Elections françaises : la victoire de Macron n’est que le début

Elections françaises : la victoire de Macron n’est que le début


Comment réagissent les marchés après la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle française. Et quels sont les défis du nouveau président?

Emmanuel Macron a, comme anticipé, remporté le second tour d’une élection présidentielle française inédite en recueillant 66 % des votes, contre 34 % pour Marine Le Pen. Le taux de participation de 74% a été le plus faible depuis l’élection présidentielle de 1969 et le nombre de votes blancs ou nuls a également été historiquement élevé (12% des votants). Macron a cependant récolté beaucoup plus de voix que ce que les sondages d’opinions laissaient augurer, ce qui pourrait lui conférer une influence accrue dans les tractations politiques à venir.

Notre vision et les implications pour les marchés

La réaction à chaud des marchés financiers en Europe est contenue vu qu’ils avaient largement intégré une victoire d’Emmanuel Macron dans leurs cours et qu’ils avaient bénéficié d’afflux de capitaux de la part d’investisseurs asiatiques au cours des jours ayant précédé le second tour de l’élection présidentielle. Cet écueil politique majeur étant franchi avec succès, il est cependant probable que ces capitaux et ceux provenant d’autres régions contribuent à soutenir les actions françaises et européennes dans les jours et les semaines à venir.

Les obligations d’entreprises européennes pourraient également bénéficier de ce mouvement. Comme le différentiel de taux entre les OAT françaises (obligations de l’Etat français) et les Bunds allemands avait déjà sensiblement baissé avant le second tour de l’élection présidentielle, les éventuels resserrements ultérieurs devraient rester limités.

Sur le marché des changes, nous anticipons une appréciation supplémentaire de l’euro vis-à-vis du dollar US et une monnaie européenne bien orientée pendant un certain temps. Les marchés seront particulièrement attentifs à toute réaction de la BCE suite au résultat de l’élection française et aux données économiques optimistes publiées récemment en Europe. Toute indication d’un futur resserrement de la politique de la BCE pourrait atténuer les craintes des investisseurs portant sur la divergence de politique monétaire entre l’Europe et les États-Unis, ce qui favoriserait l’euro.

Quelles problématiques à moyen terme ?

À moyen terme, les marchés devront évaluer deux problématiques très différentes.

La première problématique sera la capacité de Macron à contrôler la nouvelle Assemblée Nationale à élire en juin, ou du moins à établir une relation de travail constructive avec elle. Le fait qu’Emmanuel Macron n’appartienne pas à un parti politique traditionnel complique toute évaluation de ce qui va se passer. Une chose semble sûre : Emmanuel Macron et son parti, En Marche !, ne disposeront pas d’un nombre suffisant de députés pour atteindre une majorité. Ils devront donc négocier l’une ou l’autre forme de large accord entre gauche et droite à l’Assemblée – un cas sans précédent dans la politique française récente – ou former une cohabitation avec une majorité de centre-droite (une solution susceptible de faciliter la mise en œuvre des réformes).

Toutefois, un premier sondage réalisé le 4 mai au sujet de l’élection législative indique qu’En Marche ! pourrait remporter quelque 250 sièges (sur les 577 que compte actuellement l’Assemblée). Une indication de la façon dont Macron compte s’y prendre pourrait venir du choix de son Premier ministre, qui sera probablement connu dans les huit prochains jours, et des nominations au sein de son cabinet dans la foulée.

La seconde problématique cruciale pour les marchés est le contexte économique en France et plus généralement en Europe. Les indicateurs macroéconomiques récents ont été globalement rassurants (comme souligné plus haut) et un optimisme prudent a, pour l’instant, pris le dessus sur les inquiétudes plus profondes concernant le malaise économique à long terme de la France. Si les statistiques restent favorables et que la BCE annonce un changement de cap de sa politique monétaire, des gains modérés supplémentaires pour les actifs risqués français sont possibles à moyen terme, même si la situation politique reste incertaine.

En se projetant plus loin, nous sommes seulement au début de l’histoire. Le nouveau président a maintenant cinq ans devant lui pour tenter de mettre en œuvre un changement de politique complexe dans un contexte politique difficile. Le succès des réformes sera le moteur à long terme de la performance en matière économique et d’investissement.



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