En résumé

  • La coalition sortante CDU/CSU et SPD a perdu des plumes, même si les chrétiens-démocrates de Mme Merkel ont séduit un Allemand sur trois.
  • Le résultat des urnes devrait permettre à Mme Merkel de rempiler au poste de Chancelière, sans doute dans une coalition inédite avec les libéraux et les Verts.
  • Nous anticipons – une fois la coalition formée - un impact positif sur l’économie et au niveau de l’UE la poursuite du nouvel esprit de coopération entre la France et l’Allemagne.
  • Au niveau des marchés financiers, nous estimons qu’à moyen et long terme ces résultats seront un catalyseur important pour les actions allemandes et de la zone euro.

Angela Merkel devrait rempiler pour un 4e mandat, mais les négociations s’annoncent ardues. Quel impact ces élections auront-elles pour l’économie allemande, pour l’Europe et pour les marchés ? Notre analyse.

Les résultats et les scénarios possibles

Les urnes ont rendu leur verdict. La CDU/CSU d’Angela Merkel a comme attendu remporté les élections législatives allemandes avec 33% des voix, obtenant néanmoins son plus mauvais score depuis 1949. De son côté, le SPD de Martin Schulz est arrivé en seconde position avec 20,5% des suffrages mais a aussi et surtout signé son plus mauvais score depuis la 2e Guerre Mondiale.

La principale surprise est venue de l’AfD, le parti nationaliste allemand, qui s’est classé 3e avec 12,6% des voix et qui a devancé le parti libéral - FDP (10,7%), la Gauche radicale – Die Linke (9,1%) et les verts – die Grünen (8,9%). Fondé en 2013, l’AfD fera ainsi pour la première fois de sa jeune histoire son entrée au parlement allemand (Bundestag).

Si Angela Merkel se dirige vers un 4e mandat consécutif, les regards se tournent déjà vers les négociations autour de la future coalition. En tant que principale force politique du pays, la CDU/CSU tentera de former le prochain gouvernement. Ayant subi un échec cuisant, le SPD a déjà exclu de participer à une nouvelle grande coalition avec la CDU/CSU. Même s’il ne faut jamais dire jamais, le scénario le plus probable est celui d’une coalition « jamaïcaine » regroupant la CDU/CSU, le FDP et Die Grünen. Une telle coalition totaliserait environ 390 sièges au Bundestag, soit presqu’autant qu’une grande coalition CDU/CSU-SPD. Elle représenterait néanmoins un saut dans l’inconnu pour l’Allemagne fédérale.

Etant donné que la formation de coalitions fait partie intégrante de la culture politique allemande, des élections anticipées ou une situation de blocage politique sont très peu probables. Nous pensons que même si les négociations s’annoncent longues et ardues, le nouveau Chancelier sera élu par le Bundestag avant la fin de l’année.

Impacts sur l’économie et sur l’Europe

Une fois la nouvelle coalition installée au pouvoir, nous anticipons un impact positif sur l’économie compte tenu des baisses d’impôts envisagées par la CDU/CSU soit 15 milliards de réductions d’impôts sur le revenu répartis sur l’ensemble des contribuables. Le parti de Mme Merkel a également annoncé des dépenses d’infrastructures supplémentaires en recherche & développement, dans le digital et la défense. La CDU/CSU devrait être en mesure de baisser les impôts tant que l’économie reste robuste. En effet, l’équilibre budgétaire restant une priorité, le financement viendra pour l’essentiel des recettes fiscales additionnelles générées par une croissance économique soutenue. Des réformes structurelles pourraient cependant être difficiles à mettre en œuvre au vu du manque de cohésion politique dans une coalition future, même si elles apparaissent nécessaires pour améliorer la compétitivité et pérenniser le succès de l’Allemagne.

Concernant l’Europe, un gouvernement emmené par la CDU/CSU devrait signifier une poursuite du nouvel esprit de coopération entre la France et l’Allemagne. Il faudra cependant tout le talent de négociation de Mme Merkel pour trouver un compromis acceptable avec les libéraux du FDP permettant d’avancer dans le dossier européen. Malgré les divergences de vue, il est également important de rappeler que mis à part l’AfD, aucun autre parti politique n’est eurosceptique.

Les implications pour les marchés

Les élections allemandes et leurs implications pour la politique future de la BCE, ainsi que pour l’attitude future de l’Allemagne vis-à-vis de l’intégration européenne et de la périphérie, seront un catalyseur important pour les actions allemandes et de la zone euro à moyen et long terme. Leur impact ne devrait cependant pas être significatif à court terme au vu de la réélection attendue de Mme Merkel en tant que Chancelière. Dans l’immédiat, des éléments tels que l’exposition internationale et la sensibilité des marchés d’actions allemands et européens à la croissance globale, le niveau des taux d’intérêt et l’évolution des devises devraient avoir davantage d’influence sur les marchés. Les actions de la zone euro sont soutenues par la vigueur de la croissance et une dynamique bénéficiaire solide, qui devraient se traduire par une croissance des bénéfices à deux chiffres cette année. L’impact négatif de la hausse de l’euro sur les résultats des sociétés se fera surtout ressentir au 2e semestre 2017, mais il devrait rester modéré sauf appréciation supplémentaire.

L’impact immédiat des élections allemandes sur les marchés obligataires devrait être de moindre ampleur qu’après les élections en France ou le référendum en Italie. La politique monétaire de la BCE restera le facteur dominant de l’évolution des marchés obligataires de la zone euro mais il pourrait aussi y avoir un impact sur les taux obligataires lié aux positions différentes des partenaires de coalition de la CDU/CSU, en particulier le FDP, vis-à-vis de la périphérie de la zone euro.

Enfin, l’euro a cédé du terrain sur le marché des changes, reflétant la perspective de négociations de coalition difficiles et l’entrée des populistes de l’AfD au Bundestag. Ceci étant dit, l’Allemagne a toujours été le facteur de stabilisation clé pour la monnaie unique et, selon nous, ceci ne changera guère avec ces élections. Les prochaines semaines pourraient être empreintes d’incertitude jusqu’à ce que le nouveau gouvernement soit formé. Les marchés devraient toutefois se concentrer à nouveau rapidement sur les fondamentaux : croissance économique et politique de la BCE.

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