En résumé

  • Boris Johnson a été élu à la tête du parti conservateur britannique. Il remplace dès ce 24 juillet Theresa May en tant que Premier ministre.
  • La réaction du marché (livre sterling, indice FTSE et Gilts) a été tempérée. Les marchés avaient déjà anticipé le résultat, étant donné que M. Johnson était le favori des bookmakers et des « Tories ».
  • La victoire de Johnson a augmenté le risque d'un « Brexit dur » (à savoir un Brexit sans accord). De nombreux scénarios restent toutefois sur la table d’ici à l'échéance officielle, le 31 octobre 2019.
  • Les incertitudes élevées liées au Brexit pourraient peser davantage sur les actifs financiers britanniques au cours des prochains mois. Il convient de rester prudent.

1. Le fil des événements

Le nouveau leader du parti conservateur britannique est connu ! Ce mardi 23 juillet, environ 139.000 membres du Parti conservateur avaient à choisir entre Jeremy Hunt et Boris Johnson. Ce dernier a remporté la victoire avec une avance conséquente (66% contre 34%). En tant que vainqueur, il dirigera non seulement le parti conservateur, mais remplacera aussi Theresa May comme prochain Premier ministre britannique. Ce résultat aura notamment des répercussions sur le Brexit, puisque M. Johnson a encore durci sa position pendant sa campagne.

M. Johnson est considéré aujourd'hui comme un ardent défenseur d'un Brexit sans accord et en particulier si de nouvelles négociations avec l’Union européenne n'aboutissent pas à une modification de l'accord de retrait actuel et/ou de la déclaration sur les relations futures entre le Royaume-Uni et les 27 pays de l’Union. L’ancien maire de Londres a promis aux membres conservateurs, et à l'ensemble des britanniques, un Brexit quoi qu’il advienne d'ici le 31 octobre qui est la date limite officielle pour la sortie du Royaume-Uni de l'UE.

Quelles sont les prochaines étapes du Brexit ?

M. Johnson est en faveur d’un accord de libre-échange de type canadien entre le Royaume-Uni et l'UE. Il souhaite également que le fameux « backstop » irlandais soit limité dans le temps.

La tournure des événements dépendra évidemment de la réaction de l'UE à ces idées, de la possibilité de négocier une version corrigée de l'actuel accord de retrait dans ce sens (ce qui ne sera probablement pas le cas), qui devrait le cas échéant être soumise au vote du Parlement britannique. Si cela ne s’avère pas possible, M. Johnson pourra essayer d'emprunter - comme il s'y est engagé - la voie d’un Brexit dur. Ce scénario générerait un nouveau flux d'informations négatives et davantage d'incertitudes, voire même entraîner une crise constitutionnelle au Royaume-Uni. Un certain nombre de députés conservateurs dissidents pourraient également voter contre le gouvernement afin de bloquer un Brexit dur.

Si cela se produit, le spectre d'un autre référendum ou d'une élection générale (et avec cela le risque d'un gouvernement dirigé par le leader travailliste Jeremy Corbyn) serait de nouveau sur la table. Nous pourrions donc nous diriger vers un Brexit dur, dans lequel les conservateurs perdraient le pouvoir et/ou un Brexit qui serait renversé.

2. Comment les marchés ont-ils réagi ?

Une victoire de Johnson, et donc un risque plus élevé de Brexit sans accord, ont été anticipés et étaient donc largement reflétés dans les prix des actifs au Royaume-Uni ces dernières semaines. C'est particulièrement le cas pour la livre sterling qui s'est dépréciée contre l'euro (de 0,85 à 0,90) et contre le dollar américain (de 1,32 à 1,24) ces dernières semaines.

Soulignons que les marchés ont probablement écarté certains des risques à la baisse associés à un Brexit sans accord, dans la mesure où ceux-ci sont prévisibles... Les marchés des capitaux sont en effet rarement choqués par des événements auxquels ils ont eu trois ans pour se préparer.

3. Quel impact pour les investisseurs ?

Les perspectives du Royaume-Uni restent très incertaines : nous avons donc un nouveau Premier ministre et très bientôt un nouveau ministre des Finances (Chancelier de l’Echiquier) mais aussi des décisions concernant le prochain gouverneur de la Bank of England (banque centrale d’Angleterre) au cours des prochains mois. En outre, la date limite pour le Brexit approche à grands pas et le temps presse. Le Parlement britannique entamera en effet les vacances d'été à la fin de cette semaine et ne reviendra pas avant le 3 septembre. Il est très peu probable que l'UE propose une nouvelle prolongation, à moins que cela ne s'inscrive dans le contexte d'une nouvelle élection et/ou d'un deuxième référendum. Nous voyons une probabilité de 10% d'aboutir à un éventuel accord sur le Brexit, de 45% d’arriver à un Brexit dur et de 45% de voir le Royaume-Uni rester dans l’UE. Si le processus se termine avant le 31 octobre, la probabilité d'un Brexit dur augmentera.

La victoire de Johnson peut impacter de différentes manières les actifs britanniques, et ceci en fonction des scénarios de Brexit qui se dessineront pour le 31 octobre. Si M. Johnson opte réellement pour un Brexit «  dur » (sans accord), cela pourrait assombrir davantage les perspectives de l'économie britannique en 2020, déjà affectée par un sentiment négatif sur la consommation, l'investissement et le commerce. A ce titre, les données du PIB du 2e trimestre sont attendues pour le 9 août. En cas de Brexit dur, différentes mesures sont envisageables comme par exemple une forte réduction des impôts et une hausse des dépenses fiscales ou des réductions de taux par la Bank of England et une nouvelle série d'assouplissements quantitatifs. Par conséquent, nous nous attendons à une volatilité accrue sur la livre sterling avec une tendance à la baisse à l'approche de l'échéance du Brexit – bien sûr en fonction des nouvelles et de la stratégie de M. Johnson et de l'UE.

En conclusion

Nous suggérons de rester prudents sur les actifs financiers britanniques bien que les valorisations, en particulier celle de la livre sterling, soient devenues attrayantes à première vue. Nous nous en tenons à nos deux principes de base jusqu'à la fin de toute la saga : premièrement, « Rien n'est décidé tant que tout n'est pas décidé » et deuxièmement, « Espérer le meilleur et se préparer au pire ». Nous reviendrons bien entendu sur la composition du nouveau gouvernement de M. Johnson et la stratégie qui sera adoptée pour le Brexit.

Vos placements sont-ils toujours adaptés à la réalité économique ?

Appelez nos experts de Talk & Invest au 078 156 157.

Prenez rendez-vous dans votre Financial Center au 078 155 150.

Articles liés