En résumé

  • L’été a été particulièrement favorable à l’euro, qui a subitement gagné du terrain par rapport au dollar.
  • La monnaie unique a atteint un niveau de 1,20 USD pour la première fois depuis début 2015.
  • A long terme cependant, les fondamentaux économiques et les politiques monétaires restent plus favorables au dollar qui devrait donc regagner le terrain perdu.

Que s’est-il passé ?

L’euro vient de franchir le cap de 1,20 face au dollar américain (USD) et se retrouve au plus haut depuis janvier 2015.

Cette tendance à l’appréciation de l’euro n’est pas neuve, comme nous l’écrivions début juilllet. L’élément nouveau, c’est qu’à son niveau actuel l’euro se rapproche d’une résistance importante, qui se trouve à 1,2167 EUR/USD. En analyse technique, une résistance est un niveau que le cours d’un titre a du mal à franchir à la hausse. Lorsqu’il y arrive, une accélération de la hausse à court terme est à prévoir. En clair : si l’euro passe 1,2167 USD, son appréciation pourrait continuer à court terme.

Il est donc important de comprendre les raisons de ce mouvement. Le renforcement de l’euro coïncide tout d’abord avec le lancement répété de missiles nord-coréens, dont celui au-dessus du Japon. Au-delà de ce contexte géopolitique tendu, d’autres raisons - plus essentielles - expliquent l’appréciation de l’euro et l’accès de faiblesse du dollar. Du côté américain de l’équation, la raison la plus évidente réside dans le fait que les marchés sont de plus en plus déçus par l’administration Trump, qui tarde à délivrer des résultats concrets et qui offre peu de clarté sur le cap qui sera suivi dans le futur. D’autre part, au niveau de la politique monétaire, les opérateurs de marché semblent de plus en plus douter d’une nouvelle hausse de taux de la Fed à court terme. Du côté européen de l’équation, la confiance des entreprises et des ménages s’est nettement améliorée suite aux résultats positifs des grandes élections de début d’année. Les marchés s’attendent désormais à ce que la BCE annonce le début de la fin de ses rachats d’actifs, ou du moins des détails sur son timing, encore cette année.

Nos prévisions et l’impact sur les marchés

A court terme, l’environnement favorable dans lequel se trouve l’euro pourrait se poursuivre, plus particulièrement si la BCE annonce un changement de cap de sa politique monétaire lors de l’une de ses prochaines réunions. Nous pensons que la BCE peut vivre avec un euro fort, pour autant qu’à court terme, elle puisse maintenir les taux d’intérêt des pays périphériques de la zone euro à un niveau bas, afin de faciliter leurs conditions de refinancement. La vigueur de croissance économique en zone euro pourrait aussi contribuer à réduire quelque peu l’impact d’un euro fort sur les bénéfices des entreprises européennes. En effet, on estime qu’une hausse de 10% de l’euro par rapport au dollar réduit de 6% les bénéfices des sociétés européennes. Ceci dit, on n’assistera pas tout de suite au retour de la confiance dans l’administration Trump et l’inquiétude des marchés pourrait aussi grandir lorsque l’an prochain, la question du remplacement de Janet Yellen à la présidence de la Fed, se posera.

A long terme cependant, l’euro pourrait rencontrer quelques obstacles. Premièrement, certains évènements de début d’année comme les élections au Pays-Bas et en France sont désormais intégrés dans les cours, et pourraient avoir moins d’influence.

Ensuite, l’Italie doit toujours voter, ce qui pourrait apporter son lot d’incertitudes. Enfin, l’euphorie autour du président français Emmanuel Macron – qui a grandement contribué à la vue positive des marchés sur l’Europe politique – pourrait s’évaporer, au gré des difficultés à mettre en place les réformes du marché du travail et d’autres réformes importantes. Le Brexit demeure lui aussi une épine dans le pied de l’Union européenne. La tendance récente d’appréciation de l’euro pourrait donc s’étioler à plus long terme, en particulier si la Fed poursuit sa politique de resserrement monétaire, ce que nous pensons.

A ce stade, nous ne voyons donc pas de besoin immédiat de modifier nos prévisions. Nous nous attendons actuellement à un taux de change de 1,10 EUR/USD à fin juin 2018. Ceci est largement basé sur le fait que les fondamentaux économiques et la différence de taux continuent de jouer en faveur du dollar par rapport à l’euro. Il est entendu que nous suivrons de près pour vous l’évolution des devises.

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