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En résumé

Quelles sont les conséquences de ces faibles taux pour l’épargnant et l’investisseur ? Cette situation est-elle appelée à perdurer ? Qui détient la clé d’une solution ? Entretien croisé avec Paul De Grauwe et Marc De Ceuster.

Comment se fait-il que les taux soient au plus bas depuis dix ans ?

Marc De Ceuster: “La Banque centrale européenne (BCE) semble être d’avis que la croissance économique doit être stimulée en maintenant les taux à un niveau plancher, afin de favoriser le crédit.”

Cette politique porte-t-elle ses fruits ?

“La BCE parvient à maintenir les taux à un niveau très réduit, c’est un fait. Mais cette politique se traduit-elle par une croissance économique ? Certains prétendent que les choses seraient encore bien pires si les taux n’avaient pas été baissés, mais il s’agit là d’un argument qu’il est difficile d’objectiver.”

Paul De Grauwe: “Les faibles taux n’ont presque aucun effet. Aujourd’hui, à l’heure où les taux sont même négatifs, la BCE ne dispose plus d’aucun levier pour stimuler l’économie. L’impulsion doit désormais venir de l’extérieur du système : les États doivent accroître leurs investissements publics.”

D`accord, mais l’Europe sanctionne les déficits excessifs...

“Cette politique est un peu farfelue. L’Europe n’a d’yeux que pour le passif du bilan, à savoir les dettes. Mais, pour savoir si une entreprise est en bonne santé, tous les professeurs d’économie du monde vous diront qu’il faut aussi regarder l’autre colonne, celle des actifs ! Un État qui investit dans les infrastructures, les transports en commun ou les énergies renouvelables crée de précieux actifs, dont le rendement est supérieur aux dettes contractées. Or, le taux qui s’applique à ces dettes est historiquement bas. Je ne dis pas que les Etats doivent jeter l’argent par les fenêtres, mais l’Allemagne peut actuellement emprunter à trente ans à un taux négatif. Et elle n’en profite pas ! À mon avis, il doit y avoir moyen de trouver des projets qui rapportent plus que du +0,5%, non ? On dirait que ces autorités sont enferrées dans une pensée unique, et qu’elles n’ont plus la capacité de réfléchir ‘en dehors du cadre’.”

“Le problème fondamental, c’est l’absence de confiance dans l’avenir. Or, quand les entreprises et les particuliers ont peur, ils thésaurisent. Si les États se mettent à investir, ils donneront un signal fort, restaureront la confiance et créeront un effet d’entraînement. J’espère qu’on y arrivera.”

Quelles sont les conséquences des faibles taux pour les investisseurs ?

Marc De Ceuster: “L’objectif de la BCE est de rendre le crédit à ce point bon marché que les projets d’investissement poussent comme des champignons. Attention toutefois car plus on descend la barre du financement des projets, plus on court le risque de financer des projets moins solides. Et plus les investisseurs risquent de ne pas récupérer leur capital à l’échéance. La question est donc de savoir si l’investisseur est suffisamment rémunéré pour le risque qu’il prend. Cette question reste ouverte.”

“La situation actuelle est comparable à un célèbre test comportemental. À une population donnée, on propose un choix : opter soit pour une somme qu’on gagne à coup sûr, soit pour un bénéfice double, mais avec le risque de tout perdre. Face à une telle alternative, le commun des mortels opte pour la sécurité. Par contre, lorsque l’alternative devient ‘une perte certaine’ ou ‘une perte doublée, mais avec une chance d’échapper complètement à la perte’, les attitudes changent et la majorité opte pour le risque. C’est le scénario dans lequel se trouvent maintenant les investisseurs : le livret d’épargne ne rapporte plus rien, donc on s’aventure en bourse. Tant que ce risque est pris avec des actifs dont les investisseurs peuvent se passer, aucun problème, à condition qu’ils aient conscience des risques qu’ils encourent.”

Cette situation est-elle sans précédent ?

Paul De Grauwe: “Non. Par le passé, il y a déjà eu des périodes au cours desquelles les épargnants ont subi des pertes nettes, et même bien davantage qu’aujourd’hui. À la fin des années 70 et au début des années 80, le livret d’épargne rapportait jusqu’à 10%, mais l’inflation flirtait avec les 15%. Les épargnants ont donc perdu beaucoup plus qu’aujourd’hui, mais ils n’en avaient pas conscience, car ils étaient aveuglés par des taux d’intérêt nominaux à deux chiffres sur leur épargne.”

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Paul De Grauwe (1946)

Il est professeur à la London School of Economics & Political Science. Il fait partie de l’équipe de rédaction de magazines économiques réputés et est membre du conseil économique du président de la Commission européenne.

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Marc De Ceuster (1962)

Il est docteur en Sciences économiques appliquées et licencié en Droit. Il est professeur d’Économie financière à l’Université d'Anvers. Il est l’auteur de publications dans divers magazines internationaux. Il est éditeur associé de ‘Studies in Economics and Finance’.

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