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En résumé

  • Investir de manière rationnelle, c'est le rêve de tout investisseur. En réalité, nous nous laissons souvent guider par nos émotions (et celles d'autrui).
  • Raison et émotions. Entretien avec Werner De Bondt, une des sommités mondiales de la finance comportementale.

Comment expliquer que la plupart des investisseurs commettent systématiquement les mêmes erreurs ?

“Parce que ce comportement émotionnel est inscrit dans nos gènes. Le monde a beau avoir changé radicalement à travers les siècles, nos réactions instinctives sont restées les mêmes. Voilà pourquoi les investisseurs reproduisent systématiquement les mêmes schémas. Cette 'reprogrammation' biologique est impossible sur un laps de temps aussi court. Un des schémas observés le plus fréquemment, c'est la propension des investisseurs à ne regarder que le passé récent. Quelles sont les actions, obligations ou fonds qui ont performé au cours des derniers mois ou années ? Parfait, j'achète ! Cette attitude existe depuis toujours et ne va pas disparaître de sitôt. Or, en matière d'investissements, nous nous targuons d'agir rationnellement...”

Peut-on dire que les investisseurs professionnels investissent de manière plus rationnelle que les investisseurs particuliers ?

“Les investisseurs institutionnels ont effectivement une longueur d'avance :

  • Ils bénéficient d'un meilleur accès à l'information.
  • Ils peuvent s'appuyer sur un réseau d'experts.
  • Ils sont au centre des marchés financiers, au propre comme au figuré.
  • Ils ont davantage de temps et de moyens pour s’occuper des investissements.”

“L'investisseur particulier ne dispose pas de ce réseau et de ces ressources. Cette 'longueur d'avance' ne permet toutefois pas aux investisseurs institutionnels de prédire l'avenir. Ce n'est pas parce que l'on connaît par cœur toutes les lois de la physique qu'on peut prédire la météo de la semaine prochaine!”

“Comme les investisseurs professionnels comprennent mieux les tenants et aboutissants des marchés financiers, ils disposent d'un autre avantage : la capacité de garder son calme. Les particuliers, moins informés, auront tendance à paniquer plus vite ou, à l'inverse, à verser à tort dans l'euphorie.”

Maîtriser ses émotions, est-ce possible ?

“Oui et non. Il est certes possible d'apprendre à mieux se connaître et s'entraîner à décider de manière plus cohérente, mais le bouton 'on/off' pour contrôler ses émotions, ça n'existe pas. Je conseille aux investisseurs chevronnés de lire des ouvrages à ce sujet. Pour commencer, je recommande The Art of Thinking Clearly, de Rolf Dobelli.”

“Quant à mes étudiants, je leur conseille de tenir un journal, dans lequel ils répondent quotidiennement à la question suivante : Quel sera l'état des marchés financiers dans 6 mois ? Cet exercice ne prend tout son sens que six mois plus tard, lorsqu'on relit ses pronostics. On constate alors que certains écueils jugés insurmontables ont disparu comme par enchantement. Ou que ce qu'on tenait pour impossible s'est produit malgré tout. C'est une manière instructive et amusante d'apprendre à (re)connaître ses propres émotions et schémas de pensée.”

Les fonds mixtes flexibles et les plans d'investissement périodique permettent-ils de désactiver l'émotionnel ?

“C’est certain. Ces produits sont gérés par des investisseurs institutionnels. Autrement dit, par des professionnels qui ne se laissent pas guider par leurs émotions du moment. Ces formules sont aussi à conseiller aux personnes qui changent souvent d’avis. Certains investisseurs ne modifient jamais leur portefeuille, tandis que d’autres en changent quotidiennement la composition. Avec ces produits, vous optez pour la voie médiane. Pour le juste équilibre, en quelque sorte.”

Werner De Bondt, 63 ans

Werner De Bondt
  • Anversois d'origine.
  • Diplômé de la KU Leuven. Titulaire d'un Ph.D. à la Cornell University d'Ithaca.
  • Fondateur de la chaire Richard H. Driehaus Center for Behavioural Finance à la DePaul University de Chicago. Professeur dans cette université.
  • Étudie depuis plus de 30 ans l'(ir)rationalité des investisseurs, des marchés et des organisations.
  • Est considéré comme un des pères fondateurs de la finance comportementale, aux côtés de Richard Thaler (prix Nobel).

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