En résumé

  • Le Mouvement 5 Etoiles a finalement choisi de se rapprocher de la Ligue en vue de former le prochain gouvernement italien.
  • Cet accord entre partis populistes de gauche et de droite a créé des tensions sur les marchés d’actions et fait monter le taux des emprunts d’Etat italiens.
  • Les points d’attention sont nombreux et indiquent qu’il faut rester prudent et que la volatilité pourrait rester de mise.

Après avoir brandi le spectre d’élections législatives anticipées en cas d’impasse politique prolongée, le Mouvement 5 Etoiles emmené par M. Di Maio a finalement choisi de se rapprocher de la Ligue de M. Salvini en vue de former le prochain gouvernement italien.

La perspective d’un gouvernement populiste, eurosceptique, peu soucieux de l’orthodoxie budgétaire et dirigé par un Premier ministre inexpérimenté, fait à nouveau souffler un parfum de crise sur la zone euro. Ce qui ne va pas sans susciter quelques inquiétudes auprès des investisseurs.

La réaction des marchés

Jusqu’à présent, les marchés financiers avaient semblé relativement sereins par rapport aux négociations en cours entre les vainqueurs des élections législatives italiennes du 4 mars dernier. Mais la donne a changé suite à la parution d’un projet de programme de politique incluant des éléments radicaux.

Parmi ceux-ci :

  • la demande à la Banque centrale européenne (BCE) d’annuler 250 milliards d’euros de dette publique italienne,
  • la création d’un mécanisme permettant aux pays membres de la zone euro de quitter la monnaie unique,
  • la renégociation par le nouveau gouvernement de la contribution de l’Italie au budget européen.

Excusez du peu…

Ces annonces ont subitement fait sortir les marchés financiers de leur torpeur. Sur le marché obligataire, le taux italien à 10 ans est passé de 1,87% à plus de 2,40% en l’espace d’un peu plus d’une semaine, un niveau inédit depuis novembre 2014. Ce faisant, le spread (écart de taux) entre l’Italie et l’Allemagne a grimpé à près de 200 bps (1 bp = 0,01%), soit un plus haut depuis juin 2017. La bourse de Milan a également subi des dégagements, l’indice phare FTSE MIB cédant plus de 5%. A la peine depuis le mois d’avril, l’euro a pour sa part cédé davantage de terrain par rapport au dollar US en s’échangeant à un niveau proche de 1,17.

Les 4 points d’attention principaux

Si les deux protagonistes avaient adouci leur rhétorique au sujet de l’Europe avant les dernières élections, leurs manifestes de campagne laissaient cependant peu de doutes sur leur volonté de réduire les impôts, d’augmenter les dépenses publiques et de revenir sur les réformes des pensions et du marché du travail. Ils comptaient financer ces mesures entre autres en cédant des actifs détenus par l’Etat et en faisant l’hypothèse - ambitieuse - que les baisses d’impôts auraient pour effet d’améliorer la collecte des impôts et, de ce fait, les recettes fiscales.

Au vu des événements récents en Italie, les marchés financiers suivront en particulier les éléments suivants :

Nonobstant, il existe aussi certains facteurs atténuants. Au-delà d’un déficit et d’une dette publics élevés, Rome affiche un important excédent primaire (solde budgétaire positif de 1,5% avant charge d’intérêts sur la dette). Par ailleurs, la croissance économique de l’Italie est jusqu’à présent en ligne avec les prévisions inscrites dans le budget 2018. Enfin, deux tiers des emprunts d’Etat italiens (BTPs) sont détenus par des résidents – dont près de 20% par la BCE suite au programme d’achats d’obligations lancé en mars 2015.

Conclusion : la volatilité devrait rester au rendez-vous

Le scénario d’un gouvernement populiste à la tête de la 3e économie de la zone euro et les risques que cela comporte pour la cohésion de la zone euro n’est pas fait pour plaire aux investisseurs. Ils suivront donc avec une certaine anxiété les faits et gestes du futur exécutif italien et de son très controversé programme économique. Bien que les deux partis anti-système aient finalement retiré de ce dernier leurs revendications sur l’annulation d’une partie de la dette italienne et sur une sortie de l’euro, un affrontement avec Bruxelles sur la trajectoire des finances publiques – cf. budget 2019 - ou la réémergence de tout doute éventuel sur l’appartenance future de l’Italie à l’euro affecteront le sentiment de marché vis-à-vis des actifs italiens. Ce retour de l’incertitude politique suggère que la volatilité ne devrait pas s’estomper rapidement.

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