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En résumé

  • Les issues probables du Brexit semblent de plus en plus binaires, après la décision retentissante du Premier ministre britannique, Boris Johnson, de suspendre temporairement le Parlement.
  • En Italie, un accord entre le Mouvement 5 Etoiles et le Parti démocrate réduira l’incertitude politique à court terme.
  • La livre sterling devrait rester en proie à la volatilité. De leur côté, les emprunts d’Etat italiens ont perdu leur attrait après leur forte progression récente. Nous voyons davantage de potentiel dans les obligations de sociétés européennes.
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Le fil des événements

Cette semaine a été marquée par des bouleversements cruciaux dans les deux principaux points chauds de la politique européenne, le Royaume-Uni et l’Italie.

Mercredi, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a annoncé la suspension du Parlement du 10 septembre au 14 octobre prochain, date à laquelle un discours de la Reine (présentant un nouveau programme législatif) sera prononcé. La suspension temporaire du Parlement britannique raccourcit le délai dont disposent les opposants au gouvernement pour empêcher un Brexit sans accord.

Les députés ont fondamentalement deux options pour éviter une telle issue :

1. Adopter une loi visant à prolonger l'échéance du Brexit, actuellement prévue pour le 31 octobre. Une telle législation pourrait être présentée la semaine prochaine. Le calendrier semble extrêmement serré mais, compte tenu de la suspension, il est techniquement possible de l'adopter. On rappellera en effet qu’un projet de loi relatif au Brexit a été adopté en cinq jours de séance plus tôt cette année. La grande question reste toutefois de savoir si l’Union européenne (UE) accepterait cette prolongation: c'est loin d'être certain.

2. Par le biais d’un vote de défiance, mais il s’agit d’une stratégie à haut risque. Si le parlement votait contre le gouvernement, il aurait deux semaines pour se mettre d'accord sur un nouvel exécutif. Sinon, les députés risquent de faire face à la perspective d’une nouvelle élection dont le gouvernement fixera le calendrier, et qui aurait probablement lieu après la date-butoir du 31 octobre. Il est aussi concevable que le Parlement attende octobre pour déposer une motion de censure, la volonté des députés de s’entendre sur un gouvernement d'union étant à ce moment-là sans doute plus grande.

De son côté, l’Italie semble avoir trouvé une nouvelle coalition gouvernementale. Le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème) et le Parti démocrate (PD, centre-gauche) ont officiellement accepté de soutenir un nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre sortant, Giuseppe Conte. Bien que les détails sur la composition exacte de la coalition soient incertains, le Président de la République, Sergio Mattarella, a donné à M. Conte un nouveau mandat pour former un gouvernement et aplanir les différences entre les deux formations politiques.

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Comment les marchés financiers ont-ils réagi ?

L’impact du coup de tonnerre de Boris Johnson a été ressenti principalement sur les marchés des changes, la livre sterling (GBP) s’affaiblissant à la fois par rapport à l’euro et au dollar US.

En revanche, les marchés ont été positivement influencés par les développements sur la scène politique en Italie. Le spread (soit l’écart de rendement) entre le taux italien et allemand à 10 ans s'est encore rétréci pour passer sous les 170 points de base, contre 290 points de base il y a quelques mois à peine.

En outre, le rendement des emprunts d'État italiens à 10 ans est tombé sous la barre des 1% pour la première fois de son histoire.

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Quelles sont les implications pour les investisseurs ?

En ce qui concerne le Brexit, les marchés se concentreront à court terme sur la stratégie adoptée par les députés britanniques opposés à un Brexit sans accord et sur la question de savoir s'ils adoptent une législation pour repousser la date de sortie fixée ou s’ils tentent un vote de défiance la semaine prochaine.

Boris Johnson pourrait affirmer que la suspension du Parlement renforce sa position de négociation face à l'UE vu que sa menace d'un Brexit sans accord le 31 octobre devient encore plus sérieuse. Ceci étant, il est très peu probable que l'UE offre des compromis significatifs dans les négociations avant cette échéance. En attendant, le compte à rebours continue et l’issue de cette saga semble de plus en plus binaire. Nous estimons actuellement :

  • à 10% la probabilité d’aboutir à un accord sur le Brexit,
  • à 45% la probabilité d’assister à un Brexit dur,
  • à 45% celle de rester dans l’Union européenne.

Le fait d'éviter des élections anticipées en Italie est une bonne nouvelle pour les marchés à court terme. Alors que l'incertitude entourant le processus budgétaire pour 2020 a diminué, une confrontation politique avec l’UE autour des objectifs budgétaires reste possible. En outre, le Mouvement 5 Etoiles et le Parti démocrate sont des rivaux qui semblent avoir peu de choses en commun si ce n'est l'objectif d'éviter une élection anticipée. Par conséquent, la stabilité à long terme d'un tel gouvernement est discutable.

Les investisseurs resteront attentifs aux évolutions sur la scène politique en Europe. Nous suggérons de rester prudents sur la livre sterling bien que sa valorisation puisse de prime abord sembler attractive.

Les emprunts d'État italiens pourraient être soutenus par de nouvelles mesures de relance monétaire de la BCE mais ils sont peu attrayants aux niveaux de rendements actuels, en particulier du fait que les discussions budgétaires avec l'UE pourraient de nouveau s’enflammer à l’automne.

Nous estimons que les obligations de sociétés recèlent davantage de potentiel, les émetteurs privés notés BB et BBB (segment « Crossover ») étant privilégiés en Europe.

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