En résumé :

  • La dégringolade de la livre turque fait souffler un vent de tempête sur les marchés émergents.
  • Par rapport à 2013, les pays émergents sont cependant en meilleure position pour affronter la volatilité externe.
  • Les pays émergents restent attractifs mais il est indispensable de se montrer sélectif. Notre préférence va à l’Asie.

Le moins que l’on puisse dire est que les marchés émergents n’ont pas répondu aux attentes des investisseurs en 2018. Déjà freinés par la vigueur du billet vert et les tensions commerciales, ils ont également subi de plein fouet l’impact négatif de la crise en Turquie.

Résultat : l’indice MSCI Emerging Markets, qui a été jusqu’à chuter de 20% entre son point haut et son point bas de l’année, fait grise mine par rapport aux marchés d’actions européens et surtout américains. Faut-il jeter l’éponge ou, au contraire, garder confiance dans sa capacité à redresser la tête ?

Détérioration du sentiment vis-à-vis des marchés émergents

Les marchés d’actions émergents sont fortement dans le rouge depuis le début de l’année. Cette évolution, qui s’inscrit dans un contexte de resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine, est imputable à différents facteurs. La dégringolade de la livre turque en août a largement contribué à la détérioration du sentiment vis-à-vis des devises émergentes. Cette crise a engendré une appréciation rapide du dollar et accéléré les sorties de capitaux des marchés émergents.

La dispute commerciale persistante entre les Etats-Unis et la Chine, qui a déjà abouti à une hausse des tarifs douaniers sur 100 milliards de dollars d’importations, n’a rien fait pour arranger la situation. La crainte d’un ralentissement des échanges commerciaux pèse sur les pays émergents. Par ailleurs, des statistiques plus faibles que prévu en Chine ont également semé le doute auprès des investisseurs.

De plus, les résultats d’entreprises en vue ont fortement déçu. Le recul des bénéfices de Tencent, le géant chinois de l’Internet, suite au gel des licences de jeux vidéo a ainsi jeté un froid sur l’ensemble du secteur technologique émergent. Enfin, l’Amérique latine reste en proie à l’incertitude. Malgré l’aide du Fonds Monétaire International (FMI), l’Argentine reste dans l’œil du cyclone. De même, l’issue incertaine de l’élection présidentielle au Brésil continue à peser sur la tendance.

L’impact de la crise turque devrait rester limité

Si les motifs d’inquiétude ne manquent pas, certains éléments invitent toutefois à rester constructif. S’il ne fait aucun doute que certains pays émergents sont plus fragiles que d’autres, le monde émergent est en meilleure position pour surmonter la volatilité externe qu’en 2013 (épisode de stress lié au fameux "taper tantrum"). Depuis lors, la dynamique de la demande intérieure et la situation des comptes courants s’est améliorée dans de nombreux pays, en particulier en Asie. En outre, les relations entre les Etats-Unis et la Chine pourraient en partie se détendre après les élections de mi-mandat en novembre.

Nous réitérons notre avis qu’une guerre commerciale de grande ampleur entre les deux géants économiques n’est dans l’intérêt d’aucun d’entre eux. En Chine, la Banque Populaire de Chine (PBoC) a fortement assoupli les conditions monétaires et Pékin a accéléré les approbations d’investissements en infrastructures. Ces mesures de relance sont un signal fort et augmentent la probabilité d’un atterrissage en douceur de l’économie.

Enfin, le risque de propagation de la crise turque devrait rester contenu. Les liens commerciaux et financiers avec les autres pays émergents sont très limités, les exportations des pays émergents vers la Turquie représentant à peine 0,3% de leur PIB total. De plus, le poids de la Turquie dans l’indice MSCI Emerging Markets est inférieur à 1%. La corrélation entre la bourse d’Istanbul et les autres marchés devrait diminuer et finir par laisser place à une évolution plus différenciée.

Bien que la volatilité risque de rester élevée en l’absence de catalyseurs positifs, nous maintenons un avis constructif sur les marchés émergents où les valorisations ont par ailleurs gagné en attrait (décote de 25% par rapport à l’indice MSCI World).

Face à cette région très hétérogène, il est cependant impératif de se montrer sélectif et de privilégier les marchés de pays affichant des fondamentaux sains et ne souffrant pas de déséquilibres extérieurs importants (endettement limité en dollars). A ce titre, notre préférence va en priorité à l’Asie, même si nous observons que les attentes du marché pour l’Amérique latine sont désormais à des niveaux très bas.

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