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Marchés & investissements - 13 octobre 2026

Quand le soutien économique devient moins automatique

Cet article s’appuie sur la publication du Deutsche Bank Research Institute « The end of the safety net: Life without the macroeconomic stabilisers » parue le 28 septembre 2026.

Le filet de sécurité macroéconomique n’a pas disparu, mais il s’est resserré : le soutien des pouvoirs publics est désormais plus conditionnel et moins prévisible. Notre scénario central reste celui d’une économie résiliente, qui ne devrait pas nécessiter de mesures de soutien immédiates. Dans un environnement où la marge de manœuvre des décideurs s’amenuise, les futures mesures de soutien pourraient toutefois devenir moins automatiques. Cette évolution renforce l’importance de la qualité, de la diversification et de la résilience au sein des portefeuilles.

D’un soutien public abondant à des marges de manœuvre plus étroites

Pendant plusieurs décennies, l’économie mondiale et les marchés financiers ont bénéficié du soutien implicite des pouvoirs publics. Lorsque la croissance ralentissait, les banques centrales pouvaient abaisser leurs taux directeurs et injecter des liquidités, tandis que les gouvernements creusaient leurs déficits pour amortir le repli. Ces stabilisateurs monétaires et budgétaires ont contribué à lisser le cycle économique et à soutenir tant la confiance que la valorisation des actifs. Leur utilisation s’est généralisée à partir de la fin des années 1980, avant de culminer pendant la pandémie de Covid-19 : les bilans des banques centrales ont alors fortement augmenté et les gouvernements ont enregistré des déficits d’une ampleur exceptionnelle en temps de paix.

Depuis, le contexte a changé. L’inflation constitue à nouveau une contrainte majeure, tandis que la dette publique et les rendements souverains se situent à des niveaux nettement supérieurs à ceux d’avant la pandémie. Les décideurs disposent toujours d’outils, mais leur utilisation exige désormais des arbitrages plus délicats. Autrefois rapide et relativement peu coûteux, le soutien public pourrait devenir plus lent, plus ciblé et davantage conditionné.

Politique monétaire : une marge réduite pour intervenir de manière préventive

Dans les années 2010, l’inflation est souvent restée inférieure aux objectifs des banques centrales. La mondialisation, l’élargissement de la main-d’œuvre mondiale et la faiblesse des pressions sur les prix leur laissaient la possibilité d’abaisser les taux lorsque l’activité ralentissait. La pandémie et les chocs d’offre qui ont suivi ont marqué une rupture avec ce régime. Une inflation supérieure aux objectifs a contraint les banques centrales à donner la priorité à la stabilité des prix, même lorsque les risques pesant sur la croissance se sont accrus.

Cela ne signifie pas que tout assouplissement monétaire est exclu, mais que le seuil d’intervention est plus élevé lorsque l’inflation persiste ou découle de contraintes d’offre. Des baisses de taux destinées à soutenir la demande peuvent produire l’effet inverse si elles accentuent les pressions sur les prix ou érodent la confiance dans la capacité des banques centrales à atteindre leur objectif d’inflation. Leur soutien traditionnel est donc devenu moins automatique et moins prévisible.

Politique budgétaire : un soutien toujours possible, mais plus coûteux

La politique budgétaire se heurte à des contraintes comparables. Les coûts d’emprunt des États ont augmenté, tant en termes nominaux que réels (voir graphique), tandis que les ratios d’endettement sont plus élevés dans de nombreuses économies avancées. La hausse des charges d’intérêts mobilise ainsi une part croissante des ressources publiques. Tout nouvel emprunt peut, en outre, accentuer la pression sur les rendements ou évincer l’activité du secteur privé. Enfin, des déficits déjà importants limitent la capacité des gouvernements à déployer des mesures de relance substantielles à partir d’une position initiale déjà fragile.

L’inflation ajoute une difficulté supplémentaire. Lorsque la faiblesse de l’économie résulte de contraintes d’offre plutôt que d’une demande insuffisante, un soutien budgétaire généralisé risque davantage d’alimenter les prix que la production et d’accroître la probabilité d’un resserrement monétaire. La politique budgétaire n’est toutefois pas devenue inopérante. Les dépenses publiques peuvent encore soutenir la croissance et les investissements stratégiques. La distinction essentielle se situe entre le soutien à court terme et l’érosion, à plus long terme, de la flexibilité budgétaire à mesure que les coûts du service de la dette augmentent.

