Téléphone

Deutsche Bank

En résumé

  • La BCE a laissé sa politique monétaire inchangée, s'engageant à maintenir les taux bas et à poursuivre son programme d'achat d'obligations récemment relancé.
  • Pour sa première conférence de presse, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, a fait preuve d’assurance et a réussi à éluder des questions potentiellement controversées.
  • Nous n’anticipons pas de nouvelle baisse de taux de la BCE en 2020 ou la fin du programme d'achat d'obligations, mais nous pensons que la remise en question de l'approche politique de la BCE pourrait s'intensifier.
1

Que s'est-il passé ?

Le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de maintenir la politique monétaire inchangée lors de la dernière réunion de 2019. Il anticipe que les taux « resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux inférieurs jusqu'à ce que l'inflation ait fortement convergé vers un niveau suffisamment proche mais inférieur à 2 % ». Le programme d'achat d'obligations se poursuivra également au rythme de 20 milliards d'euros par mois. Par conséquent, la politique monétaire restera très accommodante pendant une période prolongée. Pour sa première réunion à la tête du Conseil des gouverneurs de la BCE, Mme Lagarde a effectué une bonne performance politique lors de la conférence de presse, évoquant la nécessité d'un "degré important" de soutien monétaire mais soulignant également le rythme "solide" de croissance du crédit aux entreprises et aux ménages et le fait que les incertitudes mondiales pourraient se réduire. Elle a aussi souligné l'importance d'autres initiatives politiques, comme les réformes structurelles et la politique budgétaire, et a attiré à plusieurs reprises l'attention sur la revue stratégique imminente de la BCE, qu'elle avait l'intention de conclure d'ici la fin de l'année prochaine. Tout en faisant valoir que le mandat de stabilité des prix de la BCE devait être maintenu, Mme Lagarde a indiqué que l'impact potentiel de multiples facteurs, comme par exemple les changements climatiques et technologiques ainsi que les inégalités, serait pris en compte. Elle a également averti son auditoire de ne pas surinterpréter ses propos.

2

Comment les marchés financiers ont-ils réagi ?

L'euro s’est apprécié par rapport au dollar en réaction au communiqué indiquant que la politique monétaire restera inchangée, passant brièvement au-dessus de 1,115 contre le dollar avant de revenir autour de 1,11. Sur les marchés obligataires, le taux du Bund allemand à 10 ans est remonté de 6 points de base à -0,26%. Enfin, les marchés boursiers ont progressé après la conférence de presse, mais ils ont sans doute été plus influencés par un tweet de Donald Trump concernant un accord commercial.

3

Qu'est-ce que cela signifie pour les investisseurs ?

Pour Christine Lagarde, cette première réunion de la BCE était avant tout une question d'équilibre entre le ton et le contenu. Sur le plan du ton, son discours s’est avéré généralement fluide et avec quelques moments d'humour - elle aspire à être une chouette "associée à un peu de sagesse", plutôt qu'une colombe ou un faucon. Le contenu a pour sa part été soigneusement équilibré : Mme Lagarde a indiqué à plusieurs reprises un engagement en faveur de la politique actuelle de la BCE, ainsi qu'une volonté de développer la politique future de la BCE en fonction des besoins. Elle y est parvenue principalement en se référant à plusieurs reprises à la revue stratégique de la BCE de l'année prochaine, la première depuis 2003, et en indiquant son intention de procéder à de larges consultations (députés du Parlement européen, universitaires, société civile) dans le cadre de ce processus.

La présidente de la BCE a également réussi à contourner la question potentiellement épineuse de la politique budgétaire de la zone euro en soulignant d'abord la nécessité de réformes structurelles qui, selon elle, devaient être "considérablement renforcées". Elle a décrit la politique budgétaire actuelle de la zone euro comme étant " légèrement favorable ", mais a aussi parlé de la nécessité d'une expansion budgétaire différenciée selon les pays.

Par ailleurs, Mme Lagarde a également eu la chance pour sa première réunion que le contexte économique n'ait pas été trop mauvais, avec une croissance décente du crédit et, selon ses termes, des risques baissiers "un peu moins marqués". Ses propos sur l'inflation ont été soigneusement formulés : l'inflation globale pourrait légèrement augmenter dans les mois à venir et il y a quelques signes d'une "légère augmentation" de l'inflation sous-jacente, mais un changement de direction est loin d'être atteint. Enfin, elle a réussi à répondre à une question concernant une opération de refinancement à long terme ciblée (TLTRO) décevante ce jeudi (les banques ont pris 97,3 milliards d'euros, soit moins que le montant à échéance) en soulignant qu’il ne fallait pas juger du succès du programme sur une seule adjudication, qui plus est en fin d'année. Toutefois, à la lumière du jour, les prévisions de la BCE restent loin d’être inspirantes : la prévision d’inflation est maintenant de 1,1 % en 2020 (en hausse de 0,1 % par rapport aux prévisions précédentes) et de 1,4 % en 2021 (en baisse de 0,1 %). La croissance du PIB de la zone euro devrait s'établir à 1,1% en 2020 (-0,1%), puis à 1,4% en 2021. En d'autres termes, l'objectif d'inflation de la BCE est encore loin d'être atteint et les estimations de croissance restent très modestes.

Nous n’anticipons pas une baisse des taux de la BCE en 2020 ou la fin des achats d'obligations, mais toute preuve d'un nouveau ralentissement économique recentrera l'attention sur la politique menée et son efficacité. La question de la politique budgétaire gagnera également en importance. Le principal risque pour Christine Lagarde pourrait être de faire des promesses excessives sur des aspects non essentiels de la politique actuelle de la BCE : cela pourrait conduire à des déceptions, même si la BCE s'acquitte bien de sa mission principale de politique monétaire. En 2020, les marchés financiers se concentreront de plus en plus sur la revue stratégique de la BCE.

Votre portefeuille est-il toujours adapté à la réalité économique ?

Appelez nos experts de Talk & Invest au 078 156 157.

Prenez rendez-vous dans votre Financial Center au 078 155 150.

Articles liés