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Après l’échec cuisant de l’abrogation de la loi sur l’assurance-santé (Obamacare), Donald Trump a finalement obtenu sa première grande victoire législative. L’accouchement fut long et douloureux mais le Congrès américain a finalement voté la mise en œuvre d’une réforme fiscale. Quels sont les grands axes du « Tax Cuts and Jobs Act »? Quel impact en attendre sur la croissance économique et sur les différentes classes d’actifs ? Petit tour d’horizon.

La réforme fiscale la plus importante depuis 30 ans

Au terme d’intenses tractations, la Chambre des Représentants et le Sénat US ont voté fin 2017 la réforme fiscale dont le président Trump avait fait l’une des grandes priorités de son mandat. Les principales dispositions de ce qui constitue la plus importante réforme du code des impôts US depuis 30 ans sont les suivantes.

1. Pour les entreprises

Pour les entreprises, la mesure-phare de la réforme est la baisse du taux de l’impôt des sociétés de 35% à 21%, ce qui le place désormais sous la moyenne des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Les entreprises pourront aussi bénéficier de l’amortissement immédiat de l’intégralité des dépenses d’investissement (hors immobilier). Enfin, les bénéfices des multinationales US détenus à l’étranger sous forme de cash seront taxés au taux préférentiel de 15,5% (contre 35% auparavant).

2. Pour les particuliers

Pour les particuliers, le barème progressif de 7 tranches d’imposition est maintenu mais la plupart des taux d’imposition par tranche ont été réduits. A ce titre, le taux d’impôt marginal sur le revenu a été abaissé de 39,6% à 37%. De plus, le montant des frais forfaitaires déductibles a été doublé (24.000 dollars pour un couple marié). C’est aussi le cas du crédit d’impôt par enfant à charge (2.000 dollars) qui profitera à plus de ménages suite au relèvement du plafond de revenus pour y être éligible. Un aspect important de la réforme fiscale est que la baisse du taux de l’impôt des sociétés revêt un caractère permanent alors que les mesures pour les particuliers sont temporaires et prendront fin en 2025.

De l'huile dans le moteur de la croissance

La réforme fiscale devrait ajouter de l’huile dans le moteur d’une croissance qui tourne déjà à un rythme soutenu. D’une part, les réductions d’impôts vont stimuler la consommation privée vu qu’environ 80% des ménages verront en pratique leur feuille d’impôts diminuer. D’autre part, les entreprises devraient tirer parti des incitants fiscaux pour investir davantage. De manière concrète, nous anticipons un impact positif sur la croissance du PIB de 0,3% en 2018 et en 2019, augmentant ainsi les chances de l’expansion en cours de devenir la plus longue de l’histoire des Etats-Unis.

La baisse de l’impôt des sociétés se traduira par des bénéfices nets plus importants. Le nombre de sociétés du S&P 500 ayant revu leurs bénéfices à la hausse après l’adoption de la réforme fiscale a d’ailleurs été le plus élevé depuis plus de 2 ans. De fait, nous anticipons une croissance bénéficiaire de 12% pour le S&P 500 en 2018, dont plus d’un tiers lié à l’effet des mesures fiscales. Ce sont surtout les petites et moyennes entreprises actives aux Etats-Unis et qui paient le plus d’impôts qui profiteront de la réforme. Sur le plan sectoriel, l’énergie, les financières, l’industrie, les télécoms ou encore la consommation cyclique apparaissent comme des gagnants relatifs.

Revers de la médaille : un coût budgétaire non négligeable

Estimés à 1.500 milliards de dollars sur 10 ans, les allègements fiscaux auront un coût budgétaire non négligeable. Leur financement et l’augmentation du déficit public vont se traduire par une hausse des émissions d’emprunts d’Etat US. Venant se greffer à une croissance solide et à une inflation en hausse, cette offre supplémentaire devrait aussi contribuer à la remontée des taux obligataires et, par conséquent, peser sur les cours des Bons du Trésor US. Dans le segment du crédit, les entreprises Investment Grade devraient davantage profiter de la réforme fiscale que les entreprises High Yield : ce sont elles qui détiennent la majorité des liquidités à l’étranger et elles seront moins pénalisées par la limite de 30% à la déduction des charges d’intérêt au vu de leur endettement plus faible.

Les effets sur le dollar US sont plus difficiles à estimer mais la poursuite attendue d’une croissance robuste et des taux d’intérêt plus élevés devraient jouer en sa faveur.

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