En résumé

  • Le shutdown se cristallise autour d’une bataille entre républicains du président Trump et démocrates, avec comme enjeu la construction d’un mur à la frontière mexicaine.
  • Pour l’instant, les marchés US digèrent plutôt bien cette saga politique à Washington, affichant même une progression depuis le début du shutdown.
  • Même si nous pensons que l’économie résistera à cet épisode politique, nous restons attentifs à la situation : en cas de pourrissement, cela pourrait avoir des répercussions sur la croissance, les taux d’intérêt et les marchés d’actions.

Le shutdown partiel se poursuit aux Etats-Unis. Depuis le 22 décembre dernier, les administrations et services fédéraux américains sont partiellement fermés, ce qui en fait l'une des plus longues fermetures de l'histoire des États-Unis. En effet, cette fermeture est susceptible de dépasser le record précédent de 21 jours qui date des fêtes de fin d’année de 1995-1996.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Historiquement, les fermetures du gouvernement sont le résultat d'un calcul politique fait par l'un ou l'autre parti (républicains ou démocrates), par lequel l'un des camps en présence tentera de faire passer pour déraisonnable un projet défendu par l’autre camp, pour finalement rejeter la majeure partie (ou la totalité) des revendications afin d'obtenir gain de cause.

Cette fois, le président Trump a demandé au Congrès de financer entièrement son mur à la frontière avec le Mexique qui, selon lui, représente une nécessité pour la sécurité nationale. Pendant ce temps, les démocrates de l'opposition sont restés soudés pour bloquer tout projet de loi de financement qui prévoirait la totalité des 5,7 milliards de dollars demandés. Au début du shutdown, le parti républicain du président Trump détenait le contrôle des deux chambres du Congrès, mais la Maison-Blanche avait encore besoin du soutien des sénateurs démocrates pour obtenir les 60 voix nécessaires à un projet de loi de financement à long terme. Cependant, depuis l’intronisation du 116e congrès le 3 janvier, le Congrès est divisé : les démocrates contrôlent la Chambre et les républicains le Sénat.

Les pourparlers entre la Maison-Blanche et le Congrès n'ont jusqu'à présent donné lieu à aucun progrès, aucune des deux parties n'étant prête à faire de concessions. Le président Trump se demande dès lors s'il ne devrait pas utiliser son autorité présidentielle pour mettre fin à la fermeture du gouvernement et financer son mur frontalier en déclarant l'état d'urgence. Cette approche ouvrira très probablement un débat plus large sur la légalité d'un président autorisant ou allouant des fonds dans le cadre d'une urgence nationale et embrasera très certainement encore davantage la scène politique à Washington.

Qu’est-ce qui pourrait débloquer la situation ?

Certaines échéances pourraient pousser le président ou les démocrates à conclure un compromis. Tout d'abord, environ 800.000 fonctionnaires fédéraux vont bientôt manquer le versement de leur premier salaire de 2019. Ensuite, le shutdown dépassera son précédent record ce 12 janvier, juste avant que le président ne se rende à Davos pour le Forum Economique Mondial. A la suite de Davos, le président adressera son État de l'Union (State of the Union). Ensuite, dans les mois suivants, les contribuables seront dans l’expectative : l'IRS (l’administration fiscale américaine) pourra-t-elle entamer les remboursements d’impôts, ce qui est interdit par le protocole standard en cas de shutdown.

Jusqu'à présent, les conséquences d'une fermeture partielle du gouvernement ont été modérées, mais ce ne sera pas le cas si la fermeture se poursuit : enlisement des marchés publics, persistance des retards dans les données économiques, perte de revenus liée à la suspension des salaires et remboursements fiscaux différés. Nous pourrions dès lors être amenés à revoir à la baisse nos prévisions pour le PIB américain au 1er trimestre.

