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Référendum en Turquie : courte victoire du « oui »

Référendum en Turquie : courte victoire du « oui »


Les électeurs turcs ont voté en faveur d’une réforme de la Constitution, ce qui renforce considérablement les pouvoirs du président Erdogan. Notre analyse.

Le référendum

Le 16 avril dernier, les électeurs turcs ont voté à une courte majorité de 51,3% (résultat provisoire) en faveur d’une réforme de la Constitution portant sur une série de 18 amendements, y compris le renforcement substantiel des pouvoirs du président. Le référendum avait été proposé par le Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir et par le Parti d’action nationaliste (MHP). Ce résultat, contesté par l’opposition, est plus serré que ce qu’avaient prédit la plupart des sondages avant le référendum et il semble que le camp du « non » l’ait emporté dans des grandes villes comme Istanbul, Ankara ou encore Izmir.

Les amendements proposés stipulent que les prochaines élections présidentielles et parlementaires se dérouleront en novembre 2019, moment auquel les principaux points de la réforme de la Constitution entreront en vigueur. La possibilité d’élections anticipées ne peut cependant pas être exclue. Il ne fait aucun doute que le président Erdogan, qui a bataillé ferme pour faire passer cette réforme, se représentera pour occuper ce poste de président renforcé.

Quels changements à venir ?

La réforme va remodeler la démocratie en Turquie en supprimant le poste de premier ministre et en déléguant les pouvoirs exécutifs au président. Ce dernier devient donc à la fois chef de l’Etat et du gouvernement. De plus, le président pourra directement nommer (et congédier) les ministres, préparer le budget, promulguer certaines lois par décret et choisir la majorité des membres du Conseil Supérieur des Juges et Procureurs.

Il pourra également dissoudre le parlement de sa propre autorité. Par ailleurs, le parlement perd sa prérogative d’examiner l’action des ministres. Il pourrait cependant toujours entamer une procédure de destitution à l’encontre du président avec une majorité des votes des parlementaires. Juger le président devant un tribunal nécessiterait une majorité des deux tiers. Enfin, la réforme prévoit que le président sera limité à deux mandats de cinq ans.

Quelles implications pour les marchés ?

Le marché d’actions turc avait déjà engrangé des gains avant la tenue du référendum, beaucoup d’investisseurs étant partis de l’hypothèse d’un vote favorable à la réforme constitutionnelle. A l’avenir, la croissance économique pourrait avoir davantage d’influence que les évolutions politiques sur les perspectives de marché. La croissance du PIB a rebondi à 3,5% en glissement annuel au 4e trimestre de l’an dernier suite aux mesures de relance décidées après le coup d’Etat manqué de juillet 2016. De plus, les indicateurs de confiance sont encourageants : l’indice des directeurs d’achats du secteur manufacturier est revenu en zone d’expansion et a atteint 52,3 points en mars, son meilleur niveau depuis fin 2015.

La volonté du gouvernement de maintenir la croissance à des niveaux élevés laisse entrevoir un potentiel haussier, bien qu’un degré d’incertitude politique subsiste avec la possibilité d’élections anticipées.

L’inquiétude relative au déficit courant élevé de la Turquie (estimé à 4,4% du PIB en 2017) pourrait toutefois peser sur la devise à l’avenir. Une dépréciation supplémentaire de la lire turque pourrait encore faire grimper l’inflation, qui a déjà atteint 11,3% en mars. Une lire plus faible pourrait aussi favoriser un rebond des exportations de biens mais la preuve d’une plus grande stabilité politique domestique pourrait être nécessaire pour assister à une reprise dans le secteur clé du tourisme.



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