En résumé :

  • “Le big data n'est pas bon ou mauvais, il est les deux à la fois. C'est à nous de prendre nos responsabilités”, estime Luc De Brabandere.
  • “Seuls des mastodontes comme Google ou Facebook parviennent à exploiter les mégadonnées. Le problème, c'est leur monopole”, prévient Jo Caudron.

“Les nouvelles technologies requièrent de nouveaux schémas mentaux”

Luc de Brabandere, ingénieur civil et philosophe, Louvain School of Management.

“Nous rêvons tous de bénéficier d'un service optimal. Pour offrir ce service, les entreprises doivent disposer d'une profusion de données. Mais nous craignons aussi l'usage qui peut être fait de ces données. On en vient à se demander si les big data sont une bénédiction ou une malédiction? La question ne se pose pas dans ces termes-là. Elles sont à la fois un bien et un mal. À nous d'assumer l'utilisation qui en est faite.”

“Pour ce faire, nous devons abandonner nos anciens schémas mentaux. La situation est comparable à celle du pétrole. Pendant les 40 années qui ont suivi sa découverte, il n'a été utilisé que comme combustible. La première évolution majeure ne s'est produite qu'en 1890, avec l'invention du moteur à explosion. Ce n'est donc pas la découverte du pétrole qui a changé le monde, mais l'usage qui en a été fait.”

“Les nouvelles technologies requièrent de nouveaux schémas mentaux. Ce qui n'est pas toujours simple. Ma génération a grandi avec la presse écrite. Moyennant paiement, les quotidiens vous livrent des informations. Ce schéma n'est pas applicable à Google, car tout semble être gratuit. Le schéma est cependant inversé: c'est vous qui envoyez des informations à Google, qui gagne de l'argent grâce à ces données.”

“Aujourd'hui, nous devons donc apprendre à réfléchir différemment et à voir au-delà des apparences. C'est la tâche non seulement du monde politique, mais aussi de chacun d'entre nous.”

‘‘Les pouvoirs publics ont-ils vraiment la capacité de contrôler les big data ?”

Jo Caudron, pionnier du Web, CEO de Duval Union Consulting

“En théorie, les mégadonnées devraient permettre de concevoir de nombreuses applications intelligentes mais, en pratique, rares sont les entreprises capables de créer de telles applications. Une entreprise lambda n'a pas la capacité d'exploiter réellement les données qu'elle possède. À l'inverse de Google et Facebook, par exemple.”

“Ces évolutions donnent parfois naissance à des nouveautés, mais elles sont indépendantes des données en elles-mêmes. Certaines personnes les utilisent pour gagner de l'argent, sans nécessairement assurer leurs arrières. Si Facebook peut gagner quelques milliards (de plus) en fermant les yeux, il ne va pas se gêner.”

C'est le monopole de ces entreprises qui pose problème. S'il ne devait plus subsister dans le monde qu'une seule banque ou un seul groupe média, ce serait problématique. Les États ont autorisé la croissance de ces groupes-champignons, probablement parce qu'ils n'ont aucune idée de leurs intentions réelles. Quelques incidents récents ont amorcé une prise de conscience, mais reste à savoir si les pouvoirs publics disposent des compétences et outils voulus pour les contrôler? J'en doute.”

“Une approche proactive serait préférable. Actuellement, on ne s'émeut qu'en cas d'incident. Or, tout ce qui est connecté à internet – des voitures jusqu’aux centrales nucléaires – présente un risque potentiel. À chaque incident, on se rend compte que la sécurité a été négligée. Tant en Europe qu'aux États-Unis, les pouvoirs publics sont déterminés à resserrer leur contrôle mais, en coulisses, il se passe certainement beaucoup de choses dont nous n'avons pas conscience. De nombreux incidents se produiront encore avant qu'un équilibre soit atteint.”

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