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Après l’élection de Trump, à quoi s’attendre sur les marchés financiers ?

Après l’élection de Trump, à quoi s’attendre sur les marchés financiers ?


L’élection présidentielle américaine, probablement l’une des plus détestables de l’histoire des Etats-Unis, a livré son verdict. Après des heures d’attente et de spéculation, c’est le candidat républicain Donald Trump qui a été élu 45e Président des Etats-Unis.

Dans un remake du scénario du Brexit, les marchés ont été pris par surprise et semblaient peu préparés à cette éventualité. Dans un premier temps, la peur de l’inconnu a réveillé l’aversion pour le risque. Les marchés d’actions asiatiques ont connu une séance particulièrement difficile, le Nikkei perdant par exemple 5,4%. Au niveau des taux de change, le peso mexicain a perdu près de 10% contre le dollar américain, alors que ce dernier était sous pression face aux grandes devises comme l’euro, la livre sterling ou encore le yen.

Un discours qui rassure quelque peu

Mais quelques heures après leur ouverture, reprenant leur souffle et analysant la situation de plus près, les marchés se sont redressés. En plus de la présidence, les Républicains ont d’autres raisons de se réjouir : ils gardent la majorité au Sénat et à la Chambre des Représentants. Un gouvernement avec une majorité républicaine pourrait réaliser des avancées et mettre en œuvre de vraies réformes. Le premier discours très conciliant de M. Trump après l’annonce du résultat a également réconforté les marchés. Avec un ton beaucoup plus commode et diplomate qu’à l’accoutumée, Donald Trump a remercié son opposante Hillary Clinton et a affirmé qu’il serait le Président de tous les Américains, peu importe leur religion et leur origine sociale.

Le plus dur reste à faire

Le plus dur reste cependant à faire maintenant que l’élection est terminée. Le futur Président en est bien conscient. Alors qu’il a mené la campagne électorale tambour battant, Donald Trump va désormais avoir besoin d’une équipe autour de lui. Une des premières étapes sera de trouver des ministres et des conseillers. A ce sujet, il sera très intéressant de voir qui occupera les postes les plus influents. En outre, plus de 2.500 postes seront à pourvoir au sein de son administration et devront tous être approuvés par le Congrès. Ses idées drastiques concernant le commerce et l’immigration devront elles aussi passer par le Sénat. A ce niveau, Deutsche Bank pense que le Congrès arrondira les positions les plus extrêmes de Donald Trump, aussi parce que certaines de ses positions sont contraires à celles de son propre parti. Ses objectifs de réduire l’impôt des sociétés de 35% à 15% et d’investir massivement dans des projets d’infrastructure semblent par contre plus aisés à atteindre.

Quel impact sur la politique monétaire ?

En ce qui concerne la politique monétaire, les avis divergent. Au tout début de l’annonce du résultat, la victoire de Donald Trump a diminué fortement la probabilité de voir la Fed relever prochainement son taux directeur. La principale raison réside dans le fait que Trump est un fervent opposant à la politique monétaire actuelle de la Fed et à sa présidente Janet Yellen. Depuis quelques mois, l’élection de Trump comme « le pire des scénarios » a souvent causé des spéculations allant dans le sens d’un ralentissement de la croissance et ayant des impacts négatifs sur la consommation américaine. Mais la hausse du taux du Bon du Trésor à 2 ans de 0,70% à 0,85% indique que le marché anticipe toujours une hausse du taux directeur de la Fed en décembre prochain, ce que Deutsche Bank pense également. Cependant, la future composition de la Fed et sa politique monétaire ces prochaines années seront des éléments plus importants que la hausse de taux de décembre.

Réactions et perspectives pour l’économie et les marchés des capitaux

Devises
L’opinion à long terme sur le dollar US n’a pas changé malgré la victoire de Donald Trump. Outre le contexte économique actuel solide, les projets d’infrastructures annoncés par Donald Trump pourraient également donner un coup de fouet au billet vert. Un 3e moteur pourrait être une réforme potentielle de la fiscalité aux Etats-Unis. Ce thème, qui était déjà repris dans la campagne électorale de Trump (taxe de rapatriement), devrait aussi avoir un impact positif. Il devrait constituer un incitant pour les entreprises américaines à rapatrier aux Etats-Unis les bénéfices réalisés et détenus à l’étranger et à y payer les impôts dus sur ceux-ci. Deutsche Bank continue à anticiper un dollar US structurellement fort.

Les devises émergentes pourraient en règle générale rester sous pression. En effet, des taux d’intérêt orientés à la hausse aux Etats-Unis à plus long terme – la hausse du taux du Bon du Trésor US à 30 ans le 9 novembre a été un premier indicateur en ce sens – devraient aller de pair avec des afflux de capitaux plus faibles vers les pays émergents. A moyen terme, la situation devrait cependant peu évoluer. Les obligations des pays émergents conservent leur attrait.

Obligations
Le rendement des Bons du Trésor US à 10 ans devrait augmenter davantage que prévu jusqu’à présent, également en raison des mesures de relance fiscales envisagées. La situation devrait peu changer pour les obligations en Europe. La demande excédentaire créée par la Banque centrale européenne (BCE) sur l’ensemble du marché obligataire et les risques politiques subsistent et devraient maintenir les taux obligataires à un niveau bas.

Actions
Malgré la légère hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, il n’y a pas d’alternative aux actions pour les investisseurs disposés à prendre des risques. Un regain d’incertitude et de volatilité a fait son retour en raison du résultat de l’élection mais, d’un autre côté, certains secteurs aux Etats-Unis pourraient bénéficier de l’accession de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le secteur des soins de santé peut pousser un soupir de soulagement étant donné qu’il avait été affecté de façon significative par des changements potentiels de la législation sur les prix avant l’élection. La situation est similaire pour les grandes banques vu qu’un adoucissement de la régulation est désormais anticipé. Donald Trump a également affiché son soutien à des secteurs traditionnels tels que l’acier, le charbon et le pétrole, mais il faut continuer à les appréhender avec prudence. Le segment des matières premières fait face à une offre excédentaire, et soutenir la fracturation hydraulique et le charbon ne ferait que renforcer cette situation et contribuer au maintien de prix des matières premières bas. Globalement, l’avis sur le marché d’actions américain est favorable au vu du poids significatif des secteurs des soins de santé, financier et de la technologie.



La victoire de Donald Trump a certainement été une immense surprise. Par conséquent, une volatilité continue est anticipée dans les jours à venir étant donné les incertitudes et son programme électoral assez vague. Nous sommes prudemment optimistes quant au fait que Donald Trump dans sa fonction de Président n’agira pas de façon aussi radicale qu’il s’est positionné lors de la campagne présidentielle - "Make America great again" / Rendre l’Amérique à nouveau grande. L’espoir est en tout cas permis.