L’ABC de la BCE

L’ABC de la BCE


La BCE définit en grande partie l'économie de la zone euro. La politique monétaire est toutefois une matière difficile à comprendre. Le rôle de la Banque centrale européenne en 7 questions/réponses.

1. Qu’est-ce que la BCE ?

La Banque centrale européenne définit la politique monétaire de la zone euro.

  • Elle est l'une des sept institutions de l’Union européenne (UE).
  • Le président et les directeurs de la BCE sont nommés par les États membres de l’UE ; ils ne sont donc pas élus directement par les citoyens européens.
  • La BCE siège à Francfort.

2. Que fait la BCE ?

La mission principale de la BCE consiste à garantir la stabilité des prix dans la zone euro. La BCE ne dispose pas de moyen d’action direct pour contrer la hausse des prix, mais bien d’outils de lutte indirecte contre l’inflation.

3. Quels sont les outils dont elle dispose ?

Les taux d’intérêt constituent son principal instrument. Les taux d’intérêt sont en quelque sorte la pédale d’accélérateur ou de frein de l’économie.

  • En haussant les taux, on fait baisser les prix ou, du moins, on ralentit leur augmentation.
  • En baissant les taux, on fait monter les prix ou, du moins, on ralentit leur diminution.

La logique ? Quand les taux d’intérêt sont faibles, on emprunte à meilleur marché. Les consommateurs ont donc davantage d’argent à dépenser et sont moins enclins à épargner. Plus il y a d’argent disponible, plus les prix augmentent. Voilà pour la théorie. Car, malgré le niveau historiquement bas du taux directeur de la BCE (et par ricochet de toutes les banques de la zone euro), l'économie continue de progresser au ralenti. Le taux d’inflation reste lui aussi inférieur aux objectifs d'un peu moins de 2 %.

Un changement s'est toutefois opéré en décembre 2016 : l'inflation en zone euro a connu sa plus forte accélération depuis 2013. Les prix à la consommation ont progressé de 1,1 % par rapport à décembre 2015 et l'inflation sous-jacente, qui exclut notamment les prix de l'énergie et de l'alimentation, jugés plus volatils, a atteint 0,9 %. Nous verrons si cette tendance haussière se poursuit... La BCE prévoit d'atteindre son objectif d'un peu moins de 2 % pour la fin 2018, début 2019.

Pour relancer l’économie, la BCE peut donc maintenir les taux très bas, voire les faire passer sous zéro. Mais la BCE a encore un tour dans son sac : la planche à billets.

4. La BCE peut-elle « fabriquer » de l’argent ?

Oui. Entre mars 2015 et mars 2016, la Banque centrale européenne a ainsi créé 700 milliards d’euros, au rythme de 60 milliards d'euros par mois. Aujourd'hui, cette cadence s'est encore accélérée : 80 milliards d'euros par mois (elle redescendra à 60 milliards d'euros par mois en avril 2017).

Le verbe « créer » est utilisé ici au sens propre, car les euros voient le jour comme par magie dans les ordinateurs de la banque centrale. En théorie, il est donc possible de fabriquer de l’argent à l’infini.

5. Où vont tous ces milliards supplémentaires ?

Avec ses euros, la BCE achète des obligations d’État des pays de la zone euro. Elle les rachète aux institutions financières, afin d’alléger leur bilan et de leur permettre d’octroyer davantage de crédits. Au rythme actuel, on estime que la BCE détiendra en 2017 un cinquième de l’ensemble de la dette publique dans la zone euro.

Depuis 2016, la BCE procède aussi à l’achat d’obligations d’entreprises à haute solvabilité. Grâce à cette technique, une certaine catégorie d’entreprises peut emprunter massivement à un taux très favorable.

Les milliards existent donc bel et bien, mais le citoyen ne les palpe jamais.

6. La politique de la BCE est-elle efficace ?

Pas pour le moment. Pour l'instant, la croissance économique est anémique, le marché de l’emploi est à la traîne par rapport à d’autres puissances industrielles, les dettes publiques continuent de croître et l'inflation reste bien trop faible. Sans la puissante économie allemande, le tableau serait encore plus sombre. Et comme si cela ne suffisait pas, l’Europe traverse une crise existentielle.

Jusqu’en juillet 2012, la BCE a usé de tout son poids pour éviter à plusieurs États d’avoir à payer des taux d’intérêt démesurés pour pouvoir emprunter de l’argent. Cette situation d’urgence a toutefois disparu lorsque la BCE a déclaré être prête à tout pour sauver l’euro et la zone euro, notamment en continuant à alimenter les pays en détresse. Depuis, on n'arrive pas à mettre sur pied des projets de réforme drastique des marchés du travail, des systèmes judiciaires, des impôts ni des systèmes de sécurité sociale. La BCE fait valoir que ce n’est pas à elle de résoudre ces problèmes structurels. Il est vrai que si la BCE n’avait pas pris ces mesures, la zone euro aurait probablement volé en éclats et nous serions aujourd’hui dans une profonde récession.

7. Existe-t-il un « plan B » ?

Oui, il existe des pistes alternatives. Celle qui frappe le plus l’imagination est la distribution d'argent par hélicoptère. Plutôt que de racheter tous les mois plusieurs milliards d'euros d'obligations, il suffirait à la BCE de verser mensuellement 200 euros sur le compte de chaque ménage européen, affirment les tenants de cette solution. Cet argent deviendrait d'emblée une « réalité tangible » et « consommable ».

Autre piste, (re)nationaliser la politique monétaire. Le raisonnement étant que les 19 pays de la zone euro croissent à des rythmes différents, ils ont besoin d’une politique différente.

Troisième solution envisageable, relever sensiblement les taux d’intérêt. Une telle hausse aurait pour effet de provoquer un « grand nettoyage » de l’économie. Nombreuses sont en effet les entreprises peu performantes à rester en vie parce qu’elles peuvent emprunter à bon marché. C’est ainsi que se forment les bulles, explique-t-on. On effacerait l'ardoise, en quelque sorte, mais nombre d'entreprises resteraient sur le carreau.

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