En résumé

  • En 2019, l’économie mondiale entre dans une phase de décélération généralisée.
  • Néanmoins, les opportunités restent nombreuses, à condition de bien diversifier son portefeuille et réduire sa sensibilité aux phénomènes cycliques.
  • Deux thématiques à long terme ont aussi les faveurs de nos experts : les investissements durables et le secteur des infrastructures.

Chez Deutsche Bank, la stratégie d’investissement est élaborée au niveau international. Chaque trimestre, les analystes répartis aux quatre coins du monde confrontent leur vision des marchés pour définir les grandes lignes stratégiques qui seront déclinées localement dans les portefeuilles des clients. Nous avons rencontré Stéphane Junod, responsable de la stratégie d’investissement pour le Wealth Management de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique). En exclusivité, il a partagé avec nous ses prévisions macro-économiques pour les 12 prochains mois.

A vous le choix : soit vous découvrez son entretien en vidéo avec notre expert Wim D'Haese (durée : 9 minutes), soit vous parcourez ci-dessous l'interview complète qu'il nous accordée.

Quel regard portez-vous sur l’année écoulée ?

Stéphane Junod : « 2018 restera dans les mémoires comme l’une des rares années où tant les performances des actions que des obligations ont été négatives. Après un bon mois de janvier, les marchés se sont repliés un peu partout à la suite du fameux discours ‘America First’ de Donald Trump au sommet de Davos. Janvier a coïncidé avec un pic pour bon nombre de marchés : certainement l’Europe, mais aussi sans doute la Chine. Résultat : le marché a immédiatement revu à la baisse le prix des actifs, afin de refléter la situation délicate dans laquelle se trouvaient l’Europe et les marchés émergents. Finalement, seuls les marchés d’actions aux Etats-Unis sont sortis du lot, grâce aux effets de la politique de relance fiscale. De nombreuses grandes sociétés américaines ont en effet rapatrié leurs bénéfices pour profiter des conditions avantageuses qui leur étaient proposées. En fin d’année, nous avons assisté à une combinaison de facteurs de tension : l’escalade verbale entre la Chine et les Etats-Unis, un message restrictif - à l’époque - de la Fed annonçant de nouvelles hausses de taux en 2019 et, last but not least, de grosses craintes sur l’Europe avec un troisième trimestre négatif en Allemagne, ce qui a beaucoup interpellé les marchés. Tous ces éléments ont alimenté la tempête que nous avons traversée en décembre, avec une hausse massive de la volatilité, d’importants mouvements à la vente et également un vent de panique auprès des investisseurs privés. »

Quelles leçons les investisseurs peuvent-ils tirer de ce bilan ? Et comment se positionner en 2019 ?

S.J. : « Les grands nettoyages ont pour avantage de créer de nouvelles opportunités. Nous avons d’ailleurs déjà pu le constater, avec le joli rebond observé sur les classes d’actifs risquées depuis le début de l’année. Les marchés ont mis à profit le message de Jerome Powell, le président de la Fed. Celui-ci a en effet déclaré que la Réserve fédérale adopterait un rythme de normalisation qui serait plus étroitement lié à l’évolution du contexte macroéconomique, ce qui a eu pour effet d’apaiser les investisseurs. Aujourd’hui, les marchés n’anticipent d’ailleurs plus de nouvelle hausse des taux américains en 2019, alors que jusque récemment, ils prévoyaient jusque quatre hausses successives. Certains vont même jusqu’à prédire une baisse en 2020. Une pression moindre sur le coût de l’argent pourrait ouvrir la voie à de belles opportunités, malgré la décélération qui s’annonce. Chez Deutsche Bank, nous ne partageons pas cette vision au niveau de la Fed : nous nous attendons encore à deux hausses des taux américains d’ici la fin 2019. »

Quels sont les facteurs qui pourraient stimuler les opportunités ?

S.J. : « Nous voyons d’abord que les valorisations des actifs sont redevenues plus attractives. C’est d’ailleurs le grand paradoxe de 2018 : tout au long de l’année, les analystes n’ont cessé de revoir leurs prévisions de bénéfices des entreprises à la hausse. Néanmoins, malgré la croissance des bénéfices attendus, les marchés ont clôturé l’année dans le rouge. Regardons le S&P 500 : l’année 2018 s'est terminée sur une croissance de 20% des bénéfices, alors que l’indice boursier s’est replié d’environ 6%. C’est d’ailleurs la première année négative du S&P 500 depuis la crise de 2009. Ce paradoxe peut paraître étonnant, mais c’est le facteur du « pricing » des marchés qui a joué : le marché a toujours tendance à anticiper et à exagérer les mouvements. Décembre en a été le meilleur exemple. Les valorisations exagérément faibles ont ouvert une fenêtre d’opportunité pour les investisseurs qui ont dès lors pris position sur les classes d’actifs risquées. »

Concrètement, comment ces opportunités se sont-elles traduites sur les marchés ?

S.J. : « Comme nous venons de le voir, dès le début de cette année, les investisseurs sont revenus aux classes d’actifs risquées. On constate qu’en même temps, sur le marché des obligations, la demande pour les taux souverains reste forte. Enfin, nous voyons également de belles prestations de l’or. Celui-ci a profité de la rareté des classes d’actifs défensives. Dans la zone euro, les emprunts d’Etat de référence affichent encore des rendements négatifs. Or, pour de nombreux investisseurs privés, il existe toujours une barrière psychologique : intégrer des obligations avec des taux négatifs dans un portefeuille reste très difficilement accepté. Les investisseurs se tournent alors vers l’or, dont l’horizon s’est éclairci après les discours rassurants de la Fed. Les deux principaux obstacles à l’appréciation de l’or sont en effet un dollar fort et des taux d’intérêts qui montent. L’adoucissement de la politique de la Fed éloigne ces perspectives : ce devrait être tout bénéfice pour le cours de l’or ! »

Quelle sera la tendance pour l’économie mondiale en 2019 ?

