La résilience des indicateurs économiques et la hausse des prix de l’énergie, alimentée par les tensions géopolitiques, ont continué à pousser les taux d’intérêt à long terme à la hausse cette année. Le taux américain à 10 ans a atteint 5,36 % et son équivalent allemand 3,65 %, leurs niveaux les plus élevés depuis respectivement 2002 et 2009.
À première vue, cette évolution devrait peser sur les actions. Des taux plus élevés entraînent en effet une hausse des taux d’actualisation2 et des coûts de financement, tout en rendant les placements à revenu fixe plus attractifs. Les actions ont pourtant fait preuve de résilience. Depuis le début du conflit avec l’Iran fin février, le taux américain à 10 ans a progressé d’environ 1,1 point de pourcentage, tandis que le S&P 500 a affiché un rendement total de plus de 13 %.3 Les actions européennes ont également enregistré de solides performances malgré la hausse du taux du Bund allemand.
Cela met en évidence un élément essentiel : des taux obligataires élevés ne sont pas nécessairement défavorables aux actions. Ils peuvent également refléter une croissance économique plus vigoureuse, susceptible de soutenir les bénéfices des entreprises. Le niveau des taux n’est donc pas le seul facteur déterminant : les raisons de leur hausse et la vitesse à laquelle ils progressent comptent tout autant.
Figure 1: Les actions américaines et les taux obligataires progressent de concert
Source : LSEG Datastream, Deutsche Bank, données au 15 octobre 2026
Les taux obligataires influencent principalement les actions par quatre canaux : les valorisations, les coûts de financement, l’activité économique et la concurrence pour les capitaux. C’est ce qui explique pourquoi une hausse des taux ne se traduit pas nécessairement par une baisse des cours des actions.
1. Valorisation : les flux financiers futurs valent moins aujourd’hui
La hausse des taux obligataires augmente le taux d’actualisation appliqué aux flux financiers futurs et peut ainsi peser sur la valorisation des actions, en particulier celle des entreprises de croissance. Toutefois, si les taux augmentent parallèlement aux perspectives de croissance, cet effet peut être partiellement compensé par le fait que les investisseurs acceptent une prime de risque sur actions plus faible, c’est-à-dire une rémunération supplémentaire moins élevée pour le risque lié aux actions par rapport aux obligations.
2. Coûts de financement : des charges d’intérêt plus élevées peuvent peser sur les bénéfices
Des taux plus élevés rendent les emprunts et les refinancements plus coûteux. Ils peuvent donc réduire les bénéfices ainsi que les moyens disponibles pour investir ou rémunérer les actionnaires. Les entreprises fortement endettées ou très dépendantes de financements externes ou à taux variable sont particulièrement vulnérables.
3. Activité économique : un crédit plus cher peut freiner la demande
La hausse des taux augmente le coût du crédit pour les ménages et les entreprises. Elle peut ainsi freiner la consommation, les investissements et la croissance économique et, par conséquent, peser sur le chiffre d’affaires et les bénéfices des entreprises.
4. Attractivité relative : les obligations deviennent plus concurrentielles
Des taux obligataires plus élevés rendent les placements à revenu fixe plus attractifs par rapport aux actions. Si les flux financiers attendus des entreprises n’augmentent pas dans les mêmes proportions, les cours des actions peuvent être amenés à baisser afin d’offrir aux investisseurs une rémunération suffisante pour le risque supplémentaire qu’ils prennent.
La relation entre les taux obligataires et les actions dépend moins du niveau des taux que des facteurs à l’origine de leur évolution. Les taux à long terme reflètent principalement les anticipations de croissance et d’inflation, ainsi que la prime de terme. C’est le facteur dominant qui détermine la réaction des marchés actions.
Du milieu des années 1960 au milieu des années 1990, l’inflation a souvent été le principal moteur de la hausse des taux. Celle-ci pesait dès lors généralement sur les valorisations et les bénéfices des entreprises, entraînant des performances boursières plus faibles.
Du milieu des années 1990 à la fin des années 2010, l’ancrage des anticipations d’inflation a progressivement conduit les taux à davantage refléter l’amélioration des perspectives de croissance. Une croissance plus soutenue favorisait les bénéfices des entreprises et permettait ainsi aux actions de mieux absorber la hausse des taux d’actualisation.
Plus récemment, les chocs d’offre et les tensions géopolitiques ont rendu cette relation plus complexe. Jusqu’à présent, la résilience de la croissance et la solidité des bénéfices des entreprises ont toutefois davantage pesé dans la balance que l’impact négatif de taux élevés sur les actions.
Figure 2: La corrélation entre actions et obligations dépend du régime de marché
Source : LSEG Datastream, Deutsche Bank, données au 15 octobre 2026
L’histoire montre que le niveau des taux obligataires joue un rôle important pour les actions, mais sans doute moins qu’on ne le pense souvent. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les périodes durant lesquelles le taux américain à 10 ans a dépassé environ 5 à 6 % ont historiquement coïncidé avec des valorisations boursières plus faibles. Toutefois, la grande dispersion des valorisations observée pour des niveaux de taux comparables montre que le contexte économique et de marché dans son ensemble joue également un rôle déterminant. Les seuils historiques doivent donc davantage être considérés comme des points de référence que comme des plafonds absolus.
