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En résumé

  • Le feuilleton politique à rebondissements en Italie a fait souffler un vent de crise sur la zone euro.
  • Un gouvernement populiste n’est pas le scénario idéal pour les marchés financiers et pourrait entretenir la volatilité ces prochains mois.
  • Nous gardons un avis positif sur le marché d’actions de la zone euro à moyen terme mais la prudence reste de mise cet été.

Si un événement a éclipsé le reste de l’actualité sur les marchés financiers ces dernières semaines, c’est bien le feuilleton politique à rebondissements qui s’est déroulé en Italie et qui a fait souffler un vent de crise sur la zone euro.

Après plusieurs coups de théâtre, qui ont notamment vu le scénario d’élections anticipées tenir la corde suite au veto du Président italien Sergio Mattarella sur la nomination du ministre de l’Economie et des Finances, un gouvernement de coalition remanié entre le Mouvement 5 Etoiles et la Ligue a finalement obtenu le feu vert pour prendre les rênes du pays.

La perspective d’un gouvernement populiste, eurosceptique et peu soucieux de l’orthodoxie budgétaire n’est pas vraiment le scénario idéal pour les marchés financiers et pourrait entretenir la volatilité ces prochains mois.

La réaction des marchés

Les événements politiques qui ont affecté l’Italie ont brusquement fait sortir les marchés financiers de leur torpeur.

Sur les marchés obligataires, les emprunts d’Etat italiens ont été pris dans la tourmente et les taux se sont littéralement affolés. Le taux italien à 2 ans est sans nul doute le meilleur exemple de la panique qui a un moment régné : il s’est envolé à plus de 2,70%, soit +186 bps en l’espace d’une séance (1 bp = 0,01%), avant de finir le mois à moins de 1%. De son côté, le spread (écart de taux) entre le taux italien à 10 ans et le taux allemand à 10 ans a dépassé 280 points de base, un plus haut depuis 2013, avant de se calmer en partie.

Sur les marchés d’actions, la Piazza Affari de Milan a subi des dégagements importants, l’indice FTSE MIB lâchant plus de 9% en un mois tandis que, plombé par les valeurs financières, l’indice Euro Stoxx 50 a perdu 3,7%.

Sur le marché des changes, le regain d’incertitude politique a également valu à l’euro de connaître son pire mois face au dollar US depuis un an et demi.

Les fondamentaux économiques

En prenant du recul, force est de constater que la situation fondamentale de l’Italie et, pour le coup celles des pays périphériques, a évolué dans un sens favorable depuis la crise de 2011. De fait, les soldes budgétaires se sont améliorés dans tous les pays et la plupart d’entre eux affichent aussi des excédents primaires. De plus, les comptes extérieurs se sont également redressés et ces pays sont donc devenus nettement moins dépendants des financements externes.

Par ailleurs, bien qu’en retrait par rapport à d’autres pays européens, la croissance économique est retour dans la Péninsule et est jusqu’ici en ligne avec les prévisions inscrites dans le budget 2018. Enfin, la BCE reste présente sur le marché obligataire et des protections plus efficaces comme le Mécanisme européen de stabilité (MES) sont également disponibles.

Les perspectives

Malgré l’amélioration des fondamentaux économiques, ce sont les développements sur la scène politique qui dicteront la tendance à venir. Il faudra notamment voir quelle ligne le nouveau gouvernement italien adoptera par rapport à l’Europe. Les points de discorde sont nombreux, de l’immigration au fonctionnement de l’Union européenne en passant par le rejet de l’austérité.

A ce titre, le coûteux programme économique envisagé par le gouvernement Conte - coût estimé à plus de 100 milliards d’euros, soit 5% du PIB italien - risque bien de causer des frictions avec Bruxelles alors que la dette publique italienne culmine déjà à plus de 130% du PIB. En outre, l’Italie n’est certainement pas un exemple de stabilité sur le plan politique vu que le pays a déjà connu plus de 60 gouvernements depuis la fin de la 2e Guerre Mondiale ! On peut donc se poser la question de savoir si le nouvel exécutif italien, fruit d’un mariage entre deux extrêmes, résistera à l’usure du temps. Enfin, l’engagement de l’Italie vis-à-vis d’un euro souvent accusé de tous les maux restera un élément crucial.

Bien que nous maintenions un avis positif sur le marché d’actions de la zone euro à moyen terme, il s’agit là d’éléments qui incitent à rester prudents sur la région à l’entame d’une période estivale déjà traditionnellement plus volatile sur les marchés financiers.

Bon à savoir : qu’est-ce que le MES ?

Le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) est un fonds de sauvetage permanent créé en 2012 pour fournir des prêts aux pays en difficultés de la zone euro. L’aide est accordée, sous stricte conditionnalité, si nécessaire pour préserver la stabilité financière de la zone euro et de chaque pays membre de la zone euro.

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