En résumé

  • L’économie mondiale a atteint un pic de croissance en 2018 et a amorcé depuis un certain temps une phase de ralentissement.
  • Les USA demeurent le bastion de la croissance. Les conflits commerciaux ont pesé sur la croissance chinoise et sur celle de la zone euro, cette dernière étant également en proie à des problèmes politiques.
  • Il est toutefois prématuré de parler de récession : en 2019, la croissance se maintiendra à un niveau acceptable.

L’évolution du paysage macroéconomique dépendra beaucoup de la tournure que prendront les pourparlers commerciaux entre les États-Unis et la Chine. Les deux poids lourds mondiaux poursuivent leurs négociations visant à éviter l’instauration de nouveaux tarifs douaniers américains.

Les prochaines semaines pourraient être décisives. Pour l’Europe, les deux enjeux clés sont le Brexit (et surtout la manière dont il aboutira) et l’éventuelle décision des États-Unis de taxer les importations de voitures étrangères.

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Les USA, bastion de la croissance

Les États-Unis sont la principale région du monde où la croissance se maintient à un bon niveau. Cette croissance devrait ralentir, tout en restant solide. Si les USA continuent de croître jusqu'en juin, le pays signera la plus longue période d’expansion économique de son histoire.

La croissance américaine est portée par la demande intérieure. La confiance des ménages est au beau fixe, grâce notamment à la bonne tenue de l’emploi. Le taux de chômage est inférieur à 4%. Cet élément vient à point nommé, au moment où les effets positifs des baisses d’impôts s’atténuent progressivement. À notre avis, les risques de récession en 2019 sont très faibles.

La banque centrale américaine (Fed) a opéré un tournant majeur. Après avoir relevé son taux directeur à quatre reprises en 2018, elle a décidé de marquer une pause prolongée dans son cycle de hausse des taux, le temps de voir comment l’économie US réagit face à la décélération de la croissance mondiale. La Fed prévoit par ailleurs de mettre un terme à la réduction de son bilan fin septembre 2019.

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Les problèmes de la zone euro

Le contraste entre les États-Unis et la zone euro est considérable. Là où l’économie US poursuit sa croissance, la zone euro a fortement ralenti. L’Italie – troisième économie de la zone euro – est entrée en récession à la fin de l’année 2018. L’Allemagne n’a évité ce sort que de justesse.

Contrairement aux États-Unis, la zone euro est beaucoup plus dépendante de ses exportations, qui sont impactées par le ralentissement mondial. Un moteur important de la croissance européenne ne tourne donc plus à plein régime. L’incertitude politique, notamment en Italie, pèse également sur le PIB. En Espagne, les élections anticipées ne devraient pas avoir d’effet négatif sur la croissance.

Nous anticipons que la zone euro évitera la récession cette année. Les exportations sont en recul et le secteur industriel est à la peine, mais la consommation des ménages reste bien orientée. Le taux de chômage a atteint un niveau plancher depuis 10 ans (7,8%), les salaires augmentent et le revenu réel disponible est en hausse.

La Banque centrale européenne (BCE) est confrontée à un problème. À la fin de l’année dernière, elle a mis fin à son programme de rachat d’obligations, après y avoir consacré 2.600 milliards d'euros. Malgré ce programme, l’inflation et la croissance restent faibles. Il n’est plus question de hausse de taux cette année mais de statu quo monétaire prolongé. Selon nous, une première hausse des taux d'intérêt ne devrait pas intervenir avant mars 2020. La BCE a par ailleurs annoncé de nouvelles mesures de financement en faveur des banques à partir de septembre 2019, pour que le robinet du crédit reste ouvert.

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Le Brexit impacte sévèrement le Royaume-Uni

La saga du Brexit impacte la zone euro, mais encore bien davantage le Royaume-Uni. L’année dernière, l’économie britannique a enregistré sa plus faible croissance en six ans. L’incertitude engendrée par le projet de sortie de l’UE pèse surtout sur les entreprises, qui diffèrent leurs investissements. Ceux-ci sont en baisse constante depuis quatre trimestres, soit la plus longue période de recul depuis la crise de 2008. Plusieurs multinationales ont même annoncé la relocalisation à l’étranger de certaines de leurs activités. L’impact négatif du Brexit se fait aussi ressentir dans le secteur crucial des services, où la croissance s’est enrayée. Enfin, le marché immobilier souffre également de l’incertitude.

Les négociations à rallonge compliquent la tâche de la Banque d’Angleterre. L’épais brouillard qui entoure le Brexit rend impossible toute prévision économique digne de ce nom, de sorte que la Banque d’Angleterre se retrouve pieds et poings liés. Au vu du blocage persistant au Parlement britannique, le Royaume-Uni a obtenu de l’UE un report de la date prévue du Brexit (courte extension de l’Article 50) afin de tenter de sortir de l’impasse actuelle et surtout d’éviter le scénario catastrophe d’un Brexit dur. Si la Chambre des communes vote en faveur de l’accord négocié par Mme May, la date du Brexit sera reportée jusqu’au 22 mai prochain. Dans le cas contraire, le Royaume-Uni aura jusqu’au 12 avril pour préciser ses intentions.

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Ralentissement dans les pays émergents

Après avoir enregistré une croissance proche de 5% en 2018, les pays émergents font également face à un ralentissement. En Asie, la croissance devrait cependant rester relativement robuste, grâce à la demande intérieure.

En Chine, le conflit commercial avec les États-Unis et la réduction de l’endettement – qui va de pair avec les réductions de capacités dans l’industrie lourde - pèsent sur la croissance. Le gouvernement table pour cette année sur une croissance comprise entre 6 et 6,5%, et Pékin a annoncé des baisses d’impôts (particuliers, entreprises) et des taux d’intérêt pour contrer le ralentissement en cours. La croissance a fléchi l’an dernier à son niveau le plus bas depuis 1990 mais, en raison du poids considérable de l’économie chinoise, le pays continue à contribuer le plus (pour environ 30%) à la croissance mondiale.

L’Inde devrait encore connaître une forte croissance cette année. La grande question est toutefois de savoir si le Premier ministre Narendra Modi – qui est l’initiateur de nombreuses réformes économiques – restera au pouvoir après les élections en avril et mai. Ce scrutin déterminera si les indispensables réformes seront poursuivies ou non.

En Amérique latine, les fondamentaux économiques sont plus faibles et la situation politique est beaucoup moins stable qu’en Asie. Le Venezuela et l’Argentine se préparent à vivre une nouvelle année de récession, après une année 2018 déjà très douloureuse. Au Brésil et au Mexique, qui pèsent ensemble 70% du PIB de la région, de nouveaux présidents sont récemment arrivés au pouvoir. La question est de savoir s’ils seront en mesure d’assainir les finances publiques, d’instaurer les réformes économiques requises et de lutter contre la corruption. Le président brésilien peut compter sur l’appui de la banque centrale qui, grâce à la faible inflation, maintient les taux à un niveau historiquement bas de 6,5%. En revanche, l’inflation tenace au Mexique signifie que les taux y resteront jusqu’à nouvel ordre à leur plafond historique de 8,25%.

Perspectives de croissance 2019 – 2020
(PIB réel, en %)
2019 2020
Monde 3,5 3,5
États-Unis 2,6 2,1
Zone euro 1,3 1,4
Allemagne 1,0 1,4
Royaume-Uni 1,5 1,6
Japon 0,7 0,6
Chine 6,0 6,0
Inde 7,8 8,0
Brésil 2,0 2,2
Russie 1,5 1,5

Source : Deutsche Bank Wealth Management, février 2019

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