Olivier Delfosse est depuis novembre 2019 le nouveau CEO de Deutsche Bank Belgique. Il présente ses ambitions pour la banque et pour ses clients.

Vous prenez la direction de Deutsche Bank en Belgique en pleine période de taux bas. Comment assurer la rentabilité de la banque dans un tel contexte ?

Olivier Delfosse : “Les taux négatifs sont un problème, mais nous devons nous adapter afin de rester une banque saine, même si les taux devaient rester négatifs pour une très longue période. Par contre, ce que nous subissons actuellement dans le secteur n’est pas uniquement dû à la faiblesse des taux. Nous traversons une évolution majeure qui marque l’ensemble des acteurs et ce phénomène porte un nom : c’est la digitalisation. La digitalisation va significativement modifier la relation qu’une banque entretiendra demain avec ses clients. Dans ce contexte, les taux bas nous poussent à nous transformer encore plus rapidement, afin d’en limiter l’impact sur nos activités.”

Quels sont précisément les impacts potentiels du contexte de taux bas sur le secteur bancaire ?

“Ils sont de deux ordres. D’une part, les taux handicapent la croissance des banques européennes : elles peinent à grandir et perdent dès lors en compétitivité face aux géants mondiaux aux États-Unis et en Chine, entre autres. D’autre part, le secteur bancaire européen risque d’être mis à mal lorsque les taux remonteront. Notre métier de base consiste en effet à transformer l’épargne en crédit pour stimuler la création de richesse et l’économie. L’épargne est donc utilisée pour faire des crédits à plus long terme. Si les taux restent bas, voire négatifs, sur une très longue période, ce qui selon nous pourrait se produire, toute la rentabilité de l’épargne qui nous vient de ces crédits à long terme aura disparu. Cela n’est pas encore le cas aujourd’hui, alors que les taux sont devenus négatifs à partir de 2014. Quand ce sera le cas et que les taux remonteront ensuite, les banques n’auront plus de barrières à l’entrée contre de nouveaux acteurs. Ce sera une situation inédite pour le système financier au moment où la digitalisation permettra des transferts rapides des montants d’épargne. La digitalisation sera le moteur de la transformation du secteur, mais ce sont les taux qui vont imposer le rythme.”

Les ‘GAFA’ (l’acronyme de Google, Amazon, Facebook, Apple, ndlr) s’intéressent de plus en plus aux activités bancaires. Redoutez-vous ces nouveaux concurrents ?

“Je suis très serein sur la question de la concurrence des GAFA. Pour l’instant, les géants du Net se sont positionnés sur les aspects les plus technologiques, mais aussi les moins rentables des métiers bancaires : les paiements pour les particuliers, par exemple. Or, c’est sur la gestion du bilan et la distribution des produits d’investissement que les banques réalisent leurs marges. Pour la gestion du bilan, j’ai répondu dans la question précédente. Pour les investissements, il faut faire la différence entre la distribution de produits et le conseil. Je serais très surpris de voir les GAFA s’aventurer sur le terrain du conseil en investissement. D’une part, les marchés financiers sont par essence volatils et ne sont pas une science exacte. En cas de grosse tempête sur les bourses, Apple ou Facebook n’ont pas d’expertise et de contacts avec les clients pour les conseiller et les rassurer. Ce n’est pas leur métier. D’autre part, j’imagine mal ces sociétés s’embarquer dans des activités extrêmement réglementées qui demandent des profils très différents des leurs. Je ne vois pas quel serait leur intérêt vu les marges auxquelles elles se sont habituées.”

Comment se positionne Deutsche Bank Belgique dans ce nouvel environnement ? Où la banque va-t-elle chercher sa rentabilité ?

“Nous procédons aux ajustements nécessaires au niveau de notre organisation et de notre plan stratégique. Nous sommes partis d’un scénario où les taux restent négatifs jusque bien après 2024. Nous ne tablons plus non plus sur des marges élevées sur l’épargne par après. Regardons l’histoire de la banque. Nous avons d’abord été pionniers sur le marché de l’épargne. Nous avons ensuite bousculé le secteur avec la distribution de produits d’investissement, notamment grâce à l’architecture ouverte. Aujourd’hui, nous sommes probablement leader en conseils en investissement dans notre segment de marché. La croissance viendra du renforcement de notre leadership dans ce segment. Sur le marché belge, Deutsche Bank est le seul groupe d’envergure internationale qui bénéficie d’une telle capacité de recherche et d’analyse sur les marchés. Notre ambition est sans équivoque : nous voulons être la banque de référence pour les placements et les conseils en investissement en Belgique. C’est ce leadership qui générera de la croissance.”

Comment comptez-vous renforcer cette position de leader ? Ne risque-t-elle pas de modifier cet ADN un peu ‘rebelle’, auquel les clients sont pourtant très attachés ?

“Nos investissements ciblent quatre grands piliers : notre infrastructure informatique, notre réseau d’agences, nos collaborateurs et nos conseils. Aujourd’hui, la banque des particuliers de Deutsche Bank Belgique est en bonne santé et affiche un rendement sur fonds propres après impôts parmi les meilleurs du secteur. C’est parce que nous sommes une banque rentable que nous pouvons nous permettre ces investissements. Et je tiens à rassurer nos fans : même si nous évoluons, nous continuerons à cultiver notre différence. C’est cela notre ADN. Nous voulons garder une longueur d’avance, voire plusieurs, sur nos concurrents. Prenons l’exemple des tarifs : même si nous avons décidé de nous ajuster récemment, nous resterons toujours moins chers, que ce soit par rapport aux grandes banques traditionnelles, mais aussi par rapport aux banques privées. Sur notre segment, nous aurons toujours le meilleur mix en termes de conseils, de services et de prix. Je maintiens un cap : l’investisseur qui cherche des recommandations personnalisées ne trouvera pas moins cher ailleurs.”

