence que le résultat pourrait avoir sur votre portefeuille.

Le 3 novembre, les Américains n’éliront pas un président, mais un nouveau Congrès. Celui-ci se compose de deux chambres : la Chambre des représentants et le Sénat. Aux États-Unis, ces élections de mi-mandat sont appelées « midterms ». Les 435 sièges de la Chambre sont à pourvoir, tout comme 35 des 100 sièges du Sénat. Or, les majorités sont étroites. Les Républicains détiennent 220 sièges à la Chambre contre 215 pour les Démocrates. Au Sénat, ce sont 53 sièges qui sont occupés par les Républicains contre 47 pour les Démocrates. Pour prendre le contrôle du Sénat, les Démocrates doivent gagner quatre sièges supplémentaires ; à la Chambre des représentants, trois leur suffiraient.

Est-ce possible ? L’histoire montre que oui. Moins le président est populaire, plus la sanction est sévère. À peine 38,6% des Américains se disent satisfaits du président Trump. Sur cette base, le modèle de Deutsche Bank Research indique une perte potentielle de 46 sièges pour les Républicains à la Chambre des représentants. Les marchés prédictifs donnent également l’avantage aux Démocrates : début octobre, Polymarket estimait à 65% la probabilité d’une victoire démocrate dans les deux chambres1. Nos experts sont plus prudents. Nous tablons sur un Congrès divisé (55%), chaque parti contrôlant une chambre. Nous estimons à 40% la probabilité d’une victoire démocrate dans les deux chambres.

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Le pouvoir d’achat avant la politique

Pourquoi les électeurs sont-ils si critiques à l’égard du gouvernement ? La réponse se trouve dans leur portefeuille. Environ la moitié des électeurs américains citent l’inflation et le coût de la vie comme leur principale préoccupation, et près de trois sur quatre estiment que le coût de la vie évolue dans la mauvaise direction. Depuis janvier 2020, les prix à la consommation ont augmenté de 29%. Le revenu moyen par habitant, corrigé de l’inflation, a certes progressé de 11%, mais cette moyenne masque de fortes disparités. Les 10% des ménages américains les plus riches ont capté environ deux tiers des gains de patrimoine enregistrés depuis fin 2019. La moitié la plus pauvre n’en a reçu qu’une fraction2.
Les droits de douane pèsent eux aussi sur le sentiment des électeurs. Plus de 65% des Américains estiment qu’ils ont renchéri le coût de la vie quotidienne. Le taux moyen des droits de douane a culminé à près de 28% en 2025, avant de retomber à environ 12% cette année. Pour les investisseurs, la question n’est donc pas de savoir si ces droits subsisteront, mais si le résultat laissera encore à la Maison-Blanche une marge de manœuvre aussi importante pour mener sa politique commerciale.

Un enjeu inattendu : l’IA

Un thème peut-être inattendu dans une telle campagne : l’intelligence artificielle. Dans un pays où Républicains et Démocrates ne s’accordent sur presque rien, un rare consensus se dessine. Les électeurs craignent que l’IA ne détruise des emplois, ne mette sous pression les ressources en eau et ne fasse grimper la facture d’électricité. Cette dernière inquiétude n’est pas infondée : depuis janvier 2020, les prix de l’électricité pour les ménages ont augmenté bien plus vite que l’inflation générale.

Pourquoi, en tant qu’investisseur, devriez-vous vous préoccuper des débats autour des centres de données ? Parce qu’aujourd’hui, la croissance américaine repose largement sur ces investissements. Au premier trimestre, plus de 60% de la croissance provenait des investissements dans les infrastructures et les équipements technologiques. Ceux-ci représentent désormais 5,1% de l’ensemble de l’économie, soit davantage qu’au sommet de la bulle internet (4,5%). Tandis que la construction de centres de données est en plein essor, le reste de la construction privée recule. Des règles plus strictes ou des procédures d’autorisation plus lentes pourraient donc peser sensiblement sur la croissance, précisément parce que celle-ci dépend actuellement autant des investissements dans la technologie et les centres de données. Et ce, alors que les gains de productivité promis par l’IA ne sont pas encore visibles dans les chiffres.

