Article publié dans De Standaard le 30 mai 2026 par Johan Rasking.
Près d’un Belge sur trois est prêt à léguer, après son décès, une partie de son héritage à une « œuvre de bienfaisance », via son testament. Il n’est toutefois pas nécessaire d’attendre sa mort pour effectuer un tel don.
La manière la plus simple de soutenir une œuvre de bienfaisance de votre vivant est d’effectuer un don unique ou récurrent à l’une des centaines d’organisations officiellement reconnues comme « œuvres de bienfaisance » (la liste complète est disponible sur le site du SPF Finances). Cette reconnaissance implique un avantage fiscal : pour un don d’au moins 40 euros par an à une œuvre reconnue, une réduction d’impôt de 30% s’applique sur ce montant. Jusqu’à fin 2024, cet avantage fiscal sur les dons s’élevait même à 45%.
Malgré cette réduction de l’avantage fiscal sur les dons, près de trois Belges sur quatre ayant déjà fait des dons affirment qu’ils ne réduiront pas leur soutien aux œuvres de bienfaisance, comme l’a montré, en mars de cette année, le Baromètre de la philanthropie de la Fondation Roi Baudouin. Environ 1,04 million de Belges ont demandé en 2024 un avantage fiscal auprès de l’administration fiscale en raison d’un don à une œuvre de bienfaisance. Il s’agit le plus souvent de montants relativement modestes. Pour deux tiers des donateurs, il s’agissait en 2025 de moins de 250 euros, même si le groupe des personnes donnant entre 250 et 499 euros augmente d'année en année.
Lorsqu’il s’agit de dons plus importants ou plus structurés, ceux-ci passent souvent par une donation notariée. Cette approche est d’ailleurs obligatoire en cas de donation de biens immobiliers. Dans une donation notariée, vous pouvez associer des conditions à l’utilisation concrète du bien donné. Via la formule d’un « fonds philanthropique », vous pouvez - éventuellement avec des amis ou des membres de votre famille - soutenir financièrement de manière systématique, sur une plus longue période, une œuvre de bienfaisance de votre choix. Un montant minimum est généralement requis. Dans le cas d’un fonds géré par la Fondation Roi Baudouin, il s’élève par exemple à 25.000 euros par an.
Œuvre d’art ou quelques hectares de forêt
La plupart des donateurs choisissent une « œuvre de bienfaisance » sociétale « classique », les organisations actives dans les soins de santé ou la recherche médicale étant les bénéficiaires les plus populaires. Viennent ensuite les thèmes de l’aide humanitaire et de la coopération au développement, de la lutte contre la pauvreté et de la justice sociale. Souvent, le choix concret d’une œuvre de bienfaisance - ou de plusieurs œuvres simultanément - est très personnel, par exemple en raison d’une expérience avec un proche malade.
Une étude de la HOGent montre que les personnes qui soutiennent déjà structurellement des œuvres de bienfaisance de leur vivant sont plus enclines à inclure ces œuvres dans leur testament. La même enquête révèle également que près d’un Belge sur trois envisage effectivement d’inclure une œuvre de bienfaisance dans son testament.
Cela peut se faire en établissant un « legs ». Avec un « legs universel », vous léguez l’intégralité de votre succession à une ou plusieurs œuvres de bienfaisance. Avec un « legs à titre universel », vous attribuez une partie ou un pourcentage de la succession à l’œuvre de bienfaisance, par exemple tous les biens immobiliers (votre patrimoine immobilier). Troisièmement, il y a le « legs particulier », dans lequel vous désignez un bien spécifique ou une somme d’argent ; par exemple une œuvre d’art, ou un morceau de forêt que vous léguez à une organisation de protection de la nature.
« Souvent, le choix concret d’une œuvre de bienfaisance - ou de plusieurs œuvres de bienfaisance simultanément - est très personnel, par exemple en raison de l’expérience d’un proche malade. »
Source importante de revenus
Sur le site de Deutsche Bank, vous trouverez un guide expliquant comment gérer correctement les legs et combiner, dans votre succession, la famille et la philanthropie. Pour commencer, Deutsche Bank y souligne qu’un libre choix total n’est pas toujours autorisé. « Les personnes ayant des descendants - des enfants ou, en cas de prédécès, des petits-enfants - ne peuvent pas simplement léguer l’ensemble de leur patrimoine à une œuvre de bienfaisance. Le droit successoral prévoit que vos enfants ont conjointement toujours droit à la moitié de votre succession. L’autre moitié - la quotité disponible - peut être léguée par testament à qui vous le souhaitez, y compris à des œuvres de bienfaisance. » Sachez également que le conjoint survivant bénéficie de l’usufruit sur la moitié de la succession. Et également : « Vous n’avez ni enfants ni conjoint ? Vous pouvez alors, si vous le souhaitez, tout léguer à des œuvres de bienfaisance. »
Par ailleurs, Deutsche Bank conseille d’inclure une œuvre de bienfaisance « alternative » lors de la rédaction du legs, « au cas où la première organisation n’existerait plus ou refuserait le legs le moment venu ». Ce dernier cas se présente malheureusement plus souvent depuis la suppression du « legs en duo » fiscalement avantageux par la Région flamande. Dans cette formule, le testateur pouvait faire payer les droits de succession dus pour d’autres héritiers, tels que des amis et des parents éloignés, à un tarif plus faible via l’œuvre de bienfaisance. En raison de cette modification législative, les anciens testaments incluant un legs en duo ne sont plus exécutables : si le testateur n’a pas fait supprimer le legs en duo, l’œuvre de bienfaisance doit donc refuser ce legs. Attention : cette formule existe toujours en Région de Bruxelles-Capitale et en Wallonie.
En compensation de la suppression du legs en duo, une œuvre de bienfaisance ne doit plus payer de droits de succession en Flandre sur un legs reçu. Les œuvres de bienfaisance ne paient pas non plus d’impôts sur les donations.
Pour de nombreuses « organisations reconnues », les legs constituent en tout cas une source importante de revenus. Selon une étude de la HOGent, les œuvres de bienfaisance belges ont reçu en 2024 environ 215 millions d’euros au total provenant des successions. L’œuvre de bienfaisance la plus populaire dans les testaments est la Fondation contre le cancer.
Le traitement fiscal dépend de la situation individuelle de la personne concernée et peut évoluer à l’avenir. Cet article ne constitue pas un avis fiscal ni juridique.