Réaction des marchés : rebond des bourses

Bien que l’indice boursier américain S&P 500 soit tombé à son plus bas niveau depuis juillet 2017 juste avant le shutdown, le marché des actions s’est plutôt bien accommodé de la volatilité qui règne à Washington depuis lors. Le S&P 500 affiche une hausse de 7,1% depuis le début du shutdown, ce qui marque le cinquième meilleur rallye en 11 jours de bourse de ces cinq dernières années et le meilleur depuis février 2018.

En ce qui concerne les obligations, même si ce n'est peut-être pas exclusivement en raison de la fermeture des services fédéraux, on a assisté à une légère fuite vers des valeurs sûres. Les rendements des obligations d'État américaines à 10 ans (+ 2,71 %) ont cédé 8 points de base (0,08%) depuis le début du shutdown.

Le cours de l’or a également été soutenu, puisque le métal jaune est désormais à son plus haut niveau (1.291 USD) depuis plus de six mois.

Notre vision : la demande domestique éclipsera la saga politique

Comme les États-Unis ont désormais dépassé le cap des 20 jours de shutdown, on ignore quand cette saga politique prendra fin et si elle deviendra la plus longue fermeture de l’histoire américaine.

La résilience du marché constatée jusqu'à présent est conforme aux 20 épisodes antérieurs de shutdown. Historiquement, le marché a regardé au-delà de ces événements politiques parce qu'ils ont eu peu d'impact économique. Bien que la période de fermeture actuelle soit plus longue que cette moyenne historique de 7 jours, les fermetures antérieures n'ont eu qu'un impact minime sur la croissance économique, les dépenses des consommateurs et des entreprises demeurant robustes. Toutefois, plus la fermeture se prolonge, plus la menace d'une impasse politique risque de ralentir le dynamisme économique. Kevin Hassett, un important conseiller économique de la Maison-Blanche, a ainsi estimé que la croissance à court terme pourrait être compromise si le shutdown devait durer plus longtemps.

Mais attention si la fermeture des services fédéraux venait à se prolonger en février. En effet, c'est habituellement à ce moment-là que l'administration fiscale américaine (IRS) commence à rembourser les contribuables américains. Bien que le gouvernement ait indiqué que l'IRS continuera de traiter et de verser les remboursements pendant la fermeture, si les remboursements étaient retardés, cela pourrait poser un risque de baisse à court terme pour notre prévision actuelle de +2,6% du PIB américain au 1er trimestre 2019. Il faut également garder à l'esprit que la fermeture pourrait entraîner des retards dans la publication des données économiques.

Néanmoins, nous croyons que la demande domestique américaine (confiance élevée des consommateurs et des entreprises, baisse des prix de l'essence) l'emportera sur ces risques et sur le bruit continu qui émane de Washington. Nous continuons de prévoir que l'économie américaine connaîtra une croissance de 2,4% en 2019, avec peu de risque de récession au cours des 12 prochains mois.

Quelles perspectives après plus de 20 jours de shutdown ?

Si le shutdown devrait continuer à faire la une de l’actualité, les principaux catalyseurs des marchés d'actions seront quant à eux probablement les suivants :

  • les progrès des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine ;
  • la voie que la banque centrale américaine (la Fed) suivra concernant sa politique monétaire ;
  • les résultats des sociétés US pour le 4e trimestre 2018 et les prévisions de résultats futurs.

Toutefois, si la fermeture venait à persister jusqu'en mars, les différentes classes d'actifs pourraient être mises sous pression si le débat du shutdown débouche sur une crainte que le plafond de la dette ne soit pas relevé. L’agence de notation Fitch a prévenu plus tôt cette semaine : une bagarre politique au sujet du relèvement du plafond de la dette pourrait mener à une éventuelle baisse de la notation de la dette des États-Unis. Ce qui, à son tour, pourrait avoir un impact sur les taux d'intérêt et les marchés boursiers.

En conclusion, nous continuons de croire que la solidité de la demande domestique américaine et la solidité des bénéfices en 2019 (quoique moins robustes qu'en 2018) devraient porter le S&P 500 à un niveau de 2.850 points d'ici la fin de l'année 2019.

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