En résumé

  • Après le rejet de son accord de retrait de l’UE, Theresa May est dos au mur mais devrait présenter un plan B lundi prochain.
  • Différents cas de figure se bousculent : consensus parlementaire, nouvelles élections, nouveau référendum, extension de l’échéance du Brexit après le 29 mars, etc.
  • Nous avons détaillé 5 scénarios et leur impact sur les marchés.

Que s'est-il passé ?

Comme on s'y attendait, l'accord de retrait de l’Union européenne (UE) négocié par la Première Ministre Theresa May a été rejeté par le Parlement britannique ce mardi 15 janvier en soirée.

Mme May n'a pas réussi à convaincre les députés du Parti unioniste démocrate (DUP) - sur lequel les conservateurs comptent pour avoir une majorité au Parlement - que les garanties de l'UE, sur le fait que le « backstop » pour la frontière irlandaise ne serait qu'une mesure temporaire, étaient crédibles.

Elle n'a pas réussi non plus à convaincre les « Brexiteers » (les ardents défenseurs du Brexit) de son parti conservateur qu'il fallait maintenant choisir entre son accord, un Brexit encore plus doux, voire pas de Brexit, et donc que l’accord qu’elle avait négocié était la forme de Brexit la plus dure possible. De nombreux autres conservateurs ont également voté contre l'accord.

Une défaite plus lourde qu’attendu pour Theresa May

Theresa May a perdu le vote sur l’accord de retrait par 230 voix, une défaite beaucoup plus lourde que ce que les marchés et les observateurs politiques avaient supposé: ils envisageaient en moyenne un écart de 100 voix. Elle a immédiatement répondu en promettant un vote de confiance envers le gouvernement, et le chef des travaillistes, Jeremy Corbyn, a lui confirmé qu'il avait déposé une motion à cet effet. Le vote aura lieu mercredi soir. En supposant que Mme May remporte ce vote de confiance, ce qui nous semble encore possible, elle a promis de procéder à de larges consultations au sein du Parlement et de revenir avec des plans alternatifs dès le lundi 21 janvier.

Quelle fut la réaction des marchés ?

L'ampleur de la défaite de Mme May a été plus importante que prévu et la livre sterling a été affectée, se dépréciant initialement d'environ 1,5% par rapport au dollar américain. Mais les pertes se sont inversées suite aux remarques de Mme May après le vote. Du côté des marchés d'actions, les futures sur le FTSE 100 sont redescendus par rapport à leurs pics de la journée. Parallèlement, les actions américaines et européennes se sont redressées relativement rapidement après une première réaction négative.

Que va-t-il se passer à présent ?

Dans des circonstances plus normales, on aurait pu s'attendre à ce que la Première Ministre démissionne à ce stade. Néanmoins, elle a prouvé sa résilience au cours des derniers mois et, en supposant qu'elle gagne le vote de confiance, Theresa May pourrait encore choisir de porter la prochaine étape du processus du Brexit. Bien que de nombreux députés de son parti et des partis de l'opposition pourraient demander sa démission, tant que le gouvernement est au pouvoir, c'est à Mme May de décider si elle le dirige ou non.

Le principal dilemme du Brexit reste que s'il n'y a pas de majorité au Parlement pour l’accord de retrait sous sa forme actuelle, il n'existe pas non plus de majorité évidente qui puisse soutenir une autre voie à suivre - du moins pas au sein du Parlement actuel. Néanmoins, nous entrevoyons et détaillons ci-dessous un certain nombre de pistes potentielles pour l'avenir.

a. La Première Ministre May dévoile un plan B

Le Parlement a récemment exigé que la Première Ministre revienne vers lui avec une stratégie alternative endéans les trois jours de séance. Par conséquent, en supposant qu'elle survive au vote de confiance mercredi, le Parlement débattra et votera probablement ce que la Première Ministre présentera le lundi 21 janvier. Si Theresa May ne parvient pas à venir avec une proposition radicalement différente après ses consultations interparlementaires et avec les représentants de l’UE, ou si elle n'admet pas sa défaite à temps, ce sera alors probablement au Parlement de trouver une solution.

b. Un consensus parlementaire entre les partis pour empêcher un Brexit dur

Le plan de Theresa May avec une union douanière permanente permettrait de faire disparaître la mesure très controversée de « backstop » pour la frontière irlandaise. Cela pourrait être acceptable pour quelques députés supplémentaires. Mais cela pourrait également mener au déchirement du parti conservateur, car un tel plan laisserait le Royaume-Uni exposé aux règles de l'UE et donc incapable de conclure ses propres accords commerciaux (ce qui est contraire à la logique de « reprise en main » chère aux partisans du Brexit). Il est très difficile d’imaginer une majorité à la Chambre des communes dans un tel cas. Il en va de même pour les propositions de relation du même type que celle qu’entretient par exemple la Norvège avec l’UE qui, à première vue, semblent être susceptibles d'obtenir des majorités multipartites.

