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En résumé

  • Pour rester vivables, les villes de demain devront relever de multiples défis : mobilité, criminalité, qualité du logement, gestion des déchets…
  • Dans une ville intelligente, la technologie apporte des solutions indirectes à ces différentes thématiques et à l’amélioration de la qualité de vie.

Aujourd’hui, plus de la moitié des êtres humains vivent en milieu urbain. « Une tendance qui n’est pas près de s’inverser. Si l’on en croit les projections des Nations Unies, les trois quarts de l’humanité vivront dans des métropoles à l’horizon 2050 », commencent Carina Veeckman et Annelien Smets, qui étudient les villes intelligentes pour le consortium de recherche Imec-SMIT-VUB. « Pour accueillir cette multitude, les villes devront trouver d’innombrables solutions pour améliorer leur cadre de vie : réduire la pollution et le réchauffement climatique, optimiser la mobilité, améliorer la gestion de l’eau et de l’énergie, lutter contre la criminalité, reconditionner le logement, rendre accessibles les soins de santé et l’aide sociale, etc. Les défis sont nombreux. »

Intelligentes et... humaines

Pour relever ces défis, les villes intelligentes auront recours, entre autres, à la technologie. Une technologie qui propose des solutions, les met en œuvre et les évalue. « C’est la définition la plus courante d’une ‘smart city’. Mais cette définition est insuffisante », poursuivent Annelien et Carina. « Car une ville intelligente est bien davantage qu’une addition de capteurs, de données et d’algorithmes. Une ville intelligente est avant tout un environnement à taille humaine, qui fait la part belle au dialogue, à la collaboration, à la solidarité et au développement durable. Un écosystème qui ne se pilote pas au joystick, mais avec le cœur. »

« Un exemple ? Barcelone. Une radiographie de tous les déplacements qui y sont effectués a révélé que 20 % seulement des trajets sont réalisés en voiture. Et ce alors que 70 % de l’espace public est dédié à l’automobile. Sur la base de cette étude, un nouveau plan de circulation a été élaboré et de vastes pans de l’espace public ont été restitués aux Barcelonais. La solution n’est donc pas toujours technologique, mais la technologie est toujours en mesure d’améliorer la qualité de vie, fût-ce indirectement. »

Créativité à Copenhague

Chaque ville est unique. De même, chaque smart city aura ses caractéristiques propres. « Bien sûr, il existe de nombreux dénominateurs communs : une vision claire, une stratégie à long terme et une politique résolument audacieuse. Autre point commun : placer l’humain au centre des priorités, et non la technologie. Sur les cinq continents, plusieurs exemples peuvent déjà servir de sources d’inspiration. Citons pêle-mêle Dubai, Rio De Janeiro, Valence ou Nanjing. La palme revient toutefois à Copenhague. »

« La capitale danoise regorge d’avancées intelligentes : des capteurs qui font passer le feu au vert pour les cyclistes, un système collectif de chauffage et d’eau chaude qui dessert 500.000 personnes, un système permettant aux citoyens de décider avec la ville des endroits où planter de nouveaux arbres, une appli pour inscrire ses enfants à l’école, pour confirmer son rendez-vous chez le médecin, pour obtenir un prêt hypothécaire, etc. »

La ville en 3D

Les choses bougent aussi plus près de chez nous. Ainsi, l’Imec a choisi la ville d’Anvers comme cobaye pour son initiative ‘City of Things’. « Dans le cadre d’un des projets, une copie numérique de la ville entière a été réalisée en 3D. Ce modèle permet de tester en temps réel toutes les simulations et prévisions imaginables. Que se passe-t-il quand on barre telle ou telle rue ? Quels seront les impacts sur le quartier en termes de niveau sonore, de qualité de l’air et de circulation ? Grâce à ce modèle, la technologie permet d’optimiser la prise de décision », se réjouit Annelien Smets. « D’autres expériences sont en cours, telles qu’une signalisation intelligente qui encourage les piétons à ne traverser qu’au vert, ou des points de collecte de colis situés en périphérie de la ville, etc. »

Habitat et partage intelligents

À Bruxelles aussi, plusieurs projets sont en cours. « Des capteurs de pluie ont été installés à plusieurs endroits à Bruxelles. Leurs relevés sont traités en temps réel et sont combinés à d’autres paramètres afin de prédire les inondations », explique Carina Veeckman. « Le partage des voitures, des vélos et des trottinettes est une pratique désormais répandue. À Bruxelles et en Flandre, des expériences de prise en charge partagée des enfants sont en cours (2019-2020) : des réseaux de parents d’élèves ou de collègues de travail s’organisent pour mutualiser la garde des enfants et les navettes jusqu’à l’école. »

Et le respect de la vie privée ?

Connectivité, partage de données, capteurs, caméras... Tous ces systèmes sont source d’un surcroît de commodité, mais présentent un risque pour la vie privée. « C’est effectivement un risque dont il faut tenir compte. Sidewalk Labs – la division ‘smart city’ d’Alphabet, la maison-mère de Google – projette de construire un quartier entier à Toronto. Cette initiative suscite bien sûr une levée de boucliers et de multiples questions. Est-il envisageable, en effet, de confier la gestion d’une ville à un géant technologique ? »

« Paradoxalement, on observe que de nombreux citoyens sont disposés à partager leurs données. Tous les ans, nous effectuons un sondage auprès de 3.000 Bruxellois et Flamands, pour connaître leur avis sur les smart cities. La dernière édition de cette enquête (2019) révèle que 80 % des répondants sont prêts à dévoiler leurs données personnelles en échange de services intelligents. C’est 20 % de plus que l’année dernière », concluent Annelien Smets et Carina Veeckman.

Découvrez les projets ‘Smart City’ de l’IMEC

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