Pour les investisseurs, la vitesse à laquelle les taux évoluent peut même être plus importante à court terme. Les hausses rapides s’accompagnent souvent d’une incertitude accrue, provoquée par des surprises en matière de politique monétaire, des chocs inflationnistes, des événements géopolitiques ou des changements soudains dans les anticipations des marchés.
Figure 3: Pas de relation linéaire entre les valorisations des actions et les rendements obligataires
Source : LSEG Datastream, Deutsche Bank, données au 15 octobre 2026
Cette année, les taux obligataires ont été poussés à la hausse par les perturbations sur les marchés de l’énergie, la résilience de la croissance économique et la persistance de l’inflation. Le conflit avec l’Iran a entraîné une hausse des prix de l’énergie, tandis que les indicateurs économiques ont continué à surprendre positivement, renforçant la possibilité d’un resserrement de la politique monétaire. Des facteurs structurels soutiennent également les taux. La vague d’investissements dans l’IA et la persistance des déficits budgétaires accroissent la demande de capitaux. Pour financer leurs dépenses, les hyperscalers, ces grands fournisseurs de services cloud et de centres de données, ainsi que les pouvoirs publics émettent d’importants volumes de dette.
Pour les actions, la solidité des bénéfices a jusqu’à présent plus que compensé la pression exercée par la hausse des taux. Les prévisions de bénéfices pour le MSCI All-Country World ont progressé de plus de 15 % cette année, tandis que le consensus table sur une croissance du bénéfice par action d’environ 36 % en 2026. Les actions ont ainsi pu progresser malgré la baisse des ratios cours/bénéfice.
Les perspectives pour les actions restent positives. La bonne santé des bilans et la poursuite des investissements dans l’IA, les centres de données, l’électrification et les infrastructures énergétiques constituent des facteurs de soutien. Les attentes étant désormais élevées, la concrétisation des prévisions de bénéfices devient de plus en plus déterminante pour permettre aux marchés actions de poursuivre leur progression.
Alors que les rendements des bons du Trésor américain ont augmenté de plus d’un point de pourcentage cette année, les secteurs sensibles aux taux d’intérêt ont généralement affiché des performances plus faibles. La technologie constitue toutefois une exception notable : la solidité des bénéfices a permis de compenser la pression exercée sur les valorisations par la hausse des taux.
Le cycle d’investissement reste au cœur de notre allocation sectorielle. La forte demande liée aux investissements dans l’intelligence artificielle, l’électrification, les infrastructures énergétiques et l’automatisation conforte notre préférence pour les secteurs de la technologie et de l’industrie. Nous restons également positifs à l’égard des valeurs financières. Le maintien de taux élevés soutient leur rentabilité, tandis que la robustesse de l’activité économique reste favorable à la demande de crédit et à la qualité des portefeuilles de crédits.
À l’inverse, nous restons prudents vis-à-vis de l’immobilier et de certains segments liés à la consommation, où les besoins de financement et une croissance plus faible accentuent la sensibilité aux taux d’intérêt. De manière générale, un environnement de taux plus élevés tend à favoriser les entreprises disposant de bilans solides, de bénéfices durables et d’un bon pouvoir de fixation des prix.
Des taux obligataires élevés ne sont pas nécessairement défavorables aux actions. Leur impact dépend avant tout des facteurs qui les poussent à la hausse et de la vitesse à laquelle ils augmentent. Lorsque la hausse des taux reflète une croissance économique plus soutenue, son impact peut être compensé par la progression des bénéfices des entreprises. À l’inverse, les chocs inflationnistes, le resserrement de la politique monétaire et une volatilité accrue constituent des risques plus importants.
Nous restons positifs à l’égard des actions, soutenues par la résilience des bénéfices et par le cycle d’investissement autour de l’intelligence artificielle, de l’électrification, de la sécurité énergétique et des infrastructures. Des taux élevés laissent toutefois moins de marge à une hausse des ratios cours/bénéfice, ce qui rend la croissance des bénéfices de plus en plus déterminante pour la progression des marchés.
Dans ce contexte, nous privilégions la technologie, l’industrie et les valeurs financières, tout en restant prudents vis-à-vis des segments sensibles aux taux d’intérêt et dont les perspectives de croissance sont plus faibles.
Les produits d’investissement comportent des risques. Leur valeur peut évoluer à la hausse comme à la baisse et l’investisseur peut ne pas récupérer le montant de son investissement. Toute décision d’investissement doit être conforme à votre Financial ID (profil d’investisseur). Plus d’informations sur deutschebank.be/financialid.
Les prévisions reposent sur des hypothèses, des estimations, des opinions et des modèles ou analyses hypothétiques qui peuvent se révéler inexacts. À titre purement illustratif. Le présent article et les informations qu’il contient ne constituent pas un conseil en investissement.
Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des performances futures.
Sources pour les chiffres de cet article: LSEG Datastream, Deutsche Bank. Données du 15 octobre 2026.
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18 septembre 2026
1 La volatilité fait référence à l’ampleur et à la rapidité avec lesquelles le prix d’une action, d’une obligation, d’un fonds ou d’un indice évolue au fil du temps.
2 Le taux d’actualisation est le taux utilisé pour convertir des flux financiers futurs en leur valeur actuelle. Plus ce taux est élevé, plus leur valeur actuelle est faible.
3 Période de référence du 28 février 2026 au 15 octobre 2026 inclus – voir graphique 1.