Pouvez-vous nous en dire plus sur la stratégie digitale de Deutsche Bank en Belgique ?

“Nous développerons de nouvelles fonctionnalités dans notre app mobile, mais je vais être très clair : nous ne vendrons pas de tickets de train, de foot ou de concerts. Ce n’est pas notre métier. Nous allons par contre utiliser l’application mobile pour renforcer la relation avec nos clients, rajouter des possibilités en termes de transactions et surtout informer le client sur son portefeuille via des recommandations, des alertes et des informations. Deutsche Bank est en soi déjà très digitale. Aujourd’hui, 45% des achats et ventes de fonds d’investissement de nos clients belges s’effectuent en ligne. Mais dans plus de 90% des cas, le client a eu un contact avec un conseiller avant la transaction. Ces chiffres montrent que le client est omnicanal : le digital n’est qu’un élément dans le processus.”

Comment analysez-vous la situation au niveau de votre maison-mère, le groupe Deutsche Bank ?

“Le groupe s’est stabilisé. Et on oublie trop souvent que le groupe s’en est sorti seul lors de la crise financière de 2008. Deutsche Bank n’a pas dû être sauvée et a payé pour ses erreurs. Les gens accordent actuellement trop d’attention au cours de l’action, qui n’est selon moi pas un indicateur pertinent pour nos clients, sauf s’ils détiennent des actions, bien entendu. Elle reflète le niveau de rentabilité du groupe qui est sous pression, dû également aux marges faibles qui caractérisent le marché bancaire allemand. Si l’on regarde les obligations émises par Deutsche Bank, elles traitent désormais à des cours très proches de ceux des emprunts des autres groupes bancaires européens. Depuis l’annonce du retrait de certaines activités de banque d’investissement, en particulier aux États-Unis, le marché ne voit plus de risque particulier sur le groupe. Vu qu’en Belgique, nous affichons une rentabilité très saine, avec un rendement sur fonds propres très élevé, pour moi la page est tournée.”

Quelle est votre stratégie en matière de Private Banking ?

“C’est un marché énorme et nous allons continuer à capitaliser sur l’expertise de Deutsche Bank au niveau mondial. On compte aujourd’hui 2.200 milliardaires sur la planète. Parmi ceux-ci, 500 entretiennent une relation avec Deutsche Bank. En Belgique aussi, la palette de services que nous pouvons offrir est unique. Notre job, c’est d’en faire profiter nos clients belges.”

Deutsche Bank Belgique veut également être plus active sur le segment du Corporate Banking…

“Ce segment est très important pour le groupe et a des racines profondément ancrées dans l’accompagnement des entreprises dans leur quête de croissance internationale, grâce à une présence dans 57 pays. Depuis que le groupe a annoncé le retrait de certaines activités de banque d’investissement, il se recentre fortement sur le financement des entreprises. C’est vrai en Allemagne, mais aussi partout en Europe.”

On entend beaucoup parler des investissements durables. Est-ce une tendance de long terme ou un phénomène de mode ?

“Historiquement, Deutsche Bank en Belgique a toujours cherché à identifier les tendances susceptibles de générer du rendement pour ses clients. C’était déjà la raison d’être de l’architecture ouverte. Il est évident que le secteur bancaire a un rôle à jouer dans les défis du 21e siècle. En Belgique, nous distribuons déjà plus de 80 produits étiquetés ESG (responsabilité environnementale, sociétale et de bonne Gouvernance, ndlr). Nous validons non seulement leurs critères éthiques, mais nous sommes également convaincus de leur potentiel de performance. Nous avons également décidé, pour les clients particuliers en Belgique, de ne plus recommander ni reprendre dans les portefeuilles en gestion les instruments qui ne répondent pas à un minimum de critères ESG. Deutsche Bank Belgique participe donc activement à ce changement. J’ai l’intime conviction que la manière d’aborder ce débat va rapidement évoluer. Demain, on ne se demandera plus quels fonds ESG recommander à nos clients, mais plutôt quel est le risque réputationnel de maintenir dans notre offre des fonds qui ne sont pas ESG. C’est la raison pour laquelle nous renforçons notre processus de sélection pour réduire ce risque au minimum.”

CV express

  • Né en 1970
  • 1994 : Diplôme d’ingénieur commercial – KU Leuven
  • 1995 : Post-graduat “Tax and Accountacy” – Vlerick Management School Gent
  • 1996 : entre au Crédit Lyonnais Belgique en tant que commercial en charge des clients institutionnels dans la salle des marchés
  • 1999 : devient Portfolio Manager au sein de l’Investment Center après le rachat du Crédit Lyonnais Belgique par Deutsche Bank
  • 2001 : devient Head of Product Management & Fund Research
  • 2005 : entre au comité de direction de Deutsche Bank SA en tant que Chief Investment Officer et Head of Investment Center
  • 2006 : nommé Head of Private Banking
  • 2010 : nommé European Head of Investments and Insurances pour le groupe Deutsche Bank
  • 2017 : nommé Head of Products Private and Commercial Clients International
  • Depuis novembre 2019 : CEO de Deutsche Bank Belgium

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