L’eau n’est pas une matière première comme les autres. Elle ne peut être remplacée, se transporte difficilement sur de longues distances et est indispensable aux ménages, à l’agriculture, à l’industrie, à l’énergie et aux infrastructures numériques. C’est précisément cette combinaison qui fait de l’eau l’un des thèmes les plus stratégiques de ce siècle. Pour les investisseurs, l’opportunité ne réside pas dans le prix de l’eau elle-même, mais dans les entreprises qui en améliorent la disponibilité, la qualité et l’utilisation efficace. L’eau s’inscrit ainsi dans une transition plus large vers une utilisation plus efficiente des ressources rares, aux côtés notamment de l’énergie, des matières premières critiques et des terres agricoles.
Les prélèvements mondiaux d’eau douce ont augmenté de 14% entre 2000 et 2021. Aujourd’hui, environ la moitié de la population mondiale est confrontée à une grave pénurie d’eau pendant au moins une partie de l’année. Selon le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026, 2,1 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à des services d’eau potable gérés en toute sécurité1. Ces chiffres ne reflètent toutefois qu’une partie de la réalité. L’eau est avant tout une ressource locale : un équilibre à l’échelle mondiale apporte peu de réponses lorsqu’une région, une ville ou un site de production fait face à une pénurie. Pour les entreprises, les conséquences peuvent aller d’une hausse des coûts opérationnels à des interruptions de production, en passant par des conditions d’autorisation plus strictes et des risques de réputation. Et la pression continue de s’accentuer. Le Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2025 soulignait déjà que l’accélération de la fonte des glaciers rend le cycle de l’eau plus imprévisible et augmente les risques de sécheresse, d’inondation et de perturbation de l’approvisionnement. La sécurité hydrique n’est donc pas seulement un enjeu environnemental : elle est aussi essentielle à la production alimentaire, à la sécurité énergétique et à la continuité économique2.
Les villes doivent remplacer des conduites vieillissantes et limiter les pertes dues aux fuites. Les agriculteurs ont besoin de systèmes d’irrigation plus efficaces. Les industries investissent dans le traitement et la réutilisation de l’eau afin de réduire leur dépendance aux réserves locales. Parallèlement, le durcissement des normes stimule la demande de technologies plus performantes pour mesurer, filtrer et traiter l’eau. Celle-ci n’est dès lors plus considérée comme un simple intrant relativement peu coûteux, mais comme un facteur stratégique dans les décisions d’investissement. Les entreprises cherchent à mieux comprendre leur consommation, à identifier leurs vulnérabilités et à réduire leur dépendance.
Un nouveau moteur de croissance vient s’ajouter à ces tendances : l’expansion rapide des centres de données dédiés aux applications cloud et à l’intelligence artificielle. Ces infrastructures consomment non seulement de grandes quantités d’électricité, mais aussi de l’eau pour leur refroidissement et, indirectement, pour la production d’énergie. En avril 2026, l’International Energy Agency indiquait que leur consommation d’électricité avait progressé de 17% en 2025 et qu’elle pourrait doubler d’ici 2030. Cette croissance accroît le besoin de systèmes de refroidissement économes en eau, de circuits fermés et d’outils de gestion plus précis. La disponibilité de l’eau devient également un critère dans le choix de nouvelles implantations par les entreprises technologiques. Cette évolution pourrait accélérer les investissements dans le refroidissement par air, la réutilisation des eaux usées et les systèmes qui optimisent conjointement la consommation d’eau et d’énergie3. Selon certaines estimations, environ 42% de la capacité mondiale des centres de données pourrait être située dans des régions soumises à un stress hydrique élevé d’ici 2030. Une gestion efficace de l’eau est donc essentielle, tant pour limiter l’impact des entreprises technologiques que pour assurer la continuité de leurs activités4.
À l’échelle mondiale, les besoins liés au traitement et à la réutilisation de l’eau4 pourraient atteindre environ 1.000 milliards d’euros d’ici 2040. En 2024, dix banques multilatérales de développement ont approuvé ensemble 19,6 milliards de dollars de financements liés à l’eau, dont 14,4 milliards destinés aux pays à revenu faible ou intermédiaire. Deutsche Bank contribue elle aussi au développement de solutions concrètes : en mars 2025, la banque a structuré un financement de 144 millions d’euros pour le programme « Eau pour tous » en Côte d’Ivoire. Sa première phase prévoit 95 systèmes urbains d’approvisionnement en eau5 6.
