En résumé

  • Notre scénario central repose sur le fait que des signes de progrès réels dans les négociations devraient se manifester d’ici au sommet du G20, fin juin.
  • L’impact indirect du conflit commercial sino-américain pourrait être important, à la fois sur la croissance chinoise et américaine.
  • En tant qu’investisseur, il convient d’adapter son portefeuille afin de se prémunir de la volatilité à venir.

Que s’est-il passé ?

Les négociations entre les représentants des deux grandes puissances économiques, les Etats-Unis et la Chine se sont terminées de manière abrupte, et sans progrès, le 10 mai dernier. L’administration américaine est donc allée de l’avant et a augmenté ses droits de douane (de 10% à 25%) sur l'équivalent de 200 milliards de dollars d'importations chinoises.

Le Président Trump a également menacé d’augmenter les droits de douane sur le reste des importations chinoises. Celles-ci représentent l’équivalent de 340 milliards de dollars et ont jusque-là été épargnées par l’augmentation des tarifs douaniers.

La réponse de l’administration chinoise ne s’est pas fait attendre : elle augmente les droits de douane sur 60 milliards de dollars d’importations américaines, dès le 1er juin prochain.

Quelle a été la réaction des marchés ?

Lundi 13 mai, l’indice américain S&P 500 a vécu sa baisse la plus importante de l’année (baisse de presque 70 points, soit -2,41% pour clôturer la journée à 2.812 points), impactée principalement par les secteurs technologique et industriel, qui ont l’exposition la plus directe aux chaînes d’approvisionnement chinoises.

La diminution de la prise de risque a également été marquée sur les marchés obligataires, avec une baisse de 7 points de base des taux des Bons du Trésor américains à 10 ans, à 2,39%. Du côté des devises, le yuan chinois (CNY) a perdu 0,5% par rapport au dollar (USD), ce qui représente la baisse journalière la plus importante depuis février. De son côté, la Banque Populaire de Chine a abaissé la fourchette de change du yuan vis-à-vis du dollar américain. L’or a de son côté légèrement augmenté, au vu de la recherche de sécurité par les investisseurs.

Mardi 14 mai, les marchés d’actions (surtout européens) récupéraient déjà une grande partie de leurs pertes.

Quelle est notre lecture de la situation ?

Pour ce qui est du futur immédiat, trois dates importantes sont à tenir à l’œil.

  • Le vendredi 17 mai (ou le lendemain), Donald Trump est censé prendre une première décision sur la question des droits de douane sur les véhicules européens.
  • Le 1er juin : l’augmentation des droits de douane chinois (en guise de représailles) entre en application, tout comme les nouveaux tarifs des droits de douane américains d’ailleurs.
  • Les 28 et 29 juin se tiendra le sommet du G20 à Osaka, lors duquel les présidents américain et chinois (Donald Trump et Xi Jinping) devraient se rencontrer.

Pas de nouveaux tarifs douaniers sur les véhicules européens

Nous ne nous attendons pas à ce que le Président Trump impose de nouveaux droits de douane sur les véhicules européens à partir de ce vendredi. Il serait compliqué, pour son administration, de se battre sur deux fronts de la guerre commerciale à la fois. Il a en outre la possibilité de reporter sa décision de 180 jours, c’est-à-dire jusqu’au mois de novembre. Cela pourrait soulager temporairement les marchés, mais ne solutionnera en rien la guerre commerciale avec la Chine. Malgré les espoirs actuels du marché, nous pensons qu’il est improbable qu’une solution soit trouvée avant le 1er juin prochain. Notre scénario central repose sur le fait que nous devrions obtenir des signes de progrès réels d’ici au sommet du G20, fin juin.

Conséquences économiques : impact limité sur la croissance mondiale…

La dégradation du commerce mondial pèse déjà lourdement sur les indicateurs économiques et commence à se refléter dans les chiffres de la croissance mondiale. Un exemple : la statistique du PMI américain pour les nouvelles commandes à l’exportation a baissé sous les 50 points. Les exportations américaines vers la Chine ont également diminué de 30% sur les derniers six mois. Malgré cela, de nombreuses prévisions de marché s’attendent à ce qu’une aggravation de la guerre commerciale ait un impact direct relativement limité sur les croissances américaines et chinoises.

… Mais les impacts indirects pourraient être plus importants

De notre côté, nous nous attendons à ce que les effets indirects d’une aggravation de la crise soient plus importants. Les bénéfices des entreprises américaines (dont la croissance a déjà ralenti) pourraient être impactés, les sociétés US pourraient postposer certains investissements futurs, etc. Il pourrait également y avoir un impact sur la politique monétaire américaine au sens large, bien qu’il soit probable que la Fed ne tienne pas compte de l’augmentation de l’inflation américaine causée par la hausse des droits de douane. Notons que, jusqu’à maintenant, les consommateurs américains ont supporté la plus grande partie de la croissance de l’inflation liée à l’augmentation des droits de douane : les exportateurs chinois n’en ont, quant à eux, absorbé qu’une petite partie.

En Chine, nous nous attendons à ce que les stimuli continus des autorités chinoises stabilisent la croissance domestique. A notre avis, plus les conditions du commerce extérieur seront strictes, plus les politiques économiques internes seront souples. Notons qu’outre l’augmentation des droits de douane, la Chine dispose d’autres leviers pour influencer le commerce avec les USA. L’enthousiasme des entreprises chinoises et des particuliers pour l’achat de produits américains pourrait ainsi diminuer. Si l’affaiblissement récent du yuan se prolonge, cela aura en soi un impact important sur le développement du commerce.

Actions à entreprendre pour la gestion du portefeuille

Depuis le mois d’avril dernier, nous conseillons aux investisseurs de réévaluer les risques au sein des portefeuilles et d’éventuellement les réduire. Cette approche reste de mise. Le risque de baisse des actions à court terme a augmenté et risque de se prolonger, engendrant de ce fait une hausse de la volatilité.

En outre, nous sommes également dans une phase de croissance plus limitée des bénéfices des sociétés conjuguée à un ralentissement de la croissance mondiale.

Nous pensons que les obligations restent attractives, de manière sélective : dans cette classe d’actifs, nous donnons la préférence aux emprunts d'Etat américains à courte échéance, aux obligations d’entreprises en USD (de type ‘Investment Grade’) et aux obligations des pays émergents en USD.

Vos placements sont-ils toujours adaptés à la réalité économique ? Vous souhaitez un conseil ?

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