Taux à 10 ans au plus haut depuis des décennies dans plusieurs pays

Source : Bloomberg finance LP, Deutsche Bank

Les enseignements de l’histoire, sans forcer la comparaison

Les périodes antérieures montrent ce qui peut se produire lorsque les stabilisateurs économiques sont limités. Sous l’étalon-or qui prévalait avant la Première Guerre mondiale, la politique monétaire était liée à la convertibilité des monnaies et les gouvernements appliquaient généralement des principes d’équilibre budgétaire. Dans les années 1970, la succession de chocs d’offre et la forte inflation ont créé un dilemme : une politique monétaire ou budgétaire plus accommodante risquait d’aggraver l’inflation, tandis qu’une politique plus restrictive pesait sur l’activité. Ces deux périodes ont été marquées par une plus grande instabilité macroéconomique.

La situation actuelle ne correspond à aucun de ces deux régimes. Les monnaies ne sont plus liées à l’or, les décideurs disposent d’une palette d’outils plus étendue et l’inflation reste bien en deçà des niveaux observés dans les années 1970. L’enseignement à en tirer n’est donc pas que le soutien public a disparu, mais que les arbitrages sont devenus plus complexes qu’au cours des quatre décennies précédentes. L’environnement pourrait dès lors se révéler moins favorable, avec des périodes plus fréquentes durant lesquelles les objectifs de croissance, de maîtrise de l’inflation et de stabilité financière orienteront les politiques dans des directions divergentes.

Conséquences pour les investisseurs : rester investi tout en renforçant la résilience

Un soutien public moins fiable laisse présager une volatilité1 macroéconomique et financière structurellement plus élevée. Le recul simultané des actions et des obligations en 2022 a montré qu’un choc inflationniste pouvait remettre en cause l’hypothèse traditionnelle selon laquelle les obligations d’État de qualité compensent toujours la faiblesse des actions.

Pour les investisseurs, la réponse ne consiste pas à se retirer des marchés, mais à rester investis avec davantage de discernement. Sur les marchés obligataires, des rendements attractifs peuvent générer des revenus significatifs, mais la qualité des émetteurs et la gestion de la duration restent essentielles face aux incertitudes liées à l’inflation et aux besoins de financement des États. Sur les marchés actions, la solidité du bilan, le pouvoir de fixation des prix et la pérennité des bénéfices devraient gagner en importance dans un cycle moins soutenu par les pouvoirs publics. La diversification doit dépasser la simple combinaison d’actions et d’obligations et peut inclure une exposition appropriée aux actifs réels, à l’or et à d’autres sources de rendement. Les thèmes de croissance structurelle restent porteurs, mais la sélection des titres et la discipline en matière de valorisation deviennent plus déterminantes.

Le filet de sécurité des pouvoirs publics s’est resserré, mais il n’a pas disparu. Ce constat plaide pour une approche à la fois constructive et sélective : saisir les opportunités qu’offrent la résilience de la croissance et les tendances d’investissement à long terme, tout en constituant des portefeuilles capables de mieux absorber les surprises inflationnistes, la hausse des rendements et des fluctuations économiques plus prononcées.

Vous souhaitez renforcer la résilience de votre portefeuille ?

Les produits d’investissement comportent des risques. Leur valeur peut évoluer à la hausse comme à la baisse et l’investisseur peut ne pas récupérer le montant de son investissement. Toute décision d’investissement doit être conforme à votre Financial ID (profil d’investisseur). Plus d’informations sur deutschebank.be/financialid.

Les prévisions reposent sur des hypothèses, des estimations, des opinions et des modèles ou analyses hypothétiques qui peuvent se révéler inexacts. À titre purement illustratif. Le présent article et les informations qu’il contient ne constituent pas un conseil en investissement.

Les performances passées ne constituent pas un indicateur fiable des performances futures. Les résultats se rapportent à une valeur nominale fondée sur les plus-values et moins-values. Ils ne tiennent pas compte de l’inflation. Celle-ci réduit le pouvoir d’achat de cette valeur monétaire nominale. Selon son niveau, l’inflation peut dès lors entraîner une perte de valeur réelle, même lorsque la performance nominale de l’investissement est positive.

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1 La volatilité fait référence à l’ampleur et à la rapidité avec lesquelles le prix d’une action, d’une obligation, d’un fonds ou d’un indice évolue au fil du temps.

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