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En résumé

  •   La Turquie vit un nouvel épisode de crise, sur fond de dépréciation de la livre turque et d’une inflation galopante.
  •   Deux éléments « politiques » ont ravivé la volatilité : la relative passivité de la banque centrale turque et la dégradation des relations diplomatiques entre les USA et la Turquie.
  •   Bien que critique pour l’économie turque, le risque de contagion de la crise à d’autres pays émergents est selon nous relativement limité.

La crise économique qui agite la Turquie depuis quelques jours focalise l’attention des investisseurs. Les inquiétudes portant sur la durabilité de la croissance et le niveau élevé de l’inflation dans ce pays ne datent pourtant pas d’hier...

Chute de la livre turque et regain de volatilité

Deux catalyseurs ont toutefois causé un regain de volatilité sur les marchés financiers et une chute abrupte de la livre turque :

  •   d’une part, le scepticisme des investisseurs vis-à-vis de l’indépendance de la banque centrale de Turquie s’est accru, surtout en raison de son immobilisme face à l’intensification de la crise ;
  •   d’autre part, les relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Turquie se sont récemment degradées, les USA menaçant d’imposer des sanctions suite à l’incarcération prolongée d’un citoyen américain. Celles-ci pourraient notamment inclure la limitation de l’accès du pays aux financements étrangers d’organisations internationales. En outre, le président Trump a également annoncé un doublement des tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium jusqu’à respectivement 50% et 20%.

En fait, le scénario n’est pas complètement nouveau pour la Turquie. Le pays s’est en effet retrouvé en difficultés à plusieurs reprises ces dernières années, contraignant sa banque centrale à relever les taux d’intérêt de façon agressive. Les derniers exemples en date remontent à 2014 et à 2016. Ceci dit, la situation semble plus délicate cette fois-ci. Les investisseurs sont de plus en plus préoccupés par l’évolution de l’inflation turque (en juillet, elle s’élevait à près de 16% en glissement annuel), de même que concernant la situation de la dette extérieure et du secteur bancaire. De plus, les sanctions américaines exercent une pression supplémentaire sur les flux de capitaux.

Comment réagissent les marchés ?

La livre turque s’est fortement dépréciée par rapport au dollar et à l’euro sur le marché des changes et est en baisse de plus de 40% depuis le début de l’année. Les actions et les obligations turques ont également été prises dans les turbulences, avec une envolée des taux d’intérêt et une chute de la bourse d’Istanbul.

La réaction négative ne s’est toutefois pas limitée à la Turquie. Les marchés d’actions européens et émergents ont par exemple cédé plus de 2%. Les investisseurs sont aussi inquiets de l’exposition des banques de la zone euro à la Turquie, et l’indice Euro Stoxx Banks a accentué sa sous-performance vis-à-vis du marché d’actions de la zone euro depuis le début de l’année. Enfin, les répercussions ont également été visibles sur le marché obligataire de la zone euro, avec des tensions sur les taux italiens (cf. taux italien à 10 ans supérieur à 3%) et une augmentation du spread (écart de rendement) entre l’Italie et l’Allemagne à plus de 270 bps (2,7%).

Notre avis sur la situation

La situation en Turquie reste cruciale pour les marchés financiers avec une inflation qui devrait continuer à augmenter, une économie qui pourrait plonger en récession et les défis du secteur bancaire. Un changement de la politique fiscale d’Ankara et un resserrement supplémentaire de la politique monétaire de la banque centrale de Turquie à court terme apparaissent nécessaires pour briser le cercle vicieux entre la dépréciation de la livre et l’augmentation de l’inflation, même si cela comporte un risque de récession.

Le leadership politique a toutefois jusqu’ici privilégié la croissance à la stabilité des prix. Cela ne changera probablement pas sans une nouvelle escalade de la crise. C’est pourquoi il convient de rester prudent sur les actifs turcs. A un moment ou à un autre, les autorités (gouvernement, banque centrale) devront néanmoins se décider à agir pour restaurer une dose de confiance dans le cadre politique et engendrer un retour au calme sur les marchés.

Quel est le risque de contagion de la crise turque ?

Selon nous, les risques de contagion devraient rester contenus. L’impact commercial de la crise en Turquie est limité vu que les exportations de la zone euro vers le pays représentent moins de 0,6% de son PIB. Une crise bancaire en Turquie aurait néanmoins certaines répercussions negatives sur les banques de la zone euro ayant les plus gros engagements en Turquie, en particulier en Espagne, en France et en Italie.

La Banque centrale européenne (BCE) suit l’évolution de près mais les retombées de la situation en Turquie semblent gérables et ne devraient donc pas se traduire par un rationnement du crédit dans la zone euro. Enfin, malgré leur impact négatif sur le sentiment, les événements en Turquie sont spécifiques au pays et ne doivent pas être généralisés à l’ensemble des pays émergents au vu de comptes courants beaucoup plus solides et de niveaux d’endettement extérieur plus faibles ailleurs.

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