Les possibilités d’investissement vont donc bien au-delà des entreprises de services aux collectivités, souvent les plus visibles. Une stratégie diversifiée axée sur l’eau peut aussi englober les technologies industrielles, les logiciels, l’ingénierie et les services spécialisés. Cette diversité est importante, car les moteurs de croissance et les sensibilités varient fortement d’un segment à l’autre. L’eau combine des caractéristiques défensives et cycliques. La demande de services essentiels est relativement stable, tandis que les équipements et les grands projets d’infrastructure sont plus sensibles au cycle économique, aux taux d’intérêt et aux budgets publics. Le thème couvre en outre des entreprises très différentes, allant des services aux collectivités réglementés aux spécialistes technologiques à forte croissance.
La sélectivité reste dès lors essentielle. Une entreprise de qualité se distingue idéalement par un bilan solide, des revenus récurrents, un carnet de commandes bien rempli et des technologies dont les économies de coûts ou d’eau sont étayées par des données documentées. La valorisation mérite elle aussi une attention particulière : même une tendance à long terme convaincante peut déjà être largement intégrée dans le cours de Bourse. La réglementation, les retards de projets, les décisions politiques et l’obsolescence technologique constituent des risques supplémentaires. Il convient également d’examiner attentivement la nature des activités liées à l’eau. Une entreprise qui génère des revenus dans ce domaine ne contribue pas nécessairement de manière mesurable à l’efficacité hydrique, à la qualité de l’eau ou à son accessibilité. Les investisseurs doivent déterminer quelle part de ses revenus provient réellement de solutions qui améliorent l’efficacité, la qualité ou l’accès à l’eau, tout en vérifiant la qualité de sa gouvernance.
Le Chief Investment Office de Deutsche Bank analyse les infrastructures sous quatre dimensions : la résilience, la performance environnementale mesurable, l’innovation et l’inclusivité. L’eau est au cœur de chacune d’elles. Des réseaux modernes contribuent à protéger l’activité économique, la technologie améliore l’efficacité et un meilleur accès à l’eau favorise la santé et la productivité. Deutsche Bank ambitionne par ailleurs de faciliter, d’ici fin 2030, un montant cumulé de 900 milliards d’euros de financements classés comme durables ou de transition conformément aux cadres applicables. La classification, le périmètre et le reporting sont établis conformément aux critères de ces cadres7 8.
L’eau n’est pas un investissement tactique pour les prochains trimestres, mais un thème structurel pour les décennies à venir. Les grands programmes d’infrastructure se déploient généralement sur de nombreuses années, tandis que les cours de Bourse peuvent réagir plus rapidement aux anticipations de taux, aux projets des pouvoirs publics et aux perspectives bénéficiaires. Pour aborder ce thème à long terme, une entrée progressive assortie d’un suivi régulier peut s’avérer plus judicieuse qu’une approche uniforme du marché. Pour certains investisseurs, l’eau peut ainsi offrir une exposition complémentaire aux infrastructures, à l’innovation industrielle et à l’adaptation climatique au sein du portefeuille de base.
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1 UNESCO / ONU-Eau, Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2026 : L’eau pour toutes et tous – Égalité des droits et des chances, 19 mars 2026.
2 ONU-Eau, « Rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau 2025 », 21 mars 2025.
3 International Energy Agency, « Data centre electricity use surged in 2025 », 16 avril 2026 ; AGU Advances, « Data Centers Water Footprint: The Need for More Transparency », 2026.
4 Deutsche Bank Chief Investment Office, Long-Term Investment Themes, 13 août 2026, p. 4 ; sources mentionnées dans la présentation : IEA, Global Critical Minerals Outlook 2026 ; Bloomberg.
5 Banque mondiale et autres, Water Security Financing Report 2024, publié en 2025.
6 Deutsche Bank, « Deutsche Bank Finances Clean Water Access in Côte d’Ivoire », 20 mars 2025.
7 Deutsche Bank Private Bank, CIO Special « Infrastructure: supporting a sustainable future », 4 juillet 2023.
8 Deutsche Bank, « Deutsche Bank sets new 2030 sustainable and transition finance target », 17 novembre 2025.
9 Le terme « fonds » est l’appellation commune pour un Organisme de Placement collectif (OPC), qui peut exister sous le statut d'OPCVM (UCITS) ou d'OPCA (non–UCITS), et prendre diverses formes juridiques (SICAV , FCP etc). Un OPC peut comporter des compartiments. Les fonds sont sujets à risques. Ils peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant de leur investissement.