Téléphone

Deutsche Bank

En résumé

  • Pékin fixe l’objectif de croissance du PIB autour de 6,5% en 2018 et privilégie une croissance moins forte mais de meilleure qualité.
  • La réforme de la Constitution qui supprime la limitation des mandats présidentiels est historique. Mais un leadership politique stable pourrait être positif pour l’économie à moyen terme.
  • Nous maintenons notre prévision de croissance et un avis constructif sur le marché d’actions chinois.

L’essentiel de la 13ème Assemblée Nationale Populaire

Principal événement politique de l’année en Chine, l’Assemblée Nationale Populaire (= Parlement chinois) se réunit traditionnellement en mars pour se pencher sur les réalisations de l’année écoulée et surtout sur les enjeux pour l’avenir. Le gouvernement chinois a profité de cette grand-messe pour annoncer ses grands objectifs économiques pour 2018. Le plus suivi d’entre eux, à savoir l’objectif de croissance du PIB, a été maintenu autour de 6,5% comme l’an dernier. L’objectif de déficit budgétaire a pour sa part été abaissé à 2,6% du PIB en 2018 contre 3% du PIB en 2017. Enfin, les autorités ont également annoncé viser un taux de chômage inférieur à 5,5% en 2018 et un niveau inchangé de 3% pour l’inflation. L’Assemblée de cette année est cependant historique puisque le Parlement chinois a également adopté à une majorité écrasante une vingtaine d’amendements à la Constitution. Parmi ceux-ci, la principale réforme est la suppression de la limite de deux mandats présidentiels datant de 1982. Elle ouvre la voie à un mandat à vie pour l’actuel président Xi Jinping et conforte si besoin était son statut d’homme fort de la deuxième puissance économique mondiale.

Que retenir de ces annonces ?

1. Priorité à la qualité de la croissance

Le message clé du gouvernement chinois est qu’il est disposé à tolérer une croissance moins forte en 2018, un fait confirmé par l’absence de référence à des efforts pour obtenir de meilleurs résultats comme ce fut le cas en 2017. De plus, le gouvernement entend diminuer ses mesures de soutien fiscales : la baisse de l’objectif de déficit budgétaire est sensible et constitue une première depuis 2012. Nous anticipons que cela pourrait être mis en œuvre dans le courant de l’année une fois que l’élan économique aura été assuré. Dans la droite lignée des annonces faites lors du Congrès du Parti communiste chinois à l’automne dernier, les autorités donneront la priorité à la qualité de la croissance en 2018. A ce titre, la consommation privée et les exportations devraient être les principaux moteurs économiques. En revanche, le gouvernement devrait continuer ses efforts pour désendetter l’économie en levant le pied au niveau du soutien apporté aux investissements dans les infrastructures et l’immobilier, deux secteurs à forte intensité de dette.

2. La centralisation du pouvoir, un facteur positif pour l’économie

Une tendance vers plus de centralisation dans la prise de décision politique était perceptible ces derniers mois. Les amendements apportés à la Constitution, dont l’abolition de la limite au nombre de mandats présidentiels, suscitent beaucoup de questions et peuvent créer de l’incertitude autour de la transition du pouvoir en Chine à long terme. Ils pourraient cependant s’avérer globalement constructifs pour l’économie chinoise à moyen terme, et ce pour 3 raisons :

  • La poursuite et la mise en œuvre plus efficace des politiques économiques actuelles.
    Avec Xi Jinping au pouvoir pour longtemps, nous anticipons que l’économie chinoise affichera une croissance stable et résiliente au cours des années à venir. La Chine devrait ainsi s’appliquer dans l’exécution de politiques économiques clés, comme la nouvelle Route de la Soie (One Belt, One Road), le rééquilibrage régional, les réformes du côté de l’offre (réduction de capacités dans les secteurs du charbon et de l’acier), le désendettement financier et les investissements dans la technologie.
  • La possibilité de réformes économiques et politiques plus larges.
    Avec un leadership politique stable, le gouvernement pourrait formuler des politiques plus ciblées sur les avantages à long terme pour le pays. Sur le plan économique, des réformes supplémentaires visant à promouvoir une croissance plus équilibrée, à réduire la pauvreté, à augmenter la productivité grâce aux progrès technologiques et à contenir les risques dans le secteur financier devraient être mises en œuvre. Sur le plan politique, le gouvernement pourrait aussi renforcer les mesures anti-corruption initiées il y a 5 ans via des réformes institutionnelles.
  • Une direction politique stable pour le futur devrait aussi jouer en faveur des entreprises et des marchés des capitaux.
    Les entreprises chinoises anticipent des politiques économiques consistantes sur le marché domestique et pourraient également recevoir plus de soutien des autorités sur le marché extérieur. Last but not least, la Chine devrait libéraliser davantage le marché des capitaux et le secteur des services domestiques (télécoms, soins de santé etc.) et aussi confirmer son attachement aux principes de l’économie de marché et au libre-échange, privilégiant dans la mesure du possible la négociation à la riposte pour régler les différends commerciaux.

Notre lecture

Le fait que la Chine privilégie la qualité de la croissance à l’avenir est un développement positif pour l’économie. Pékin a pour habitude de tenir ses objectifs et nous maintenons notre prévision de croissance à 6,5% pour 2018. Ce faisant, la Chine devrait rester le moteur de croissance en Asie et le principal contributeur à la croissance mondiale. La continuité du leadership politique devrait également avoir des implications positives à moyen terme et permettre au pays d’avancer sur le chemin des réformes. Au vu de ces fondamentaux favorables, nous maintenons un avis constructif sur le marché d’actions chinois (et plus largement sur les marchés émergents d’Asie). Les secteurs de la consommation, de la nouvelle économie (technologie, e-commerce, industrie à haute valeur ajoutée) et le secteur financier devraient compter parmi les principaux bénéficiaires du cap adopté par les autorités. Des secteurs traditionnels comme les matières premières, l’immobilier et l’infrastructure continueront en revanche à souffrir de vents contraires. Néanmoins, à l’instar des fortes turbulences observées début février, le marché d’actions chinois devrait lui aussi être soumis à une volatilité plus importante en 2018.

Articles liés