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Résumé

  • Rogier De Langhe : « Selon le schéma traditionnel, il y a deux manières d’organiser une économie: le marché ou les pouvoirs publics. L’économie collaborative échappe à ce schéma. Or, nous n’en sommes qu’à ses balbutiements. »
  • Vicky Franssen : «  Il n’est pas possible d’endiguer l’essor de l’économie collaborative, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable. Par contre, il est possible de l’encadrer. »

« Et ce n’est qu’un début ! »

Rogier De Langhe
philosophe de l’économie
| UGent

« L’économie collaborative se résume à une combinaison de réseaux et de plateformes. Les plateformes, telles qu’Uber ou Airbnb, permettent le développement des réseaux. Mais ce sont les réseaux - les utilisateurs – qui créent la valeur ajoutée, et ce d’une manière tout à fait inédite dans l’histoire du monde.

Selon le schéma traditionnel, il y a deux manières d’organiser une économie : le marché ou les pouvoirs publics. L’économie collaborative échappe à ce schéma. Prenez l’exemple de Wikipedia ou de YouTube: sur ces plateformes, le public crée des contenus gratuits qui, en d’autres temps, auraient été payants. Dans une économie de marché classique, un tel concept aurait été impensable. Au début, tout le monde leur a prédit une mort certaine. Or, voyez ce qu’elles sont devenues.

Grâce au smartphone, ces initiatives ont pu sortir de leur cocon initial, prendre de l’ampleur et se ramifier dans l’économie réelle. Au début, la caméra digitale n’a eu d’impact que sur le secteur photographique mais, grâce au smartphone et à Facebook, chacun s’est découvert une âme de journaliste, au point de menacer la viabilité de ce secteur.

Jadis, une plateforme collaborative aurait compté 150 membres; aujourd’hui, on recense 2 milliards d’utilisateurs Facebook. Plus que la population mondiale au début du 20e siècle. Et ce n’est qu’un début ! Il est impossible de prédire l’évolution de telles économies essaimantes.

Les pays réagissent, ce qui est normal. Il n’existait auparavant qu’une seule plateforme – l’État – qui organisait le marché, veillait à l’application du droit de la propriété, etc. Dans l’économie collaborative, les plateformes endossent ce rôle, en dépassant l’échelle des États nations. Il est donc logique que les pays se sentent menacés. Selon moi, ils ont cependant tort de s’attaquer aux plateformes. Ils parviendront peut-être à éradiquer l’une ou l’autre d’entre elles, mais leurs réseaux sous-jacents referont surface sous une autre forme, ou continueront à fonctionner clandestinement. Et là, les États auront définitivement perdu le contrôle... »

« Un cadre est nécessaire »

Vicky Franssen
psychologue et chercheuse
| Haute Ecole Artevelde

« Avec notre groupe d’étude, nous nous sommes intéressés aux raisons qui poussent les gens à participer à des initiatives collaboratives. Ces motivations changent et évoluent. Au début, on propose une chambre via Couchsurfing mais, avec l’avènement d’Airbnb, on en vient très vite à souhaiter faire un petit bénéfice sur cette location. Dans un troisième temps, on en fait un business, avec lequel on gagne plus d’argent que via un bail locatif classique.

Tant que l’initiative est réellement collaborative et anticonformiste, pas de problème. Les dérives n’apparaissent qu’ensuite, quand la plateforme prend de l’ampleur. Les secteurs traditionnels – qui sont tenus de se conformer aux règles, eux – sont mis sous pression en raison de l’envergure que prennent certains systèmes collaboratifs ou plateformes digitales, au sein desquels des personnes ‘commercent’ entre elles. Sur Airbnb, on trouve bien sûr de ‘petits propriétaires’ qui proposent leur bien à la location, mais aussi des entreprises à part entière, qui achètent des biens immobiliers pour les mettre en location sur cette plateforme. L’interaction sociale, qui était une des motivations de base de nombreuses initiatives collaboratives, a très vite généré son exacte antithèse: une pléthore de touristes bruyants et de voisins différents, qui nuisent à l’objectif ultime de cohésion sociale. Des villes comme Gand, Barcelone ou Amsterdam ont commencé à prendre des mesures pour éviter ces excès. Et c’est une bonne chose.

Comprenez-moi bien, je ne veux pas dire par là que les systèmes collaboratifs avec transaction financière sont nécessairement négatifs. Il n’est pas possible d’endiguer l’essor de l’économie collaborative, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable. Par contre, il est possible de l’encadrer. »

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