L’État a lui aussi des comptes à régler

En matière de politique étrangère, peu de choses devraient changer, quel que soit le vainqueur. Les droits de douane, les sanctions et la sécurité nationale demeurent en grande partie du ressort du président, tandis que la rivalité avec la Chine, le soutien à l’Ukraine et la pression exercée sur les alliés de l’OTAN pour qu’ils contribuent davantage devraient perdurer. Ce que le Congrès détermine, en revanche, c’est la capacité de Washington à financer l’ensemble de ces priorités.

Et c’est là que le bât blesse. Cette année, les intérêts de la dette publique devraient coûter 1.050 milliards de dollars, soit davantage que le budget de la défense, qui s’élève à 940 milliards de dollars. Le gouvernement souhaite en outre augmenter les dépenses de défense d’environ 60% en 2027, une proposition qui sera au cœur des prochaines négociations budgétaires. Le plafond de la dette, c’est-à-dire la limite légale des emprunts que l’État peut contracter, se rapproche lui aussi : la marge disponible devrait être épuisée au premier semestre 2027. Le financement actuel de l’État fédéral arrive déjà à échéance le 11 décembre. En cas de Congrès divisé, le risque d’un nouveau bras de fer augmente, avec à la clé la possibilité d’une fermeture prolongée de l’administration fédérale (« shutdown ») et de turbulences sur les marchés. L’histoire montre toutefois que les investisseurs ne se laissent pas toujours déstabiliser3.

Trois résultats possibles, trois scénarios différents

Que pourraient signifier les élections de mi-mandat pour votre portefeuille ? Nos experts ont élaboré trois scénarios.

Scénario 1 : les Républicains remportent les deux chambres

Ce scénario donnerait à la Maison-Blanche une plus grande marge de manœuvre pour mettre en œuvre son programme. Il faudrait s’attendre à une politique favorable aux entreprises, à un soutien à l’énergie et à l’industrie nationales ainsi qu’à des mesures visant à relocaliser la production aux États-Unis, avec peu de changements sur le plan fiscal. La politique commerciale resterait axée sur la Chine et davantage orientée vers la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. Un durcissement de l’application de la politique migratoire pourrait revenir à l’ordre du jour. Les nominations et les propositions budgétaires seraient également adoptées plus facilement.

Les investisseurs se concentreraient alors surtout sur les mesures de soutien public supplémentaires et l’allègement de la réglementation, notamment pour les banques, l’énergie et la défense. Mais ce tableau a son revers : des déficits plus importants impliquent davantage d’obligations d’État sur le marché et, conjugués à une inflation persistante, pourraient pousser les taux d’intérêt à long terme à la hausse. Une politique énergétique favorable serait légèrement positive pour le secteur pétrolier.

Scénario 2 : un Congrès divisé

C’est le scénario que nos experts jugent le plus probable, et il se traduirait par une paralysie politique. Une Chambre démocrate bloquerait les lois soutenues uniquement par les Républicains et mettrait l’accent sur le contrôle de l’exécutif et les négociations budgétaires, tandis qu’un Sénat républicain continuerait d’approuver les nominations de juges et d’autres responsables. À l’inverse, si les Démocrates prenaient le contrôle du Sénat, ils pourraient bloquer les nominations de Trump, y compris à la Réserve fédérale américaine, si l’ancien président Jerome Powell ou un autre membre du conseil devait quitter ses fonctions prématurément.

Avec un Congrès divisé, les marchés anticiperaient moins de baisses d’impôts majeures ou de soutien public supplémentaire, ce qui pourrait atténuer les pressions haussières sur les taux d’intérêt et le dollar. Les politiques commerciales et industrielles existantes resteraient en place, mais l’adoption de nouvelles lois serait retardée et chaque séquence budgétaire pourrait être source d’incertitude.