Le Royaume-Uni peut retirer unilatéralement l'Article 50 pour arrêter complètement le Brexit (comme l'a confirmé la récente décision de la Cour de Justice Européenne), mais cela pourrait déclencher encore plus de troubles politiques car le vote de juin 2016 serait totalement ignoré.

Il est donc peu probable que le simple transfert du pouvoir législatif du gouvernement vers le Parlement sur la question du Brexit puisse à lui seul résoudre rapidement le problème.

c. Des élections anticipées

Pour gagner son vote de défiance envers le gouvernement mercredi, M. Corbyn aurait besoin de l'appui de tous ses députés travaillistes, de tous les députés des autres petits partis d'opposition et d'une poignée de députés du gouvernement. Malgré toutes les incertitudes actuelles et l'ampleur de la défaite de Mme May, ce n’est pas acquis. Il y a fort à parier que les conservateurs – pourtant très divisés – empêcheront un scénario dans lequel M. Corbyn serait parachuté au 10 Downing Street.

Dans l'ensemble, la probabilité de nouvelles élections générales a augmenté, mais nous ne considérons pas qu'il s'agisse là d'une évolution particulièrement positive. Outre l’échéance du 29 mars qui approche (la date prévue de l’entrée en vigueur de l'Article 50, voir ci-dessous), il est loin d'être certain que le résultat changerait l'impasse actuelle au Parlement, les deux partis étant proches dans les sondages d'opinion.

d. Un deuxième référendum

Jusqu'à présent, Mme May et M. Corbyn ont tous deux systématiquement exclu la possibilité d'un deuxième référendum et seule une minorité de députés le soutiennent actuellement. Toutefois, une majorité multipartite pourrait se dégager au cours des prochaines semaines, car on estime que c'est la seule façon de sortir de l'impasse dans laquelle se trouve actuellement la Chambre des communes. Malgré tout, le chemin vers un deuxième référendum se heurterait à de nombreux obstacles de procédure, prendrait beaucoup de temps à préparer, aurait un résultat incertain et le diable serait dans les détails - en particulier, la ou les questions posées sur le bulletin de vote.

e. Une extension de l'Article 50

Tous les scénarios ci-dessus entraîneraient probablement un certain retard pour le Brexit, actuellement prévu pour le 29 mars 2019. Un report de cette date tient donc de plus en plus la corde comme scénario de base, l'UE ayant à présent donné des signaux d’ouverture quant à une certaine flexibilité par rapport à l'échéance et au calendrier. L'ampleur de l’extension du délai requis varie cependant beaucoup en fonction des scénarios : de 1 à 2 mois de plus pour le Plan B (scénario a) jusqu’à l’été 2019 en cas de nouveau référendum (scénario d).

Notre point de vue

Quelle que soit la voie finalement suivie par les gouvernants et les marchés, nous voyons maintenant une extension de l'Article 50 comme extrêmement probable avec un report de la date du Brexit. C'est probablement la seule certitude que l’on ait à ce stade.

A ce titre, certaines sources suggèrent que l'UE pourrait envisager de prolonger le délai de l'Article 50 jusqu'en juillet si le Royaume-Uni en fait la demande.

Nous rentrons maintenant probablement dans une phase d'incertitude maximale, suite au rejet du plan de Mme May par le Parlement, qui n'a pas encore d'alternative. Dès lors, il est évident que le positionnement sur les marchés des capitaux britanniques doit rester prudent et que la situation est extrêmement mouvante. Comme on l'a vu depuis le vote sur le Brexit en juin 2016, le sort des actions britanniques dépend fortement de la direction de la livre sterling (GBP).

Toute décision ou politique qui conduirait à un Brexit « sans accord » amplifierait l'aversion des investisseurs pour les actifs britanniques. Si le niveau de déprime actuel des actions britanniques et de la livre sterling pourrait limiter la baisse initiale, les marchés pourraient au fil du temps attribuer une probabilité plus élevée à un Brexit « sans accord » et exiger une prime de risque plus élevée dans tous les domaines. D'autre part, toute évolution ou mesure visant à garantir un Brexit doux voire même pas de Brexit du tout - ce qui est envisageable dans les semaines à venir - lèverait une grande incertitude sur les marchés et donnerait probablement un coup de fouet à l'économie britannique, à la bourse de Londres et à la livre sterling.

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