En résumé

  • La Chine a rendu coup pour coup aux États-Unis depuis le déclenchement des hostilités par Donald Trump
  • Une guerre commerciale généralisée est néanmoins peu probable : les deux économies sont dépendantes l’une de l’autre et sortiraient perdantes d’un tel conflit
  • La raison devrait en définitive l’emporter. Mais des rebondissements restent possibles dans ce dossier qui continuera à tenir les marchés en haleine.

Alors que les investisseurs n’étaient pas encore remis des turbulences boursières de début février, ils ont été cueillis à froid par l’offensive protectionniste de Donald Trump. De fait, le président américain a récemment donné le coup d’envoi des hostilités en annonçant une hausse des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium et en ciblant ensuite ouvertement la Chine pour violation de la législation sur la propriété intellectuelle. Les ingrédients d’un suspense haletant semblent réunis et il n’en fallait pas plus pour que les indices boursiers s’affolent. Mais se dirige-t-on inéluctablement vers une guerre commerciale entre les deux principales puissances économiques de la planète susceptible de faire capoter l’expansion globale ? Tour d’horizon.

L’offensive de Trump

Irrité par un déficit commercial US qui a atteint l’an dernier son plus important niveau depuis 2008, Donald Trump a choisi de passer à l’offensive en annonçant une hausse sensible des droits de douane sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%). Il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant de voir le locataire de la Maison-Blanche pointer du doigt la Chine pour vol de savoir-faire et envisager, dans la foulée, de frapper de taxes jusqu’à 60 milliards de dollars d’importations chinoises. La réponse du berger à la bergère a fusé, la Chine menaçant à son tour de taxer toute une série de produits américains. Les craintes de voir la situation dégénérer en une guerre commerciale de nature à porter préjudice à la croissance mondiale et aux bénéfices des sociétés ont vite contaminé les grandes places financières. A tel point que les gains engrangés après l’adoption de la réforme fiscale US se sont évaporés.

Les mesures dans les faits

Si les inquiétudes des marchés financiers sont légitimes au vu de l’importance de l’enjeu, plusieurs points méritent l’attention. Les Etats-Unis ont déjà dispensé le Mexique et le Canada des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium et l’Europe pourrait in fine bénéficier du même traitement en acceptant de restreindre ses exportations en la matière. Par ailleurs, les Etats-Unis ont donné peu de détails sur le calendrier des mesures et les produits chinois visés par celles-ci. De même, la Chine est restée vague sur le timing des mesures de rétorsion envisagées. Enfin, les montants évoqués restent faibles (le montant de 60 milliards de dollars équivaut par exemple à moins de 3% des exportations totales de la Chine) et devraient occasionner peu de dégâts économiques. A ce stade, cela semble donc indiquer que la rhétorique commerciale est beaucoup plus agressive que la volonté d’infliger de lourdes sanctions et que la porte reste ouverte au dialogue.

Faut-il craindre l’escalade ?

Si Washington fait passer le message à Pékin qu’elle n’acceptera plus des pratiques anti-concurrentielles comme le dumping et qu’elle entend mieux défendre sa propriété intellectuelle, nous ne croyons pas au scénario d’une guerre commerciale. Les deux économies sont dépendantes l’une de l’autre et sortiraient perdantes d’un tel conflit. Les États-Unis importent beaucoup de produits de consommation chinois. Une hausse des droits de douane sur ceux-ci se traduirait rapidement par une accélération de l’inflation et finirait par affecter la croissance américaine. La Chine pourrait aussi réduire son appétit pour les Bons du Trésor US et cibler les intérêts américains en Chine. En cas d’escalade, la Chine verrait de son côté sa croissance ralentir davantage, le déclin des exportations s’ajoutant à la baisse des dépenses d’investissements en infrastructures voulue par les autorités. Les États-Unis pourraient aussi agir pour limiter les investissements chinois sur leur territoire. Néanmoins, la raison devrait l’emporter et nous attendons des négociations intenses ces prochaines semaines en vue d’arriver à un nouvel équilibre acceptable pour les deux parties. Avec M. Trump comme protagoniste et une Chine décidée à lui répondre du tac au tac, ce dossier épineux devrait cependant encore nous valoir des rebondissements et jouer avec les nerfs des investisseurs pendant un certain temps.

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