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En résumé

  • Le risque italien a refait surface sur les écrans radar des investisseurs : le gouvernement populiste a annoncé un objectif de déficit public plus élevé que prévu pour 2019.
  • La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre : les emprunts d’Etat italiens ont été mis sous pression, la bourse de Milan a lourdement chuté et les places financières de Francfort, Madrid et Paris ont aussi été bousculées.
  • Le face-à-face entre l’Italie et l’UE s’annonce à la fois animé et complexe et le dossier italien devrait alimenter la nervosité sur les marchés ces prochaines semaines.

Le risque italien a brusquement refait surface sur les écrans radar des investisseurs avec l’annonce par Rome d’un objectif de déficit public plus élevé que prévu pour 2019. Cette décision, qui consacre la victoire des partis antisystème (Ligue, Mouvement 5 Etoiles) sur le ministre des Finances italien, a plombé l’ambiance sur les marchés financiers européens. Le face-à-face entre l’Italie et l’UE s’annonce à la fois animé et complexe et le dossier italien devrait alimenter la nervosité sur les marchés ces prochaines semaines.

Bref rappel des faits

Le gouvernement italien a finalement annoncé un objectif de déficit public à 2,4% pour 2019, un niveau supérieur aux attentes du marché et trois fois plus élevé que les engagements pris par le gouvernement précédent. La forte augmentation envisagée des dépenses publiques montre la volonté des populistes de tenir leurs promesses électorales (revenu minimum universel, baisse du taux d’impôt des sociétés, départ anticipé à la retraite) avant d’en découdre avec l’UE. Ce choix pourrait cependant poser problèmes à quatre niveaux :

1. La relation de Rome avec Bruxelles
L’objectif de déficit public de l’Italie équivaut à un relâchement de la politique fiscale de 0,6% du PIB alors que les règles de l’UE prévoient un resserrement budgétaire équivalent à 0,6% du PIB. On se dirige donc vers des discussions compliquées entre l’Italie et la Commission européenne qui a déjà affirmé que le déficit proposé était « hors des clous ».

2. La réaction des agences de notation
Le manque de rigueur budgétaire de l’Italie devrait aboutir à un abaissement de sa notation éventuellement doublé d’une perspective négative. Si tel était le cas, cela rapprocherait encore plus l’Italie (Baa2 chez Moody’s et BBB chez Standard & Poor’s) de la catégorie spéculative.

3. La stabilité du gouvernement
Le déficit proposé est une défaite pour le ministre des Finances italien, Giovanni Tria, qui avait ouvertement défendu l’idée d’un déficit public à 1,6% du PIB. Il faudra voir quelles conclusions ce modéré, apprécié des milieux financiers, tirera de cette défaite.

4. La soutenabilité de la dette publique
La dette publique de l’Italie culmine déjà à plus de 130% du PIB. Si le budget proposé était appliqué en l’état, elle devrait reprendre une trajectoire haussière et susciter à nouveau plus d’inquiétudes.

Quelle fut la réaction des marchés ?

Les marchés financiers ont été échaudés par la prodigalité budgétaire de Rome. Sur les marchés obligataires, le spread (= écart de taux) entre les emprunts d’Etat italiens et allemands a fortement augmenté à la fin septembre, renouant avec des niveaux inédits depuis 2013, mais sans faire tâche d’huile sur l’Espagne et le Portugal.

Le coup de froid a également gagné les marchés boursiers européens, affectant surtout les valeurs bancaires. Située aux premières loges, la bourse de Milan a enregistré la plus forte baisse, mais les places financières de Francfort, Madrid et Paris ont également été bousculées. Enfin, l’euro a également perdu quelques plumes dans l’aventure en se dépréciant autour de 1,15 contre le dollar US.

Notre avis : une certaine prudence reste de mise

Au-delà des chiffres annoncés, nous retenons surtout le message envoyé par l’Italie à l’Europe et aux marchés. Le gouvernement italien a manqué une opportunité de montrer que la réduction de la dette publique était une priorité et qu’il s’engageait à respecter les règles budgétaires de l’UE. Le projet de budget doit être soumis le 15 octobre prochain à la Commission européenne qui rendra très vite un premier avis à ce sujet.

Une confrontation entre Bruxelles et Rome augmenterait encore l’incertitude politique en Europe, alors que les gouvernements britannique et allemand font déjà face à des difficultés. La bonne nouvelle par rapport à la crise de l’euro est que la soutenabilité de la dette publique n’est pas encore un problème et qu’un défaut de paiement de l’Italie ces prochaines années reste hautement improbable.

Ceci dit, la pression des marchés et/ou de l’UE pourrait bien devoir s’intensifier pour que l’Italie revoie ses ambitions d’expansion budgétaire à la baisse. L’Italie risque donc bien de rester un vecteur de volatilité sur les marchés ces prochaines semaines. Cette situation ne remet pas en cause notre préférence pour les actions mais c’est assurément une raison supplémentaire pour continuer à aborder les marchés financiers avec une certaine prudence.

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