En résumé

  • La Fed continue son resserrement monétaire : le taux directeur américain passe dans une fourchette de 2,25% à 2,50%, ce qui a poussé les indices boursiers américains à la baisse.
  • Cette décision s’inscrit dans un contexte préoccupant pour la croissance économique mondiale future, caractérisé par une volatilité accrue des marchés financiers.
  • Nous nous attendons toujours à ce que la Fed relève ses taux deux fois en 2019.

Comme attendu par le marché, le Comité monétaire (FOMC) de la Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé à l’unanimité de relever le taux de référence de 25 points de base (passant d’une fourchette de 2%-2,25% à 2,25%-2,5%) suite à sa réunion hier.

Cette décision s’inscrit dans un contexte préoccupant pour la croissance économique mondiale future, caractérisé par une volatilité accrue des marchés financiers. Cette hausse de taux est la quatrième cette année et la neuvième de ce cycle de resserrement en cours, qui a débuté en décembre 2015.

En 2018, on a assisté au resserrement monétaire le plus important depuis 2006 et le taux directeur est à son plus haut niveau depuis mars 2008.

Outre cette hausse des taux, voici quelques-uns des faits saillants de la réunion du FOMC, alors que la Fed a adopté un ton moins «dovish» (accommodant pour les marchés) que prévu.

1. Une croissance «forte» mais des risques équilibrés

Malgré l'angoisse du marché due aux incertitudes persistantes concernant les tarifs douaniers et aux craintes d'un ralentissement de la croissance économique mondiale, la Fed a reconnu que l'activité économique continuait de s'accélérer à un rythme « soutenu » . Les dépenses des ménages continuent d’augmenter fortement, mais les investissements ont ralenti après avoir crû rapidement au début de l’année. La Fed a souligné que les risques pesant sur leurs perspectives sont « globalement équilibrés » et qu'elle continuera à surveiller l'évolution de la situation économique mondiale.

La banque centrale américaine a légèrement revu à la baisse son taux de croissance pour l’économie américaine en 2018 de 3,1% à 3% - ce qui demeure le rythme de croissance économique annuel le plus élevé depuis 2014. Elle a aussi revu à la baisse ses prévisions de PIB pour 2019 de 2,5% à 2,3% étant donné que les mesures de politique budgétaire favorables à la croissance s'atténueront l'an prochain. Malgré ce contexte, la Fed s'attend à ce que la croissance économique en 2019 reste supérieure au taux de croissance potentiel à long terme de 1,8%. Elle a laissé ses prévisions de croissance pour 2020 (+ 2%) et 2021 (+ 1,8%) inchangées.

2. Un renforcement du marché du travail

La Fed a reconnu que le marché du travail «continuait de se renforcer» et que les créations d'emplois ont été fortes au cours des derniers mois. En conséquence, la Fed a laissé ses prévisions de taux de chômage 2018 (+ 3,7%) et 2019 (+ 3,5%) inchangées par rapport à sa réunion de septembre. Cela suggère que la Fed s'attend à ce que le marché du travail continue à se resserrer en 2019. La Fed a légèrement relevé ses prévisions de chômage pour 2019 et 2020 à 3,6% (contre 3,5%) et 3,8% (contre 3,5%), mais continue de croire que le chômage restera inférieur au taux naturel à long terme (+ 4,4%) dans un avenir proche.

3. L’inflation reste proche de son objectif « cible »

Alors que l’inflation s’est modérée au cours des derniers mois, se rapprochant de l’objectif de 2% fixé par la Fed en raison de la chute des prix des produits de base, la Fed ne voit guère de changement par rapport aux anticipations d’inflation à long terme. La Fed s'attend à ce qu'elle reste proche de son objectif cible de 2% au cours des prochaines années. En conséquence, la Fed a abaissé ses prévisions de base de l’indice des prix à la consommation pour 2018 à 1,9% (contre 2%) et ses prévisions pour 2019-2021 de 0,1% à 2% (contre 2,1%). Le président Powell a reconnu que cette tendance inflationniste permet à la Fed d'être « patiente » à l'avenir.