Scénario 3 : les Démocrates remportent les deux chambres

Ce scénario limiterait davantage la marge de manœuvre législative de la Maison-Blanche. Les tentatives visant à prolonger les baisses d’impôts existantes ou à faire adopter des lois favorables aux entreprises deviendraient plus difficiles. Les priorités se déplaceraient vers les soins de santé, le soutien aux familles avec enfants et les énergies propres. Les politiques commerciale, migratoire et liée à l’IA pourraient également faire l’objet d’un contrôle accru, même si Trump conserverait son droit de veto.

Dans ce cas, les marchés n’anticiperaient pratiquement plus de nouvelles baisses d’impôts ni de dépenses supplémentaires. Cela pourrait soutenir les obligations d’État à long terme et d’autres investissements sensibles aux taux d’intérêt, tout en faisant légèrement reculer le dollar. Une diminution du soutien public pourrait en outre ralentir l’économie et atténuer les pressions sur les prix.

Historiquement, sous une présidence républicaine, les rendements annuels moyens de l’indice S&P 500 ont été légèrement supérieurs lorsque le Congrès était divisé, comme le montre le graphique ci-dessous. Par ailleurs, sur les 12 mois qui suivent une élection, les rendements sont généralement positifs, quel que soit le résultat politique.

Performance annuelle moyenne du S&P 500 sous un président républicain (1933-2025)

Source : Strategas, Deutsche Bank AG. Données au 5 octobre 2026.

Ce que le marché n’intègre pas encore pleinement

Trois éléments pourraient surprendre. Premièrement, l’ampleur de la victoire compte autant que le vainqueur : de faibles majorités signifient la paralysie, tandis que de larges écarts confèrent un mandat plus fort. Deuxièmement, l’IA pourrait devenir un enjeu politique encore plus important, avec des répercussions sur une thématique fortement représentée dans de nombreux portefeuilles. Enfin, les pressions budgétaires déterminent de plus en plus la marge de manœuvre concrète de Washington.

L’histoire livre toutefois un enseignement rassurant : depuis 1962, le S&P 500 a connu une correction lors de chaque année d’élections de mi-mandat, dont une baisse de 25% en 2022, mais la Bourse affichait systématiquement un niveau plus élevé un an après cette correction. Les élections provoquent souvent une volatilité de courte durée, mais, à long terme, le rendement dépend de la santé de l’économie, des bénéfices des entreprises et de la mise en œuvre des politiques. La meilleure préparation face à un résultat incertain ? Un portefeuille bien diversifié, tout en restant attentif aux conséquences à long terme des politiques menées.

Quels secteurs pourraient tirer leur épingle du jeu ?

Chaque scénario fait émerger ses gagnants. Mais certaines thématiques résistent à tous les résultats. L’électrification continuera de soutenir les investissements dans la production d’électricité, les services aux collectivités et les réseaux électriques, tandis que la rivalité avec la Chine maintiendra l’attention sur la défense, les semi-conducteurs et les matières premières critiques.

  • Victoire républicaine : énergie traditionnelle (procédures d’autorisation assouplies, hausse de la production nationale) ; entreprises actives dans les fusions, acquisitions et introductions en Bourse ; biotechnologies et industrie pharmaceutique (moins de risque d’intervention sur les prix des médicaments) et défense.
  • Congrès divisé : technologie (moins de risque de réglementation lourde ou de mesures visant les acteurs jugés trop puissants) ; banques et autres acteurs financiers (stabilité des politiques) ; industrie (investissements dans les infrastructures et l’automatisation) et défense.
  • Victoire démocrate : énergies renouvelables et modernisation du réseau électrique ; alimentation et produits ménagers ; secteur des soins de santé (extension des programmes publics de santé) et véhicules électriques.

Quel impact les élections de mi-mandat pourraient-elles avoir sur votre portefeuille ?

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1  Source : Polymarket, Deutsche Bank AG. Données au 5 octobre 2026.
2 Source : FRED, Deutsche Bank AG. Données au 5 octobre 2026.
3 Source : FRED, Deutsche Bank AG. Données au 5 octobre 2026.

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