Article publié dans Nieuwsblad, le 17 avril 2026 par Kristof Simoens.
Même si l’Iran a déclaré le détroit d’Ormuz « ouvert » tant que le cessez-le-feu tient, il est loin d’être certain que les ayatollahs et les États-Unis parviennent rapidement à un accord de paix. Entre-temps, les entreprises plient sous le poids des prix élevés du pétrole et le FMI s’attend à ce que l’ombre de la guerre continue de peser longtemps sur l’économie mondiale. Et pourtant, le champagne coule à flots sur les places boursières.
Waar is da feestje? (NDLR : Où est la fête ?) Ces derniers jours, les marchés d’actions ont rebondi dans le monde entier. L’un après l’autre, ils ont effacé les pertes enregistrées depuis le début de la guerre, fin février. Certains ont même atteint de nouveaux records. À Wall Street, le S&P 500 a terminé pas moins de 11 des 12 dernières séances de cotation dans le vert. Le Nasdaq, axé sur les valeurs technologiques, a même progressé pendant 12 séances consécutives, la plus longue série depuis 2009. La plupart des bourses européennes sont également en hausse. Notre Bel-20 est revenu à son niveau d’avant la guerre et ne se situe plus qu’à environ 3% de son record. Comme si les investisseurs vivaient dans un monde parallèle…
« Connaissez-vous Benjamin Graham, le père de l’investissement dans la valeur ? Warren Buffett l’a un jour qualifié d’homme le plus important de sa vie après son père », explique Wim D’Haese, Chief Investment Strategist chez Deutsche Bank en Belgique. « Cet économiste a un jour déclaré : « À court terme, le marché est une machine à voter. À long terme, c’est une machine à peser. » Cette citation décrit comment les investisseurs réagissent d’abord de manière émotionnelle et irrationnelle, mais finissent par laisser primer la véritable valeur fondamentale d’une entreprise. Et c’est ce que nous commençons à observer aujourd’hui. »
L’imprévisibilité de Trump
Ce caractère sentimental et irrationnel ressort d’autant plus à cause de l’imprévisibilité de Donald Trump. « Lorsqu’il publie sur ses réseaux sociaux des propos belliqueux, les cours baissent et les prix du pétrole augmentent. Lorsqu’il tweete qu’un accord est à portée de main, c’est l’inverse qui se produit », explique Wim D’Haese. « Cela explique la volatilité sans précédent des cours. Ces derniers temps, les investisseurs semblent nourrir l’espoir que le conflit prenne une tournure positive. C’est le signal pour racheter des actions parfois fortement dépréciées. Les marchés ont toujours une longueur d’avance sur la réalité. »
Une réalité qui montre pourtant qu’il y a toujours très peu, voire aucun pétrolier qui traverse le détroit d’Ormuz, même si l’Iran a annoncé vendredi autoriser la libre circulation de tous les navires commerciaux pour la durée restante du cessez-le-feu. « C’est exact », affirme Wim D’Haese, « et cela nous amène à la deuxième partie de la citation de Benjamin Graham : à long terme, c’est la valeur réelle qui tire les marchés vers le haut. Malgré toutes les difficultés, les perspectives de croissance des bénéfices des entreprises sont bonnes à très bonnes. Pour le S&P 500, par exemple, elles dépassent même 15% au premier trimestre. C’est énorme. Pour son équivalent européen, le Stoxx 600, elles ne sont que de 2%, mais pour l’ensemble de 2026, elles devraient également avoisiner les 10%. En bref, les marchés n’anticipent pas d’impact à long terme. »
« Les marchés n’attendent pas la fin officielle d’un conflit pour se redresser », explique Wim D’Haese. « Dès qu’un chemin crédible vers une désescalade apparaît, même si les hostilités ne sont pas encore terminées, les cours commencent généralement à évoluer. »
« Les données historiques offrent ici une perspective claire : les chocs géopolitiques et externes provoquent de la volatilité, mais conduisent rarement à des “marchés baissiers” prolongés (où les marchés chutent pendant une longue période, ndlr) », indique Wim D’Haese. « Sauf s’ils s’accompagnent d’une détérioration fondamentale et durable de l’inflation, de la croissance et des bénéfices des entreprises. Mais ce n’est pas notre scénario de base aujourd’hui. »
C’est un cliché, mais les corrections font simplement partie de l’investissement. « L’histoire nous apprend deux choses. Premièrement, qu’après un choc géopolitique, les marchés se redressent généralement complètement en 6 à 7 semaines ; c’est également le cas aujourd’hui. Deuxièmement, que les marchés progressent à long terme, même s’ils connaissent régulièrement des replis », explique Wim D’Haese. « Prenez le S&P 500. Entre 2020 et début 2026, il a subi plusieurs chocs : du Covid (-33%) à la guerre en Ukraine et au pic d’inflation qui a suivi (-24%), jusqu’à l’annonce des droits de douane lors du « Liberation Day » l’année dernière (-19%). À chaque fois, l’indice s’est redressé et les corrections se sont révélées temporaires. Et les investisseurs en sont conscients. »
La rapidité avec laquelle le S&P 500 s’est redressé est néanmoins tout à fait remarquable : en 11 séances de cotation, l’indice a enregistré une hausse impressionnante de près de 11%. Cela ne se produit que tous les quelques années. « Pour un redressement aussi rapide, il faut remonter à mars 2022, environ un mois après l’invasion russe en Ukraine. À l’époque aussi, la bourse avait progressé de 11% grâce à l’espoir soudain d’une solution négociée et à l’impression que les dommages économiques resteraient limités. »
Un espoir vain, malheureusement, après quoi les prix de l’énergie ont explosé, l’inflation s’est envolée et les marchés ont connu une année désastreuse, sombrant dans un “marché baissier”.
Aujourd’hui encore, le marché semble espérer une résolution rapide du conflit. Selon Polymarket, il y a 59% de chances qu’un accord de paix définitif soit conclu d’ici fin mai et 72% d’ici fin juin. L’optimisme règne également quant au retour à un trafic maritime normal dans le détroit d’Ormuz : 60% de chances d’ici fin mai, 75% d’ici fin juin.
Les développements les plus récents semblent en tout cas donner raison aux investisseurs. La prudence reste toutefois de mise : « Une résolution rapide reste le scénario le plus probable », conclut Wim D’Haese. « Mais les négociations de paix infructueuses entre la Russie et l’Ukraine, malgré l’optimisme initial, nous rappellent les risques de baisse potentiels. »
Le contenu de cet article ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des performances futures.