S.J. : « Nous faisons face à une décélération de l’économie réelle, qui se manifeste partout. La croissance mondiale avait connu une belle impulsion synchronisée en 2017 et au début de 2018. Nous sommes maintenant arrivés au terme de ce mouvement d’accélération. La cadence ralentit. Les craintes sur les tarifs douaniers et le commerce mondial risquent de porter préjudice principalement à l’Europe et à la Chine. Dans une moindre mesure, le Japon, très porté sur les exportations, va également en pâtir. Les Etats-Unis seront sans doute un peu plus résistants car l’économie intérieure a bénéficié des baisses d’impôts, alors que la confiance des consommateurs profite de la dynamique des créations d’emplois. »

Faut-il pour autant craindre une récession mondiale ?

S.J. : « C’est évidemment la première crainte des investisseurs : un ralentissement du rythme de la croissance va-t-il aboutir une récession mondiale ? Selon nos analyses, la récession n’est pas en point de mire pour 2019. Depuis les années 50, nous constatons que chaque récession aux Etats-Unis a été précédée d’environ 15 mois d’une inversion de la courbe des taux américaine. Etant donné que nous anticipons encore deux hausses des taux américains en 2019, nos projections ne montrent pas d’inversion de la courbe. Nous pouvons bien sûr nous tromper, mais nos modèles n’entrevoient pas de récession mondiale cette année. Par contre, en cas de Brexit dur, je crains que l’Europe ne pourra pas éviter le scénario de la récession, car elle dispose d’une marge de manœuvre très faible. »

Comment la décélération va-t-elle se répercuter sur les marchés ?

S.J. : « La décélération va immédiatement alimenter la volatilité, ce qui plongera les marchés dans les incertitudes. Les investisseurs vont dès lors devoir chercher le rendement en scrutant les classes d’actifs résilientes, bref celles qui sont en mesure de réaliser de bonnes performances sans dépendre des cycles de croissance économique. Cela se traduit par des portefeuilles un peu plus défensifs, en portant une attention particulière à la qualité des actifs détenus. »

Qu’attendez-vous sur le front des devises ?

S.J. : « Nos projections actuelles anticipent une certaine stabilité du taux de change euro-dollar. De nombreux facteurs entrent en jeu, mais ils s’équilibrent mutuellement. A 12 mois, nous envisageons un taux de 1,15 dollar pour un euro. En cours d’année, ce taux pourrait éventuellement varier entre 1,12 et 1,18, mais nous n’attendons pas de fluctuation de plus grande ampleur. »

2019 pour l’investisseur particulier : qualité et diversification avant tout

Comment composez-vous les portefeuilles pour tenir compte de ces différents facteurs ?

S.J. : « Le mot d’ordre est simple : renforcer la qualité des actifs en portefeuille, mais diversifier les positions pour profiter des opportunités de croissance. Concrètement, nous conservons une exposition aux marchés d’actions, pour profiter précisément des opportunités liées à une exagération des risques l’année dernière. Au niveau des régions, nous privilégions toujours les Etats-Unis, tout en retrouvant de l’attrait pour les marchés émergents. Au niveau des obligations, nous augmentons la pondération dans les obligations souveraines, y compris les obligations américaines, pour, une fois encore, privilégier la qualité. De l’autre côté du spectre, nous voyons un potentiel intéressant dans les obligations des pays émergents, libellées en dollars et autres devises fortes. La dette émergente peut constituer une réponse attractive à la pénurie des rendements obligataires en Europe. Sur les matières premières, nous pensons que l’or conserve son attractivité, car sa place dans un portefeuille diversifié fait beaucoup de sens. Imaginons que nous ayons sous-estimé la décélération et qu’une récession finisse par quand même se manifester, l’or devrait alors s’apprécier. »

Certaines thématiques récoltent-elles vos faveurs sur le long terme ?

S.J. : « Effectivement, nous en avons identifié deux. La première concerne les investissements ESG, c’est-à-dire les placements qui valorisent les bonnes pratiques environnementales, sociales et de gouvernance. C’est une thématique importante, qui se calque sur les objectifs de développement durable en 17 points de l’ONU. Ces objectifs se retrouvent d’ailleurs de plus en plus souvent mentionnés tels quels dans la stratégie de nombreuses entreprises. Cette thématique est intéressante parce que, contrairement aux idées reçues, les sociétés qui performent bien sur les critères ESG ne génèrent pas moins de rendement que les autres. Au contraire ! Ce n’est donc pas une démarche purement philanthropique. Il existe un véritable rationnel économique à privilégier les entreprises durables. Quelques éléments soutiennent leur croissance. D’une part, les sociétés qui intègrent les critères ESG dans leur stratégie sont souvent très bien gérées. De l’autre, nous voyons émerger une nouvelle génération qui attache une grande importance aux convictions dans ses décisions d’investissement. »

« La seconde thématique que nous avons identifiée concerne le secteur des infrastructures. Nous observons en effet un important déficit dans ce domaine, qu’il s’agisse d’autoroutes, de lignes de chemins de fer, d’écoles, etc. On songe immédiatement aux marchés émergents, mais il ne faut pas perdre de vue non plus les Etats-Unis, qui font face à d’énormes besoins dans ce domaine. C’est un secteur qui génère des flux de liquidités (cash flows) réguliers et qui, historiquement, fait preuve d’une belle résistance lors de périodes de décélération. »



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