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En résumé

  • Cela fait maintenant presque 16 mois que les Britanniques se sont exprimés en faveur d’une sortie de leur pays de l’Union européenne.
  • Theresa May est fragilisée dans son propre camp conservateur à l’aube d’un sommet européen crucial.
  • Néanmoins, nous privilégions le scénario d’un Brexit avec des accords douaniers sur certaines catégories de produits et une période de transition jusqu’en 2020.

Le 23 juin 2016, le peuple britannique votait majoritairement (52% des voix pour) en faveur du « Brexit », soit une sortie de l’Union européenne (UE). Quelques mois plus tard, Theresa May, la nouvelle Première ministre britannique, enclenchait l’article 50 du traité de Lisbonne, et lançait ainsi officiellement la procédure de retrait de son pays de l’UE, qui comptera donc à l’avenir 27 membres.

A partir de cette date, Européens et Britanniques avaient deux ans pour trouver un accord. L’échéance se rapprochant (29 mars 2019), l’ensemble des protagonistes vient de se retrouver en Autriche afin de faire le point. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses ne se sont pas passées comme les Britanniques le souhaitaient.

C’est la gorge serrée et faisant la moue que Theresa May est rentrée de Salzbourg le 22 septembre dernier. A cette occasion, elle y présentait ses propositions (le plan « Chequers ») pour le Brexit, aux autres pays membres de l’UE. Pour la Première ministre britannique, ce plan était à prendre ou à laisser, le seul que son parti accepterait sinon rien. Peu impressionnés, les 27 ont fermement rejeté ses propositions, infligeant à Theresa May un camouflet.

L’avenir de Theresa May menacé

Cet épisode a jeté un froid dans les relations - un de plus - et a considérablement fragilisé la position de la première dame britannique. Cette dernière se trouve aujourd’hui coincée entre une UE intransigeante et les membres de son propre parti (les Conservateurs), qui la trouvent trop complaisante. Son avenir au 10 Downing Street est peut-être d’ailleurs déjà joué. C’est en effet un secret de polichinelle que le parti conservateur voudrait adopter une ligne dure dans les négociations, et lui chercherait déjà un remplaçant.

Et maintenant ? Quels sont les scénarios envisageables ?

C’est sur un petit pas de danse (« Dancing Queen » de ABBA) que Theresa May a fait son entrée au congrès de son parti, le 3 octobre dernier. Ce passage, à priori anodin, ne l’est en réalité pas. Pratiquant l’autodérision, la Première ministre britannique a ainsi galvanisé ses troupes, mais pour combien de temps encore ? Des voix commencent cependant à s’élever un peu partout au Royaume-Uni, pour la tenue d’un nouveau référendum.

Ce scénario est-il réellement envisageable ? Il y a selon nous, 4 dénouements possibles au Brexit, dont trois (les scénarios A, B et C) qui auraient un impact plus limité sur les marchés qu’un Brexit « dur » (scénario D).

Scénario A (probabilité de 50%) : un Brexit « à l’amiable » avec des accords douaniers sur certaines catégories de produits et une période de transition jusqu’en 2020.

  • La plupart des services seraient cependant exclus.
  • Les entreprises du secteur financier auraient besoin du passeport européen, ce qui serait beaucoup plus contraignant que le système actuel.
  • Davantage de restrictions au niveau de la liberté de circulation des personnes.

Scénario B : un Brexit « soft » avec une union douanière officielle (probabilité de 10%)

  • Ce scénario serait le moins contraignant car il permettrait une liberté de circulation des personnes et capitaux (et la plupart des services non-financiers) dans la zone commune.
  • En ce qui concerne les services financiers, des équivalents aux passeports européens pourraient être négociés.

Scénario C : pas de Brexit (probabilité de 5%)

  • Si les chances de voir les Britanniques retourner aux urnes sont minces, cette idée gagne en supporters, notamment au niveau du parti travailliste, dans l’opposition.
  • La tenue d’un nouveau vote populaire se ferait sans Theresa May et son parti, qui y sont fermement opposés.
  • Pour qu’un nouveau référendum ait lieu, il faudrait donc d’abord que le parti de majorité tombe, ce qui signifierait la tenue de nouvelles élections.
  • Si le processus allait jusqu’au bout et que le camp du « Remain » l’emportait, toute la procédure serait alors remise en cause et potentiellement annulée.

Scénario D : un Brexit « dur » (probabilité de 35%)

  • Pas d’accord, pas d’union douanière, pas de liberté de circulation des biens, services et personnes.

Scénarios pour le Brexit

Scénario de base : résultat favorable au marché (65%)

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A: 50% Brexit « à l’amiable »

  • Accord de retrait conclu avec succès en mars 2019.
  • « Prolongation de l’adhésion à l’UE » jusqu’à fin 2020 au minimum, suivie d’accords commerciaux au cas par cas (similaire au CETA, accord commercial Canada-Europe).
  • Nombreux détails encore à négocier au cours de la phase de transition.

B: 10% Brexit « soft »

  • Accord d’union douanière ou même adhésion à l’EEE (Espace Economique Européen).
  • Cela pourrait nécessiter un changement durable de la mentalité politique au Royaume-Uni voire l’organisation d’un second référendum.

C: 5% Pas de Brexit

  • À nouveau, il faudrait un changement de mentalité politique et l’organisation d’un second référendum comme point de départ.

Scénario à risque : résultat défavorable au marché (35%)

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D: 35% Brexit « dur »

  • Pas d’accord de retrait, c’est-à-dire pas d’accord de Brexit d’ici mars 2019 ou pendant la période de transition.
  • Le Royaume-Uni glisse hors de l’UE sans cadre pour de futures négociations et sans accord de libre-échange pendant la période de transition.
  • Si les négociations Royaume-Uni / EU échouaient irrémédiablement, le reste de la période de transition serait consacré à la préparation d’un Brexit sans accord (no-deal Brexit).

Source : Deutsche Bank AG. En date du 28 septembre 2018. Les probabilités de ces scénarios ne sont qu’indicatives et ne doivent pas être considérées comme des prévisions précises.

Quelles conséquences sur les marchés financiers européens ?

Les marchés financiers ne devraient pas trop réagir dans les cas des scénarios A, B ou C. Un Brexit « dur » par contre, provoquerait beaucoup de remous, notamment au niveau de la livre sterling (GBP) et des marchés actions des deux côtés de la Manche.

L’absence de cadre global obligerait des négociations au cas par cas à tous les niveaux, ce qui résulterait dans une période très volatile et remplie d’incertitudes. On estime que la croissance de la zone euro chuterait de 0,5% dans ce cas. Des pays comme l’Irlande, les Pays-Bas, l’Allemagne ou même la Belgique seraient parmi les plus exposés.

Les conséquences seraient encore plus dramatiques pour la Grande-Bretagne qui pourrait perdre jusqu’à 2% de croissance par an. Notre scénario privilégié (le A) reste aujourd’hui un accord à l’amiable mais avec certaines restrictions. Quoi qu’il en soi, le sommet des 17 et 18 octobre s’annonce déjà comme celui de la (presque) dernière chance.

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