4. Ralentissement de la trajectoire des futures hausses de taux de la Fed

Bien que la hausse des prix reste modérée autour de l’objectif d’inflation cible de la Fed, les grands argentiers américains estiment qu’une «nouvelle augmentation progressive» du taux directeur sera justifiée et que la politique actuelle n’a pas besoin d’être accommodante « compte tenu de la vigueur de l'économie américaine ». Cependant, le président Powell a reconnu qu'il existait un « degré élevé d'incertitude » concernant le processus de hausse des taux de la Fed et que celle-ci restera dépendante de ses données à l'avenir.

En ce qui concerne les futures hausses de taux, la Fed a abaissé les niveaux attendus pour 2019 (de 3,1% à 2,9%), 2020 (3,1% contre 3,4%) et 2021 (à 3,1% contre 3,4%). Cela suggère que la Fed envisage de relever ses taux deux fois en 2019, une fois en 2020, puis de les laisser inchangés jusqu'en 2021 . A plus long terme, elle a abaissé le niveau de taux « neutre » à 2,8% (contre 3% lors de sa réunion de septembre). Ceci suggère que la Fed augmentera ses taux au-delà du taux neutre médian (2,8%), qu’elle adoptera une politique restrictive en 2019 qui le restera jusqu’en 2021 au moins.

Quelle a été la réaction des marchés ?

Les actifs risqués ont été massivement vendus suite à la réunion du comité monétaire de la Fed et à la conférence de presse du président Powell qui restait attaché à la normalisation de sa politique, à la fois par des hausses de taux et par le retrait de liquidités précédemment injectées sur le marché obligataire.

En conséquence, l'indice S&P 500 a fortement chuté (-1,5%) pour atteindre son plus bas niveau depuis septembre 2017, après une hausse de plus de 1% à l'approche de la réunion. Le rendement des Bons du Trésor à 10 ans a chuté (-0,07% à 2,75%) pour atteindre son plus bas niveau en huit mois, ce qui a aplani la courbe des taux avec un écart entre le taux à 10 ans et le taux à 2 ans de seulement 13 points de base (0,13%). Le dollar se dépréciait légèrement hier mais a rebondi après la décision de la Fed d’opter pour une nouvelle hausse de taux. En ce qui concerne les hausses de taux futures, le marché à terme n’anticipe actuellement qu’à 42% la probabilité d’une hausse de taux et à 8% la probabilité de deux hausses de taux en 2019, contre respectivement 71% et 35% il y a un mois.

Outlook : le chemin de la normalisation de la politique monétaire américaine continue

La réunion du comité monétaire de la Fed était conforme à nos attentes concernant une augmentation de 25 points de base (0,25%) des taux d’intérêt et une vision constructive de la croissance économique et de l’inflation. Malgré la révision à la baisse des prévisions du PIB pour 2018 et 2019, la prévision supérieure à la tendance de la Fed jusqu'en 2019 est cohérente avec les niveaux de confiance élevés observés. En effet, la confiance des consommateurs et des entreprises atteint des sommets de plusieurs décennies, tout comme les indicateurs de production. Avec un risque de récession limité, des fondamentaux économiques solides devraient permettre une normalisation plus poussée de la politique monétaire via une augmentation progressive des taux d'intérêt et la poursuite de la réduction de son bilan.

En ce qui concerne la trajectoire des futures hausses de taux de la Fed, nous nous attendons désormais à ce que la Fed relève ses taux à deux reprises en 2019. Il s'agit d'une trajectoire en ligne avec la prévision révisée de la Fed mais plus élevée que les attentes actuelles du marché, qui ne table actuellement que sur une seule hausse supplémentaire des taux en 2019. Cependant, le tempo dicté par la Fed doit être surveillé à un rythme plus soutenu, car le taux des fonds de la Fed dépasse pour l’instant le taux « neutre » en 2019. L'impact du resserrement de la politique monétaire de la Fed se fait évidemment ressentir du point de vue financier : l’indice de la situation financière américaine de Goldman Sachs est passé cette semaine en territoire « restrictif », pour la première fois depuis janvier 2017. Une politique plus restrictive et un resserrement des conditions financières pourraient commencer à ralentir le rythme de la croissance économique et poser un obstacle aux actifs risqués .

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